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Marine Le Pen et Bruno Gollnisch ne veulent pas du même FN

Jeudi 21 Octobre 2010 à 05:01 | Lu 14661 fois I 52 commentaire(s)

David Desgouilles - Blogueur associé

On la dit favorite pour succéder à son père. Mais, selon David Desgouilles, dans la bataille qui l'oppose à Bruno Gollnisch, rien ne semble gagné d'avance pour Marine Le Pen. Plus important : son différent avec Golnisch traduit deux visions divergentes des objectifs et de la stratégie du FN et pas seulement de l'affrontement d deux egos.


Il semble bien que la messe ne soit pas dite au Front national. Marine Le Pen, ultra-favorite encore il y a quelques semaines, n’est plus assurée d’une élection dans un fauteuil. Bruno Gollnisch n’a pas dit son dernier mot. Il vient ainsi de trouver dans la presse d’extrême-droite des alliés bienvenus. Minute et Rivarol ont gratifié la vice-présidente du FN d’attaques d’un beau gabarit, montrant vers qui allait leur préférence.

Il ne faut pas nier que la lutte pour les places joue un rôle dans cette offensive. Roger Holeindre, soutien de Gollnisch et une des personnalités les plus respectées par les militants frontistes, a souhaité la réintégration des dissidents regroupés derrière Carl Lang (1) et son parti de France ou Bernard Antony qui incarnait la frange catholique-ultra du parti lepéniste jusqu’à ce qu’il s’en éloigne (2), horrifié par la montée en puissance de la fille du Chef, qui disait dans tous les médias de France et même de Navarre que, présidente de la République, elle ne remettrait pas en cause la Loi Veil. De même, les noms d’un futur état-major circulent dans le cas d’une victoire de Marine Le Pen.

Mais cette lutte des places cache une bataille beaucoup plus décisive et -pour tout dire- plus intéressante. Et celle-ci est économique. Dans les années 80, le programme économique et social du Front national s’inspirait du libéralisme économique. Finalement, le reagano-thatchérisme se mariait très bien avec le poujadisme anti-impôts, anti-urssaf et tutti quanti d’un Jean-Marie Le Pen qui avait justement été élu député poujadiste trente ans auparavant. C’est ainsi que le Front national préconisait notamment la suppression de l’impôt sur le revenu. C’est le professeur de droit fiscal Jean-Claude Martinez, lequel fait justement partie des dissidents du Parti de France de Carl Lang, qui était le rédacteur du programme économique du FN.

Dans les années 1990, Le Pen a cru deux fois se faire piquer la défense des intérêts nationaux. En 1992, le duo Pasqua-Séguin d’un côté, Chevènement de l’autre, furent les moteurs du « non » à Maastricht.  En 1999, Charles Pasqua, profitant avec Philippe de Villiers de la scission Le Pen-Mégret, a bien failli prendre la place en arrivant en tête de toutes les listes de droite -Sarkozy compris- et laissant la liste du FN très loin derrière lui. Surtout, la géographie du vote RPF ressemblait à s’y méprendre avec celle des succès lepénistes des années antérieures.

Marine Le Pen et Bruno Gollnisch ne veulent pas du même FN
Marine Le Pen a décidé de jouer à fond la carte de la France souveraine contre l’Euro-mondialisme. Elle a compris que l’ouvrier français se sentait davantage en danger face à la concurrence chinoise à très bas prix que par son voisin immigré ; bien souvent, d’ailleurs, ces deux-là se retrouvent dans les mêmes charrettes de licenciement. Ainsi, les observateurs ont pu remarquer que sa campagne régionale dans le Nord-Pas-de-Calais était axée principalement sur les dégâts de la mondialisation, laissant à sa droite sa concurrente de l’UMP Valérie Létard.

Les conceptions économiques marinistes ne conviennent pas à la frange historique de l’extrême-droite française, plutôt bourgeoise, qui, si elle rejette le libéralisme politique issu de la Révolution, épouse le libéralisme économique par intérêt de classe. Quelle n’a pas du, d’ailleurs, être sa réaction lorsque Marine Le Pen a remis en cause la loi Pompidou-Giscard de 1973, obligeant l’État à financer sa dette sur les marchés financiers au lieu de le faire -sans intérêt- à la Banque de France ? Se faisant, elle rejoignait Nicolas Dupont-Aignan qui l’avait précédé sur ce thème et Jean-Luc Mélenchon qui proposait ce printemps que la BCE monétise intégralement la dette grecque. Bien entendu, Bruno Gollnisch souhaite aussi ouvertement le retour à une monnaie nationale (3), mais on doute fort qu’il partage les positions marinistes sur tous les sujets économiques. A vrai dire, il doit la trouver plutôt gaucho sur le thème et ne doit pas détester que la presse d’extrême-droite la pilonne pour les mêmes raisons.

Janvier et le congrès du FN départageant les deux prétendants approchent et si Marine Le Pen reste favorite, il semble bien que sa conquête ne soit pas si triomphale que prévu. Il lui sera alors difficile de changer le nom du parti comme elle le souhaitait ou de procéder au nettoyage nécessaire du programme et de la structure. Dès lors, les bisbilles qui viennent de refaire surface pourraient devenir le quotidien de la nouvelle présidente du FN. Pas l’idéal pour une campagne présidentielle. Finalement, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon ne doivent pas voir d’un mauvais œil la résistance de Gollnisch.

(1) Depuis que Marine Le Pen a fait du Nord-Pas-de-Calais sa terre d’élection, prenant la place de l’ancien secrétaire général, ces deux-là ne sont plus très amis.
(2) Du parti lepéniste, pas de la franche catho-ultra !
(3) Quant à Jean-Claude Martinez, on en est moins certain. N’était-ce pas lui qui suggérait entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, que Jean-Marie Le Pen élu, il ne remettrait pas forcément l’entrée dans l’euro en cause ? Tout ça pour ça !

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