Marine Le Pen tente de répondre au durcissement de Sarkozy
Lundi 27 Septembre 2010 à 05:01 | Lu 26015 fois I 160 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Pour la première fois depuis juillet, Marine Le Pen a longuement commenté dimanche sur France 5 le tournant dit sécuritaire de Nicolas Sarozy, qui avait laissé coi le Front National. Reste à savoir si ce nouveau virage du Président est susceptible ou pas de récupérer les électeurs lepénistes qui votèrent Sarkozy en 2007.
Pour la première fois depuis le discours de Grenoble, Marine Le Pen s'est longuement expliqué dimanche sur France 5, face à Nicolas Demorrand, sur la politique de sécurité et d'immigration menée par le gouvernement. Elle s'est efforcée de démontrer que le durcissement sarkozyen constitue avant tout une opération de communication en prônant des mesures beaucoup plus drastiques en matière d'immigration, tout en récusant tout racisme ou même appartenance à l'extrême droite.
Selon le Canard Enchaîné - c'est-à-dire « Radio Hortefeux » pour les mauvaises langues - Nicolas Sarkozy l'aurait dit et redit ces derniers jours : son discours dur sur l'immigration et l'insécurité va se poursuivre car c'est le seul moyen pour lui d'assécher le vivier électoral du Front National afin de retrouver en 2012 son socle électoral de 2007 de 30% des voix. Il est obsédé par Marine Le Pen, c'est à elle qu'il pense tous les jours en se rasant, a même dit à la vice-présidente du FN une journaliste accréditée à l'Elysée. Du coup, la vice-présidente du Front National fait étudier par ses services la proximité sémantique entre les discours présidentiels et ses propres interventions. Au secours, le président me pique ma langue!
Le dispositif sarkozyen peut-il, néanmoins, fonctionner aussi bien qu'en 2007 ? Non, répondent, presque à l'unisson, les experts en populisme qui se multiplient dans « le monde des sachants » comme les appelle si peu gentiment notre cher Président. Pour Jean-Yves Camus,« la plupart des lepénistes ne veulent pas de l'immigration choisie mise en avant par le chef de l'Etat, mais "le renvoi des étrangers". » La morale implicite de cette analyse est limpide : la démarche du coucou Sarkozy est non seulement condamnable moralement, elle est en outre inefficace.
Il est sans doute un peu tôt pour se prononcer. Du côté du staff de Sarkozy, on s'est sans doute un peu vite réjoui du baromètre Ifop/Journal du Dimanche dans lequel Nicolas Sarkozy a gagné sept points auprès des sympathisants FN (40% de bonnes opinions), comme l'a souligné Nicolas Demorrand. D'abord parce que l'échantillonnage est trop faible : dans un sondage lambda, les électeurs lepénistes ne sont qu'une centaine environ au mieux, si bien qu'un chiffre comme 20% des électeurs lepénistes ne représente qu'une vingtaine d'individus; ensuite parce que cette légère bouffée d'air enclenchée par le discours de Grenoble, si elle existe, est fort précaire. En se fondant sur un échantillon plus important - 2500 électeurs lepénistes au travers d'une série d'enquêtes - l'IFOP montre que lé léger frémissement de la cote du président auprès des électeurs lepénistes ne s'est pas poursuivi au-delà de l'été :
Selon le Canard Enchaîné - c'est-à-dire « Radio Hortefeux » pour les mauvaises langues - Nicolas Sarkozy l'aurait dit et redit ces derniers jours : son discours dur sur l'immigration et l'insécurité va se poursuivre car c'est le seul moyen pour lui d'assécher le vivier électoral du Front National afin de retrouver en 2012 son socle électoral de 2007 de 30% des voix. Il est obsédé par Marine Le Pen, c'est à elle qu'il pense tous les jours en se rasant, a même dit à la vice-présidente du FN une journaliste accréditée à l'Elysée. Du coup, la vice-présidente du Front National fait étudier par ses services la proximité sémantique entre les discours présidentiels et ses propres interventions. Au secours, le président me pique ma langue!
