Marine Le Pen surfe aussi sur l'échec de l'Europe
Lundi 7 Mars 2011 à 18:01 | Lu 14051 fois I 66 commentaire(s)
Jacques Sapir - Economiste
Pour l'économiste Jacques Sapir, le sondage plaçant Marine Le Pen à 23% d'intentions de vote n'est pas surprenant : il n'est que la confirmation d'un mouvement de fond. Tant que le PS et l'UMP resteront dans l'incantation antifasciste sans s'attaquer aux sujets qui fâchent, le FN poursuivra son ascension.
Nous y voilà !
Un sondage met Marine Le Pen en tête des intentions de vote. Une fois toutes les précautions d’usage invoquées, et à juste raison, il est clair que ceci n’est que la confirmation de quelque chose d’attendu. Là où, en 2002, Jean-Marie Le Pen avait créé la surprise dans les toutes dernières semaines, sa fille s’affirme dès avant le début la campagne. L’élection présidentielle de 2012 ne se jouera pas à 2 mais à 3, et Mme Le Pen sera un adversaire redoutable.
Les réactions des différents partis de l’arc parlementaire sont à leur image, c’est à dire consternantes. Les dirigeant du Parti socialiste accusent Sarkozy et ses débats, ceux de l’UMP la conjoncture et tentent de minimiser la nouvelle, et tous, se drapent dans l’étendard glorieux mais bien usé de l’antifascisme. Tout ceci ne servira à rien. Il est pourtant évident que, derrière la montée de Marine Le Pen, il y a un mouvement de fond.
Pourquoi, alors, cette cécité de la part de gens qui, du moins il faut l’espérer, ne sont pas, tous, des imbéciles ?
La première réponse renvoie à ce que l’on pense être de la tactique politique. Nier un phénomène, c’est à moitié l’effacer, du moins le dit-on. Vouloir rattacher la montée de Marine Le Pen à de simples problèmes conjoncturels, au « climat » créé par le sarkozysme en pleine décomposition, c’est une manière de nier justement l’existence de ces problèmes de fond. On espère aussi, c’est une évidence, que la presse bien pensante se déchaînera contre elle. Seulement, ce qui passe pour du conjoncturel peut aussi relever du symptôme. Et la diabolisation fonctionne de moins en moins bien. Cette réponse, qui n’en est pas une, laissera ses tenants désarmés et stupides face au phénomène en question.
La seconde réponse est encore plus tragique. Il n’est plus ici question de tactique mais de principes. La cécité devant la montée de Marine Le Pen dans les sondages est le produit d’une autre cécité, d’un autre aveuglement, mais qui est lui bien plus grave. À prétendre que l’Europe nous défend et que l’euro nous protège, quand tout montre le contraire voilà ce que l’on récolte. Seulement, l’aveuglement a ses raisons. Une partie de la classe politique, du PS à l’UMP, parce qu’elle a donné la main au tour de passe-passe qui a tenté d’effacer le « Non » au Référendum de 2005, ne veut ni ne peut voir les problèmes réels. Elle doit continuer à s’enferrer dans un discours de déni ou admettre qu’elle s’est trompée, et lourdement. Et c’est bien le signe de la petitesse politique que de préférer sa carrière au salut du pays. Les vers du vieil Hugo s’offrent à nous dans une paraphrase :
« Vos carrières, sous les huées
Vous les avez à l’Europe, prostituées »
Alors, comment pouvons-nous réagir ?
Il importe tout d’abord de comprendre ce qu’est le projet de Marine Le Pen : transformer ce qui fut un parti d’extrême droite en un parti populaire afin d’exercer le pouvoir. Par petites touches, avec méthode, elle avance dans cette direction. Aussi, ne sert-il plus à rien à vouloir lui contester une place légitime dans l’échiquier politique français. Pire, à vouloir la contester on ne fera que la constater.
Il faut en tirer les leçons et ne pas critiquer Marine Le Pen pour des « petites phrases », des « on dit », des arrières pensées. Ceci ne peut que la mettre en posture de martyre et accroître sa légitimité. C’est sur le fond du programme qu’il faut faire porter la critique, pour en mettre en lumière les incohérences actuelles.
