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Martine Aubry à Marseille: pour Guéant ou Guérini?

Lundi 29 Août 2011 à 19:00 | Lu 5638 fois I 0 commentaire(s)

Tefy Andriamanana et Gérald Andrieu - Marianne

La candidate à la primaire PS s’est rendue ce lundi à Marseille pour parler sécurité. Un coup médiatique qui a quelque peu éclipsé ses liens polémiques avec Guérini.


On avait le « président du pouvoir d’achat », on aura « la présidente de la sécurité ». En visite ce lundi à Marseille, en même temps que Claude Guéant, la candidate à la primaire PS a (re)lancé sa campagne sur un des thèmes favoris… de la droite.  Une chose étonnante quand on sait que la gauche a longtemps été accusée d’avoir fait l’impasse sur cette question. Mais visiblement consciente que l’insécurité touche de près les Français, a fortiori les plus modestes, Martine Aubry s’est positionnée en première ligne sur ce thème : « Je suis venue aujourd'hui à Marseille pour dire de manière forte que je serai la présidente de la sécurité de tous les Français ».  Après le président « normal » de Hollande, Martine Aubry a trouvé un de ses slogans de campagne.

Il est vrai que Marseille est un des meilleurs exemples des ratés de la politique de sécurité de Sarkozy et Guéant. Frappée par la baisse des effectifs, la ville est sous-dotée en policiers comme l’avait déjà noté la Cour des comptes. La polémique autour du parking de la porte d’Aix, récupéré par des voyous rackettant les automobilistes a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le préfet chargé de la sécurité Gilles Leclair a été limogé et remplacé par Alain Gardère, jusque là directeur adjoint du cabinet de Claude Guéant. 

Martine Aubry, l'amie des flics ?

Il y avait donc une opportunité politique et médiatique pour une Martine Aubry à la recherche d’un nouveau (premier ?) souffle pour sa campagne. Et, pour gagner en crédibilité, la candidate a donc bien l’intention d’attaquer le chef de l’Etat sur le fond : « Il y a eu 3000 vols avec violences à Marseille au 1er trimestre (25 par jour rendez-vous compte !) Cinquante assassinats en deux ans. Je vois M. Guéant dire qu'il va stopper l'inacceptable. Quel est l'inacceptable aujourd'hui ? C'est la politique du président de la République, qui a été ministre de l'Intérieur ! ». Fini le temps où la gauche préférait parler de « sentiment d’insécurité » plutôt que de l’insécurité elle-même.  

La Maire de Lille a aussi fait plusieures propositions comme « rétablir les 10 700 policiers et gendarmes perdus » en France depuis 2007 avec la RGPP, tout en mettant « le paquet dans des zones de sécurité ». Martine Aubry souhaite aussi « une loi pour rendre plus lourdes les sanctions » contre les détenteurs d'armes. Il est très loin le temps de « police partout, justice nulle part ».

Changement de braquet

Martine Aubry a ainsi acté l’évolution du PS sur le sujet. Il ne s’agit pas de se positionner comme un parti défenseur des libertés publiques (comme lors du flop du « Printemps de libertés » en 2009)  mais comme une formation capable de combattre directement le problème : « La politique de sécurité de Nicolas Sarkozy a été un fiasco (...). Le temps de l'agitation et de la communication, c'est terminée », a-t-elle dit. Elle était d’ailleurs accompagnée de trois maires très intéressés à ces questions : Michel Destot (Grenoble), Pierre Cohen (Toulouse), François Pupponi (Sarcelles). 

Le PS revient pourtant de loin, ses positions sur le sujet, ont souvent varié comme ce fut le cas avec la vidéosurveillance. L’offensive du chef de l’Etat de l’été dernier avait mis en avant la nécessité d’un changement de braquet. Martine Aubry avait alors attendu l’université d’été de la Rochelle pour réagir. En novembre 2010, après un premier report, le PS organise son forum sur la sécurité. La Première secrétaire s’étant mutée en candidate, elle ne pouvait faire l’impasse sur ces évolutions.

Ferme avec l'insécurité, clémente avec Guérini ?

Mais ce déplacement à Marseille de Martine Aubry et la fermeté qu’elle a décidé d’y afficher peuvent tout de même sembler incongrus. Le 8 septembre prochain, Jean-Noël Guérini, sénateur et patron PS des Boûches-du-Rhône, doit être auditionné dans le cadre d’une enquête sur les fraudes présumées aux marchés publics dans le département. Ce que n’a pas manqué de noter Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP à la Sécurité. Et ce qui ne manquera pas de faire sourire jaune dans les rangs d’Arnaud Montebourg.


Car le député de Saône-et-Loire avait fait part à Martine Aubry, il y a déjà plusieurs mois de ça, au travers d'un rapport, de ses inquiétudes sur la gestion de la Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône tenue par Jean-Noël Guérini. Il en appelait d’ailleurs à sa mise sous tutelle. Mais ce n’est qu’après la publication du rapport d’Arnaud Montebourg par le site du Point que Martine Aubry s’était finalement « empressée » de lancer une commission d’enquête sur le sujet. Une commission qui s’était fendue d’un texte aux conclusions extrêmement clémentes envers Guérini et au ton, au contraire, incroyablement dédaigneux à l’égard du travail fourni par Montebourg. Les « accusations » portées par Arnaud Montebourg dans son rapport étaient jugées « péremptoires ». Le rapport du député de Saône-et-Loire aurait même mérité, était-il écrit moqueusement, d’être qualifié de simple « note de constatations » ! Au PS, apparemment, c’est malheur à celui par qui le scandale arrive. Et un malheur n’arrivant jamais seul — c’est bien connu — Arnaud Montebourg fut le seul à voter contre le texte de la commission d’enquête sur la Fédé des Bouches-du-Rhône lors d’une réunion du Bureau national début juillet. En plein affaire DSK, les dirigeants du PS avaient semble-t-il fait le choix de ne pas ajouter de l’instabilité à l’instabilité… D’autant que Jean-Noël Guérini fait partie des soutiens du maire de Lille, même si cette dernière refuse de le voir ainsi. Interrogée dimanche matin sur le plateau d’Europe 1 délocalisé La Rochelle, Martine Aubry s’est d’ailleurs révélée bien en peine d’expliquer les conclusions que le parti devait tirer de l’affaire Guérini.


Mais dans les travées de la Rochelle, il se murmurait que son successeur (bien que par intérim) au poste de Premier secrétaire, Harlem Désir, souhaitait prendre son « autonomie » vis-à-vis de Martine Aubry sur le sujet. C'est d'ailleurs ce qu'il a fait ce lundi en toute fin de journée estimant que Jean-Noël Guérini devrait « immédiatement » quitter le parti et la présidence du Conseil général des Bouches-du-Rhône s'il était mis en examen. Tout est possible au PS. Après Martine Aubry — c'était inattendue – en « présidente de la sécurité », voilà Harlem Désir en « Premier secrétaire de la fermeté ».





Article réactualisé à 19h15. 








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