Le dispositif sarkozyen peut-il, néanmoins, fonctionner aussi bien qu'en 2007 ? Non, répondent, presque à l'unisson, les experts en populisme qui se multiplient dans « le monde des sachants » comme les appelle si peu gentiment notre cher Président. Pour Jean-Yves Camus,« la plupart des lepénistes ne veulent pas de l'immigration choisie mise en avant par le chef de l'Etat, mais "le renvoi des étrangers". » La morale implicite de cette analyse est limpide : la démarche du coucou Sarkozy est non seulement condamnable moralement, elle est en outre inefficace.
Il est sans doute un peu tôt pour se prononcer. Du côté du staff de Sarkozy, on s'est sans doute un peu vite réjoui du baromètre Ifop/Journal du Dimanche dans lequel Nicolas Sarkozy a gagné sept points auprès des sympathisants FN (40% de bonnes opinions), comme l'a souligné Nicolas Demorrand. D'abord parce que l'échantillonnage est trop faible : dans un sondage lambda, les électeurs lepénistes ne sont qu'une centaine environ au mieux, si bien qu'un chiffre comme 20% des électeurs lepénistes ne représente qu'une vingtaine d'individus; ensuite parce que cette légère bouffée d'air enclenchée par le discours de Grenoble, si elle existe, est fort précaire. En se fondant sur un échantillon plus important - 2500 électeurs lepénistes au travers d'une série d'enquêtes - l'IFOP montre que lé léger frémissement de la cote du président auprès des électeurs lepénistes ne s'est pas poursuivi au-delà de l'été :
On voit bien sur ce graphe que la cote du Président, qui s'élevait jusqu'à 84% en mai 2007, était légèrement remontée à 40% au moment du discours de Grenoble avant de redescendre à 30% en cette rentrée. En l'occurrence, ces statistiques coïncident avec le sentiment des dirigeants frontistes.
Pour Jean-Marie Le Pen, les électeurs lepénistes se sentent trompés, cocufiés même. Le fondateur du Front est même persuadé qu'ils sont furieux et ne reviendront plus. Bruno Gollnisch partage le sentiment de son Président qu'il ne quitte plus en ce moment.
De son côté, Marine Le Pen affirme que le silence frontiste depuis Grenoble est involontaire; Elle s'inquiète même de ce que « le robinet médiatique s'est brusquement tari après le discours de Grenoble », comme si l'on voulait absolument que le discours dit sécuritaire de Sarkozy parvienne aux oreilles lepénistes sans être contredit de ce côté-là. Mais en même temps, ajoute-t-elle, « les questions de l'insécurité et de l'immigration nous remettent au centre du jeu politique. » Marine Le Pen est soucieuse d'éviter que la focalisation sur ces questions ne mette pas les questions sociales sous le tapis. D'où le colloque sur les retraites organisé samedi 25 septembre par le Front National. Curieusement cependant, la vice-président a laissé la tribune à son, concurrent Bruno Gollnisch et à Jean-Marie Le Pen. On a pu discerner avant ce colloque une différence de sensibilité entre Marine Le Pen qui dénonce la réforme et appelle carrément à une taxation du capital tandis que son père, plutôt libéral, semble persuadé que le temps des économies est venu.
Pour Jean-Marie Le Pen, les électeurs lepénistes se sentent trompés, cocufiés même. Le fondateur du Front est même persuadé qu'ils sont furieux et ne reviendront plus. Bruno Gollnisch partage le sentiment de son Président qu'il ne quitte plus en ce moment.
De son côté, Marine Le Pen affirme que le silence frontiste depuis Grenoble est involontaire; Elle s'inquiète même de ce que « le robinet médiatique s'est brusquement tari après le discours de Grenoble », comme si l'on voulait absolument que le discours dit sécuritaire de Sarkozy parvienne aux oreilles lepénistes sans être contredit de ce côté-là. Mais en même temps, ajoute-t-elle, « les questions de l'insécurité et de l'immigration nous remettent au centre du jeu politique. » Marine Le Pen est soucieuse d'éviter que la focalisation sur ces questions ne mette pas les questions sociales sous le tapis. D'où le colloque sur les retraites organisé samedi 25 septembre par le Front National. Curieusement cependant, la vice-président a laissé la tribune à son, concurrent Bruno Gollnisch et à Jean-Marie Le Pen. On a pu discerner avant ce colloque une différence de sensibilité entre Marine Le Pen qui dénonce la réforme et appelle carrément à une taxation du capital tandis que son père, plutôt libéral, semble persuadé que le temps des économies est venu.
