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Marine Le Pen: un accueil poli du programme par les militants

Lundi 21 Novembre 2011 à 05:01 | Lu 21134 fois I 35 commentaire(s)

Jean-Claude Jaillette - Marianne

Les responsables du FN se félicitaient de l’affluence au banquet de présentation du programme de Marine Le Pen. Les militants ont répondu présent à l’appel mais n’ont pas fait preuve d’un enthousiasme débordant aux propositions, souvent musclées et autoritaires, de la candidate.


Le projet est plus qu’ambitieux. Il appelle sans détours « à la révolution bleu marine, blanc, rouge. » De quoi soulever l’enthousiasme des mille militants venus s’imprégner de l’esprit de conquête. La candidate à la présidentielle a répondu d’emblée à leur attente en leur promettant dès la troisième phrase de son long discours de rendre au peuple français « son pays, sa fierté, et lui permettre d’exprimer dans les siècles prochains son immense talent ». Et pourtant. 
 
Bien sûr, les convives installés dans une salle balayée par des flux de lumières tricolores et enveloppés de fumigènes comme pour les transporter dans un rêve ne boudent pas leur plaisir. Ils applaudissent aux phrases fortes et aux propositions musclées, souvent autoritaires. Sans ovations néanmoins. Sans cette ardeur qui laisse à penser que quelque chose est en train de basculer, qu’une lame monte avec tant de puissance du fond qu’elle va tout balayer. Durant une heure dix, le seul moment où l’assistance plutôt rajeunie par rapport aux habituelles réunions du FN a chaviré, ce fut à mi-parcours, quand Marine Le Pen a promis que « l’immigration, cette armée de réserve du capital, doit cesser » La foule a-t-elle vraiment entendu d’ailleurs cette qualification aux relents marxistes ? « La France ne peut plus accueillir des populations qu’elle n’a pas les moyens d’assimiler. Nous appliquerons le principe de priorité aux Français de l’attribution des aides sociales ». Les convives se sont alors levés, satisfaits de se retrouver en terrain connu. 
 
Que se passe-t-il donc ? Est-ce l’oratrice rivée à son texte qui a du mal à faire oublier son père ? Est-ce l’évidente lourdeur de certaines phrases comme lorsqu’elle aborde la question européenne, oh combien stratégique pour son programme, qui ne déclenche que quelques applaudissements polis ? « Car les transferts des compétences européennes correspondent à l’effacement sans condition d’un gouvernement français désormais aux ordres d’agences bruxelloises et sous domination de la seule puissance européenne qui parvienne à se faire entendre, l’Allemagne. » Ouf !
 
A moins que la Présidente du FN ne fixe à ses troupes des objectifs qui les dépassent. Une « révolution bleu marine ». Sont-ils vraiment venus pour cela, ou tout simplement pour « balayer tout ce qui ne fonctionne plus », sortir les sortants à coup de pieds au derrière.
 
De fait, le programme de Marine Le Pen balaye large.  D’abord les thèmes classiques : la justice, la morale publique, l’immigration, la famille; puis suivent du plus neuf, l’Europe, la réindustrialisation du pays, la politique étrangère. Engagée dans une longue marche de « dédiabolisation », elle ne se contente pas d’invectives. Elle propose, elle montre qu’elle a réfléchi, qu’elle a su s’entourer de conseillers afutés qui lui ont fournis notes et idées. Réformer la justice ? « Il est anormal qu’un juge d’application des peines puisse décider la libération d’un condamné. Pourquoi, seul, unilatéralement, pourrait-il revenir sur une décision du peuple ? Je confierai donc à un jury de cour d’assise, après un vrai procès, le soin d’accorder ou pas la décision d’une libération conditionnelle pour les condamnés à une peine de sureté. » Elle aurait donné le nombre de juges composant le jury et leur mode de désignation qu’elle n’aurait pas produit pire effet sur la salle. Les vieilles troupes FN veulent entendre que les juges trahissent les victimes, point final.
 
Mais après tout, est-il si facile d’enthousiasmer une foule de vieux militants d’extrême droite en leur promettant la création d’une commission de prévention des conflits d’intérêts, d’une autre chargée de contrôler les notes de frais de tout l’exécutif, ou avec la promesse d’affecter les crédits de recherches prioritairement aux PME-PMI, ou même de contraindre les administrations à « acheter français » ? Ou encore d’un renversement des alliances internationales qui privilégieront la Russie plutôt que les USA ?  Les stratégies deviennent plus simples pour l’assistance quand il s’agit d’exclure la Turquie d’une future alliance européenne incluant la Russie et la Suisse comme elle l’a annoncé. 
 
La dédiabolisation est en marche, à l’évidence. Elle transparait à toutes les lignes du programme de Marine Le Pen. Elle fait frémir les sondages. Transporte-t-elle d’enthousiasme la vieille base militante ? C’est une autre histoire.
 


Tags : fn, le pen, programme






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