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Maroc: le journaliste Ali Amar sera-t-il embastillé ?

Vendredi 18 Juin 2010 à 05:01 | Lu 7738 fois I 7 commentaire(s)

Martine Gozlan - Marianne

Ali Amar a publié dans Marianne une enquête sur la répression de l'homosexualité au Maroc. C'est l'un des griefs de la police qui vient de l'arrêter. Il est menacé de deux ans de prison. A Casablanca, les masques tombent sur M6 et sa prétendue modernisation du pays.


Il y a deux catégories de journalistes au Maroc : ceux qu’on invite et ceux qu’on embastille. Notre confrère Ali Amar appartient, pour son malheur et son honneur, à la seconde catégorie. Fondateur naguère du « Journal hebdomadaire », symbole des brefs espoirs d’un printemps marocain des libertés, c’est aussi l’auteur  d’une enquête qui a levé le voile en 2009 sur l’amer bilan de « M6 ». « Mohammed VI, le grand malentendu » (éd. Calmann-Lévy) interdit dans le royaume, devient un best-seller en France. Et Ali Amar la bête noire du Palais ! Harcelé par les créanciers, le « Journal » disparaît. Son ex-directeur s’exile, comme plusieurs de ses confrères. Mais, le mois dernier, Ali Amar regagne Casablanca quelques jours pour embrasser sa fille. Las ! Le 4 juin, à l’aube, la police, en toute illégalité, enfonce la porte d’une amie et consoeur, Zineb El Rhazoui, par ailleurs figure emblématique du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles ( M.A.L.I) — qui s’était fait connaître (et châtier !) en conviant à un pique-nique public en plein ramadan, histoire de signaler qu’il existait encore des esprits libres au Maroc... 

Ali et Zineb sont arrêtés, et soumis pendant plus de 12 heures à un interrogatoire humiliant. Vie privée, vie publique, tout y passe. On cuisine notamment le journaliste sur ses projets éditoriaux et à propos d’une enquête sur la chasse aux homosexuels publiée récemment dans Marianne. Il s’étonne : l’affaire qui a nécessité un tel déploiement policier au mépris de toutes les lois se résume en fait à un strict litige commercial ! Relâché, la traque continue. On le file, il est officiellement inculpé pour vol d’ordinateur. Et on l’arrête à nouveau en y mettant les moyens pour repérer son GSM. «  Comme pour les terroristes ! » nous disait-il hier soir, en liberté toute relative (il lui est interdit de quitter le Maroc) quand nous avons pu le joindre.  Le procès a été reporté au 22 juin : Ali Amar, déjà agressé une fois et son portable volé, ne se déplace plus qu’en compagnie de son avocat.

Car il s’agit en réalité d’une affaire extrêmement grave : notre confrère risque deux ans de prison et les compte-rendus policiers fantaisistes font la Une de la presse marocaine depuis une semaine pour le salir. Elle éclate à un moment où les libertés au Maroc se réduisent comme peau de chagrin : un colonel de 72 ans, Kaddour Tehrzaz, est au cachot pour une simple lettre au roi ! La traque d’Ali Amar et les humiliations subies par l’intrépide Zineb El Rhazoui en disent donc long sur la criminalisation des opposants, vieille tactique des potentats. Human Right Watch suit le cas, heure par heure, tout comme Reporters sans Frontières. L’embastillement d’Ali Amar serait une faute politique majeure. Une nouvelle preuve que la démocratisation tant vantée par les courtisans marocains et français de « M6 », c’est du vent !








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