Martine Aubry toujours en mal d’identité
Vendredi 16 Septembre 2011 à 01:15 | Lu 11335 fois I -1 commentaire(s)
Daniel Bernard - Marianne
Ce premier débat était l'occasion pour Martine Aubry de révéler sa personnalité et de s'imposer comme la meilleure candidate du PS pour la présidentielle. Or, sur tous les plans, elle a veillée à rester en retrait de ses concurrents.
Pour être charitables, un nombre incalculable de journaux ont titré, depuis l’annonce de sa candidature le 28 juin, sur le « mystère Aubry ». Quelle est sa (vraie) personnalité ? Quelles idées défend-elle (vraiment) ? Se projette-t-elle (vraiment) dans la fonction présidentielle ? Le premier débat de la primaire, jeudi soir sur France 2, aura permis à Martine Aubry de sortir de cette ambigüité. Hélas pour elle, à son strict détriment.
A tous égards en effet, la maire de Lille est apparue comme une Madame Moins.
Moins volontaire que Ségolène Royal, elle a ronronné les propositions inscrites dans le programme du PS. « Je suis prête », a-t-elle articulé à deux reprises, mais sans éclat. A la première minute du débat, ces mots sonnèrent comme une angoisse. A la dernière minute, comme un regret.
En pointe dans les combats de société, elle aurait pu marquer des points auprès de la gauche bobo. Elle est apparue moins franchement libertaire que Jean-Michel Baylet, ne défendant ni la dépénalisation du cannabis, ni la régularisation des « sans-papiers », ni même le mariage homosexuel.
Européenne par tradition familiale, elle n’a pas osé ramasser le drapeau bleu étoilé qui s’effiloche sur le champ de bataille de l’euro. Son hommage ambiguë aux socio-démocrates allemands ne permettait guère de deviner si elle épousait une vision franchement fédéraliste ou si, au contraire, elle revenait à une prudente réhabilitation de la souveraineté nationale. A cette égard, la fille de Jacques Delors est apparue moins européenne que Manuel Valls.
Face à Arnaud Montebourg et son projet charpenté de démondialisation, Martine Aubry n’avait que deux choix rationnels : 1) elle disait tout le mal qu’elle pense de sa dérive « populiste » 2) opérant un virage idéologique à 180 degrés, elle faisait droit à ses arguments. Elle a choisi une troisième solution, franchement bâtarde : épargner le député de Saône-et-Loire, sans reprendre ses thèses. Fatalement, elle est apparue moins tranchante que Montebourg sur les véritables responsables de la crise et moins radicale que lui sur les mesures nécessaires pour en sortir.
Enfin, en tant que challenger, son objectif essentiel était de faire descendre François Hollande de son piédestal. Si possible en fédérant tous les autres candidats contre le chouchou des sondeurs et des éditorialistes. Elle a bien tenté de lui coller une image d’austérité, refusant de s’engager à l’endettement zéro pour 2017. Mais cette passe d’arme a plutôt montré leur convergence sur la nécessaire vertu budgétaire ! Pire, la « Mère-emptoire » est apparue moins sûre d’elle-même que « Flanby ». Faisant une démonstration inédite d’autorité, le Corrézien a même acculé la Lilloise dans les cordes sur le nucléaire !
D’ici le premier tour, Martine Aubry a tout le temps de révéler des talents cachés et de faire découvrir une personnalité qui jusqu’alors se dérobe. Après le 9 octobre, il sera trop tard.
Primaire PS: le débat en cinq points clefs, par Gérald Andrieu
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