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Marianne2

Ma semaine allemande: et si l'euro implosait?

Edouard Husson | Samedi 31 Janvier 2009 à 02:15 | Lu 10830 fois

L'hypothèse d'un éclatement de l'euro dans certains pays de l'Union frappés de plein fouet par la crise, n'est plus tabou. Autre sujet traité par Édouard Husson, historien de l'Allemagne contemporaine: un enfant allemand sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. Ma semaine allemande, épisode 22.



Tom Cruise (photo : clared23 - Flickr - cc)
Tom Cruise (photo : clared23 - Flickr - cc)
Samedi 24 janvier 2009
Certains s’attendaient au pire: une production hollywoodienne et notre acteur scientologue préféré pour traiter d’un des plus difficiles sujets qui soient: la résistance des officiers conservateurs au national-socialisme, qui culmine avec l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler. Pourtant, le film Opération Walkyrie est réussi, poignant même: on connaît la fin, l’échec de l’attentat du 20 juillet mais il subsiste une forme de suspense car le réalisateur nous plonge au cÅ“ur de la tentative de coup d’Etat. Tom Cruise fait de son mieux pour être à la hauteur du rôle, sans toujours y arriver, il est vrai: son jeu est quelquefois trop mécanique pour rendre compte de l‘énergie intérieure qui animait Stauffenberg. Les autres acteurs sont excellents, en particulier Kenneth Branagh dans le rôle de von Tresckow. J’appréhendais de voir ce film mais je pense qu’il aura un effet positif: mieux faire connaître la résistance allemande, souvent sous-estimée ou dénigrée. Evidemment, l’historien peut avoir un regret: le réalisateur oppose trop souvent l’officier résolu (Stauffenberg) aux politiques indécis (Goerdeler en particulier). En fait, il aurait suffi d’une ou deux allusions, d’une ou deux images pour faire comprendre que Stauffenberg était, du groupe des conjurés qui faillirent tuer Hitler, celui qui avait la tête politique: on  ne voit pas dans le film qu’il s’appuie sur le social-démocrate Julius Leber. Jamais n’est mentionnée cette réalité sensationnelle: Stauffenberg était, au moment de l’attentat, en train de sonder des résistants communistes, pour qu’ils rejoignent le futur gouvernement. C’est à ce titre qu’il mérite d’être considéré comme le symbole malheureux d’une « autre Allemagne », dont la réussite aurait évité au pays 70% des pertes subies par le Reich au cours du conflit.

Stauffenberg aurait pu devenir le de Gaulle allemand. La vraie Allemagne se trouvait chez tous ceux, de droite et de gauche, qu’il essaya de rassembler. La France d’après-guerre a été punie de ne pas rendre l’hommage qu’ils méritaient aux résistants allemands: on a fini par oublier sa résistance à elle, à la dénigrer.  

Lundi 26 janvier 2009

Curieux écho, venu de la gauche allemande, à la question de l’unité nationale dans la résistance. Jürgen Elsässer, journaliste allemand indépendant, engagé à gauche, qui a été l’un des pourfendeurs les plus décidés de la politique allemande dans l’ancienne Yougoslavie (voir son livre La RFA et la guerre du Kosovo, paru chez L’Harmattan), vient de fonder une « initiative populaire contre le capitalisme financier ». Jürgen Elsässer, qui est francophile, a suivi de près, à la fin des années 1990, la tentative des souverainistes français d’unir droite et gauche dans une lutte commune contre le « nouvel ordre mondial ». La révolution française est sa référence et il n’a cessé, depuis des années, de dénoncer la fin de la croyance aux démocraties nationales. Il prône une union « de Peter Gauweiler à Oskar Lafontaine », de la CSU qui garde une fibre sociale à die Linke. Lorsqu’on se rappelle l’impossibilité de  faire travailler ensemble Philippe de Villiers et Jean-Pierre Chevènement durant la campagne présidentielle de 2002, on se dit qu’Elsässer a bien du courage. Non seulement il devra surmonter les difficultés à rassembler les patriotes de droite et de gauche mais il devra prendre garde au fait qu’en Allemagne le patriotisme républicain a peu d’enracinement, pour des raisons historiques. Elsässer est déjà attaqué sur sa gauche par une ultra-gauche bien-pensante qui crie au danger « rouge-brun » et il est bien vrai que les vautours de l’extrême droite allemande espèrent pouvoir dépecer bientôt le cadavre d’une initiative qui aurait été tuée par la majorité de Die Linke. L’ayant rencontré à plusieurs reprises, je pense pour ma part qu’Elsässer a les nerfs assez solides pour éviter les pièges de toutes sortes. Et  que son initiative portera au moins des fruits intellectuels. En France, ce serait à la Fondation Res publica d’établir un dialogue avec lui. L’Europe a besoin d’un retour de la gauche au patriotisme.     

