Marianne2 2012

Marseille : 100 000 euros par mois pour dealer, c'est un bon job non ?

Lundi 27 Février 2012 à 15:00 | Lu 14982 fois I 22 commentaire(s)

Cédric Matthews - Tribune MRC

Les homicides ont toujours la part belle dans la criminalité à Marseille. Trafic de stupéfiants, règlements de comptes, les voyants de l'insécurité sont plus que jamais dans le rouge. Pour Cédric Matthews, chevènementiste, un tel phénomène tient pour beaucoup à la mauvaise influence des jeux vidéos sur la jeune génération, conjuguée à l'ouverture du marchés des armes.


(Counter Strike - Flickr - Crypticommonicon - cc)
(Counter Strike - Flickr - Crypticommonicon - cc)
Pourrait-on contenir nos commentaires sur les évènements qui ont touché Marseille durant l’année 2011 en disant que les enjeux économiques du trafic de stupéfiants sont la seule source de ce renouveau criminel ?
On cite le montant de 100 000 euros par mois de bénéfice pour les revendeurs. Quel autre emploi pourrait générer ce revenu ? Les protagonistes s’entretueraient donc pour cette manne, sans y avoir été préparé physiologiquement et psychologiquement ? On apprend avec consternation, en cette fin du mois de Février  la reprise du bal des assassinats pour l’année 2012

Il est probable que des éléments techniques et sociétaux aient favorisé, préparé la naissance de cette insécurité. Le but de cet article est de proposer une approche, une explication peut  être parcellaire de ce pourquoi Marseille renoue avec une insécurité quotidienne.

Une jeunesse détachée du réel

Il fût un temps où le banditisme avait fait son apprentissage des armes sur le théâtre de guerre. Ce banditisme avait aussi le vocabulaire, la connaissance et l’expérience de l’horreur des scènes de guerre. Aujourd’hui, il s'agit plutôt d'une jeune criminalité, comme le dévoilent les nombreux assassinats perpétrés à Marseille.

L’apparition de cette « génération spontanée » pourrait avoir son explication dans la possibilité de nouvelles modalités d’apprentissage, de terrains d’entraînement physiques et mentaux où la virtualisation insulte de plus en plus le réel.  Les jeux virtuels de guerre, de destructions où l’enfant et l’adulte découvrent un monde où la destruction et  l’anéantissement n’ont plus de limite grâce à  la répétition ad libitum  du cycle de vie et de mort de leur personnage, de leur avatar. On pourrait se demander si l’effet de la  virtualisation d’un monde ne supprime pas de l’inconscient, les liens sociaux et les freins moraux et juridiques.

La subjectivité est modifiée au profit du monde informationnel, par la perte ou par l’inexistence du récit de la guerre que détenaient nos anciens ou les professionnels de la guerre. On tue dans la rue, l’acte se réalise avec une durée de vie courte dans l’inconscient, tout comme l’est le passage éclair d’une information dans un média. L’arme de guerre qui tire en rafale prend le rythme d’un flash info survenant en répétition jusqu’à épuisement du chargeur.

L’échelle temporelle de l’acte criminel a rejoint celui du flash info, détaché de l’histoire de l’homme et de ses régulations comportementales. Il arrive donc que les jeunes guerriers numériques n’aient plus aucun frein moral dans le monde réel. Tous les récits, toutes les narrations historiques, toutes les dimensions de temps et d’espaces sont confuses, le non-sens règne, et le doigt léger appuie sur la gâchette.

Des armes à portée de main

Ce phénomène isolé ne connaitrait pas la gravité actuelle à Marseille, s’il n’avait pas rencontré un autre évènement : la facilité de la circulation d’armes de guerre venant des pays de l’ex-Union Soviétique, ou probablement et prochainement des pays ayant traversé le printemps arabe.
Nous sommes donc à la croisée des chemins où la barbarie numérique peut s’amplifier dans le monde réel car elle aura de plus en plus d’armes pour se faire entendre. Nous pouvons aussi redouter que la gravité des tueries puisse être amortie par l’effet de leur répétition et  de la démocratisation de la pratique régulière des jeux virtuels de guerre.

Alors que faire ?
Il est effectivement nécessaire de lutter contre la circulation de ces armes, mais il apparaît difficile de le réaliser dans une Europe sans frontières ni douane fixe. Ne sommes-nous pas dans le royaume de la circulation libre des hommes et des marchandises ?

Concernant les jeux virtuels, il devient urgent que le débat public s’ouvre car ils pourraient participer, sous de nouvelles modalités, au développement de l’insécurité. Devons-nous légiférer pour protéger le monde réel de l’invasion par le monde virtuel ? Des frontières entre ces deux mondes ne devraient-elles pas  être érigées ?
Une première idée serait de limiter l’anthropomorphisme des personnages virtuels, les deux mondes auraient alors amorcé  la construction de frontières. L’industrie du jeu numérique n’en serait pas réellement fragilisée.

Une nouvelle nation numérique est en train d’émerger où une part temporelle de chacun d’entre nous prend vie dans un monde infini et donc sans dimension réelle. C’est un nouvel espace public où le bien commun doit être défini pour que la barbarie à visage humain en soit chassée.

Cédric Matthews  est premier secrétaire du Mouvement républicain et Citoyen (MRC) à Marseille, et trésorier de l'Union Régionale  MRC PACA.









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