On reste frappé par l'absence de réactivité du Front National à l'égard des offensives sarkozystes sur les thématiques de l'immigration et de la sécurité. Ce silence relatif rappelle un peu la campagne de 2007 lorsque les responsables du FN s'étaient raccrochés à l'idée que « les électeurs préfèreraient toujours l'original à la copie. » Ils pourraient se rappeler aujourd'hui que si l'histoire ne se répète pas, elle a coutume de bégayer.
Mais les tergiversations frontistes ont sans doute d'autres causes en cet automne. D'abord, répondre à l'agressivité sarkozyste sur les Roms ou les Français d'origine étrangère contraindrait les dirigeants frontistes à une surenchères ultra-droitière qui parait contradictoire avec la volonté de Marine Le Pen de dédiaboliser son parti.
Ensuite, l'énergie des dirigeants du Front , qu'ils soient « marinistes » ou « gollnischiens », est en grande partie polarisée par la bataille du congrès de janvier 2001. L'accord entre les deux courants n'a pas fixé de date limite pour les adhésions valides pour le vote de janvier 2011. Du coup, les deux tendances cherchent à faire le plein et les partisans des deux camps s'accusent mutuellement d'opérations entristes pour renforcer le vote pour Marine Le Pen ou Bruno Gollnisch. Carl Lang a dû démentir l'accisation selon laquelle il encouragerait ses troupes du Parti de la France à adhérer au Front pour voter Gollnisch. Les amis de ce dernier ont pointé un vilain canard du groupuscule l'Oeuvre française parmi les adhérents récents. De son côté Jean-Marie Le Pen qui s'efforce de garder une position arbitrale malgré sa prise de position en faveur de sa fille, cherche à maintenir la compétition dans des limites acceptables pour l'avenir de l'entreprise lepéniste. Si elle contribuait à maintenir à 20-30% l'augmentation des adhésions depuis les élections régionales, la compétition resterait profitable à tout le monde.
Mais si chacun s'accuse d'entrisme comme dans un vulgaire congrès trotskiste, le parrain du Front National pourrait froncer les sourcils, comme il a commencé à le faire en marge du colloque sur les retraites. Et ses colères mémorables, sont encore craintes par tout le monde.
Mais les tergiversations frontistes ont sans doute d'autres causes en cet automne. D'abord, répondre à l'agressivité sarkozyste sur les Roms ou les Français d'origine étrangère contraindrait les dirigeants frontistes à une surenchères ultra-droitière qui parait contradictoire avec la volonté de Marine Le Pen de dédiaboliser son parti.
Ensuite, l'énergie des dirigeants du Front , qu'ils soient « marinistes » ou « gollnischiens », est en grande partie polarisée par la bataille du congrès de janvier 2001. L'accord entre les deux courants n'a pas fixé de date limite pour les adhésions valides pour le vote de janvier 2011. Du coup, les deux tendances cherchent à faire le plein et les partisans des deux camps s'accusent mutuellement d'opérations entristes pour renforcer le vote pour Marine Le Pen ou Bruno Gollnisch. Carl Lang a dû démentir l'accisation selon laquelle il encouragerait ses troupes du Parti de la France à adhérer au Front pour voter Gollnisch. Les amis de ce dernier ont pointé un vilain canard du groupuscule l'Oeuvre française parmi les adhérents récents. De son côté Jean-Marie Le Pen qui s'efforce de garder une position arbitrale malgré sa prise de position en faveur de sa fille, cherche à maintenir la compétition dans des limites acceptables pour l'avenir de l'entreprise lepéniste. Si elle contribuait à maintenir à 20-30% l'augmentation des adhésions depuis les élections régionales, la compétition resterait profitable à tout le monde.
Mais si chacun s'accuse d'entrisme comme dans un vulgaire congrès trotskiste, le parrain du Front National pourrait froncer les sourcils, comme il a commencé à le faire en marge du colloque sur les retraites. Et ses colères mémorables, sont encore craintes par tout le monde.
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