Mardi 27 janvier 2009
Et si l’euro échouait, éclatait? La question n’est plus taboue. Elle se fait sa place discrètement dans les journaux et elle a envahi depuis longtemps les lettres confidentielles et les débats sur Internet. Mais, comme pour le traité constitutionnel européen, les gouvernements n’ont pas prévu de plan B. Que se passera-t-il si la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et même la France sont traversées de tensions économiques et sociales majeures et que l’un de ces pays craque, sur le plan monétaire? La divergence des taux d’emprunt accordés aux gouvernements devient telle que certains, sur les marchés, commencent à parier sur l’éclatement de l’euro. Beaucoup d’analystes soulignent que le problème d’une sortie de l’euro est moins économique que politique: la crédibilité de l’Europe serait en jeu et il suffirait qu’un pays sorte pour provoquer une réaction en chaîne. Pourtant, nos gouvernants refusent d’envisager un tel « cauchemar ». Alors qu’il suffirait de prendre les devants et de proposer que, pour les membres soumis à des tensions sociales trop fortes du fait de la crise et de l’endettement, soit ouverte la possibilité de se doter d’un instrument monétaire particulier dont le taux de change serait fixé de façon réaliste par rapport à l’euro. Et si plusieurs saisissaient cette occasion? L’euro deviendrait monnaie commune et non plus unique. On ne risquerait pas de tout perdre d’un  coup de l’immense effort d’unité monétaire européenne.    

Mercredi 28 janvier 2009
Selon l’Agence Fédérale allemande du Travail, un million d’enfants de moins de seize ans touchent une aide sociale « Hartz IV » (réformes de Schröder). Or, pour les enfants, l’aide sociale proposée se monte à  60% de celle proposée à un adulte. Le Tribunal Social Fédéral vient de juger recevable la plainte de deux  familles en difficulté qui, au nom de leurs quatre enfants, contestent le fait que ceux-ci ne reçoivent que 210 euros par mois.  Le Tribunal Constitutionnel de Kalsruhe  devra statuer sur le cas et éventuellement instituer une jurisprudence. Ce serait un coup de plus porté aux réformes de Schröder, contre lesquelles des centaines de procès sont menés. Un enfant sur cinq vit, en Allemagne, dans une famille se situant en-dessous du seuil de pauvreté.

Jeudi 29 janvier 2009  
Assistons-nous à la fin de la coopération européenne? Madame Merkel vient de recevoir seule le premier ministre chinois et de s’engager avec lui à maintenir, malgré la crise, le libre-échange; de le renforcer même entre les deux pays. Comment dire plus ouvertement que l’Allemagne s’assied sur les intérêts véritables de l’Europe? Et sur les siens propres, au passage, puisque la Chine est l ‘un des seuls pays vis-à-vis duquel l’Allemagne est en déficit commercial.
Qui se chargera d’expliquer à Madame Merkel qu’on est en 2009, que la crise a atteint les principaux partenaires commerciaux de l‘Allemagne, qui se trouvent en Europe, et que la relance de l’économie européenne n’est pas compatible avec le pacte pervers qui lie les entreprises transnationales au gouvernement posttotalitaire chinois pour exploiter l’immense réservoir chinois de main d’œuvre bon marché? .   


MOT-CLÉS : elasser, linke, schroeder, stauffenberg


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