Mme Le Pen affirme défendre les classes populaires. Prenons là au mot, avec en particulier ce slogan incohérent, qui reste encore celui du FN, « de droite économiquement, de gauche socialement ». Notons cependant que, pour incohérent qu’il soit, il pourrait fort bien décrire ce qu’a été ces dernières années le programme du PS.
En fait, il ne peut y avoir aujourd’hui nulle action durable en faveur des classes populaires, qui sont la majorité dans notre pays, sans une véritable politique de la production. Cette politique implique la ré-industrialisation de notre pays, seule garantie d’un partage du revenu national moins inégalitaire. Ceci appelle une rupture décisive avec la financiarisation ainsi qu’avec les politiques de libéralisation, les unes et les autres émanant pour l’essentiel de Bruxelles.
Cette rupture ne sera possible que par la combinaison d’une intervention publique importante et d’actions unilatérales. Une politique de gauche socialement doit s’enraciner dans une politique économique de gauche, sous peine de n’être que le partage d’un gâteau toujours plus réduit et de se voir vider de son sens.
Une politique de sécurité, qui est bien un problème majeur pour les classes populaires, passe aussi par des mesures de politique économique et non par une chasse au faciès. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas de répression. Mais, pour faire reculer l’économie de l’ombre qui gangrène nos villes, il faut à la fois des moyens de répression qui impliquent entre autres d’en finir avec la libre circulation des capitaux et des politiques alternatives en matière de création d’emplois et d’activités productives. Ici aussi, ici encore, c’est bien le couple financiarisation-libéralisation, promu par Bruxelles, qui est en cause.
Là où Mme Le Pen agite le principe de souveraineté, rappelons ce qui devrait être le principe de notre politique. Nous devons faire des propositions à l’Union Européenne, mais il doit être clair que sur certains points nous ne sommes pas prêts à transiger et que nous ne reculerons pas devant des mesures unilatérales.
La meilleure réponse que l’on puisse aujourd’hui apporter à ces sondages réside donc dans un slogan qui résumerait ce que devrait être notre politique : « Avec l’Europe si on le peut, par la France si on le doit, contre l’Europe s’il le faut ».
Un sondage met Marine Le Pen en tête des intentions de vote. Une fois toutes les précautions d’usage invoquées, et à juste raison, il est clair que ceci n’est que la confirmation de quelque chose d’attendu. Là où, en 2002, Jean-Marie Le Pen avait créé la surprise dans les toutes dernières semaines, sa fille s’affirme dès avant le début la campagne. L’élection présidentielle de 2012 ne se jouera pas à 2 mais à 3, et Mme Le Pen sera un adversaire redoutable.
Les réactions des différents partis de l’arc parlementaire sont à leur image, c’est à dire consternantes. Les dirigeant du Parti socialiste accusent Sarkozy et ses débats, ceux de l’UMP la conjoncture et tentent de minimiser la nouvelle, et tous, se drapent dans l’étendard glorieux mais bien usé de l’antifascisme. Tout ceci ne servira à rien. Il est pourtant évident que, derrière la montée de Marine Le Pen, il y a un mouvement de fond.
Pourquoi, alors, cette cécité de la part de gens qui, du moins il faut l’espérer, ne sont pas, tous, des imbéciles ?
La première réponse renvoie à ce que l’on pense être de la tactique politique. Nier un phénomène, c’est à moitié l’effacer, du moins le dit-on. Vouloir rattacher la montée de Marine Le Pen à de simples problèmes conjoncturels, au « climat » créé par le sarkozysme en pleine décomposition, c’est une manière de nier justement l’existence de ces problèmes de fond. On espère aussi, c’est une évidence, que la presse bien pensante se déchaînera contre elle. Seulement, ce qui passe pour du conjoncturel peut aussi relever du symptôme. Et la diabolisation fonctionne de moins en moins bien. Cette réponse, qui n’en est pas une, laissera ses tenants désarmés et stupides face au phénomène en question.
La seconde réponse est encore plus tragique. Il n’est plus ici question de tactique mais de principes. La cécité devant la montée de Marine Le Pen dans les sondages est le produit d’une autre cécité, d’un autre aveuglement, mais qui est lui bien plus grave. À prétendre que l’Europe nous défend et que l’euro nous protège, quand tout montre le contraire voilà ce que l’on récolte. Seulement, l’aveuglement a ses raisons. Une partie de la classe politique, du PS à l’UMP, parce qu’elle a donné la main au tour de passe-passe qui a tenté d’effacer le « Non » au Référendum de 2005, ne veut ni ne peut voir les problèmes réels. Elle doit continuer à s’enferrer dans un discours de déni ou admettre qu’elle s’est trompée, et lourdement. Et c’est bien le signe de la petitesse politique que de préférer sa carrière au salut du pays. Les vers du vieil Hugo s’offrent à nous dans une paraphrase :
« Vos carrières, sous les huées
Vous les avez à l’Europe, prostituées »
Alors, comment pouvons-nous réagir ?
Il importe tout d’abord de comprendre ce qu’est le projet de Marine Le Pen : transformer ce qui fut un parti d’extrême droite en un parti populaire afin d’exercer le pouvoir. Par petites touches, avec méthode, elle avance dans cette direction. Aussi, ne sert-il plus à rien à vouloir lui contester une place légitime dans l’échiquier politique français. Pire, à vouloir la contester on ne fera que la constater.
Il faut en tirer les leçons et ne pas critiquer Marine Le Pen pour des « petites phrases », des « on dit », des arrières pensées. Ceci ne peut que la mettre en posture de martyre et accroître sa légitimité. C’est sur le fond du programme qu’il faut faire porter la critique, pour en mettre en lumière les incohérences actuelles.
Mme Le Pen affirme défendre les classes populaires. Prenons là au mot, avec en particulier ce slogan incohérent, qui reste encore celui du FN, « de droite économiquement, de gauche socialement ». Notons cependant que, pour incohérent qu’il soit, il pourrait fort bien décrire ce qu’a été ces dernières années le programme du PS.
En fait, il ne peut y avoir aujourd’hui nulle action durable en faveur des classes populaires, qui sont la majorité dans notre pays, sans une véritable politique de la production. Cette politique implique la ré-industrialisation de notre pays, seule garantie d’un partage du revenu national moins inégalitaire. Ceci appelle une rupture décisive avec la financiarisation ainsi qu’avec les politiques de libéralisation, les unes et les autres émanant pour l’essentiel de Bruxelles.
Cette rupture ne sera possible que par la combinaison d’une intervention publique importante et d’actions unilatérales. Une politique de gauche socialement doit s’enraciner dans une politique économique de gauche, sous peine de n’être que le partage d’un gâteau toujours plus réduit et de se voir vider de son sens.
Une politique de sécurité, qui est bien un problème majeur pour les classes populaires, passe aussi par des mesures de politique économique et non par une chasse au faciès. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas de répression. Mais, pour faire reculer l’économie de l’ombre qui gangrène nos villes, il faut à la fois des moyens de répression qui impliquent entre autres d’en finir avec la libre circulation des capitaux et des politiques alternatives en matière de création d’emplois et d’activités productives. Ici aussi, ici encore, c’est bien le couple financiarisation-libéralisation, promu par Bruxelles, qui est en cause.
Là où Mme Le Pen agite le principe de souveraineté, rappelons ce qui devrait être le principe de notre politique. Nous devons faire des propositions à l’Union Européenne, mais il doit être clair que sur certains points nous ne sommes pas prêts à transiger et que nous ne reculerons pas devant des mesures unilatérales.
La meilleure réponse que l’on puisse aujourd’hui apporter à ces sondages réside donc dans un slogan qui résumerait ce que devrait être notre politique : « Avec l’Europe si on le peut, par la France si on le doit, contre l’Europe s’il le faut ».
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