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Ma semaine allemande: après l'eurobéatitude, un fatalisme suicidaire…

Edouard Husson - Blogueur associé | Dimanche 21 Juin 2009 à 16:25 | Lu 5893 fois

Du retour sur le plan nazi d'effacement des traces de la Shoah aux bouleversements géopolitiques actuels d'un monde en crise : sombre semaine allemande…



(Peter Ito-flickr-cc)
(Peter Ito-flickr-cc)
15-16 juin 2009 - Le négationnisme inhérent à l'entreprise génocidaire des nazis
Le colloque international organisé par Yahad-In Unum et consacré à «l'opération 1005», l'entreprise nazie d'effacement des traces de la Shoah, entre 1942 et 1945, a tenu ses promesses. Une vingtaine de spécialistes de différents pays ont confronté leurs connaissances sur le sujet. Comme lors du colloque de 2007 sur la Shoah en Ukraine, les débats étaient traduits en français, en anglais, en allemand et en russe: bel exemple de coopération scientifique internationale où chacun, ou presque, peut s'exprimer dans sa propre langue. La question sous-jacente à tous les exposés était de savoir si la combustion, par les bourreaux eux-mêmes, des corps des victimes du massacre était le fruit de la peur de la défaite ou s'il s'agissait de quelque chose de plus intrinsèquement lié au génocide. Mais les «commandos 1005» (le numéro est celui du dossier dans les services de Heydrich) commencent Ã  être constitués dès le printemps 1942, à un moment où les nazis croient encore à la victoire. Les «Sonderkommandos» composés de Juifs qui accomplissent, contraints par la SS, le travail de déterrage et de combustion des corps de la «Shoah par balles» accomplissent le même travail que ceux qui sont contraints de remplir les fours crématoires des corps sortis des chambre à gaz. Et il a été montré aussi que tout le processus d'élimination des corps avait commencé à être élaboré dans ce laboratoire de la «solution finale» qu'est «l'opération T4», l'élimination des aliénés, «malades incurables» et handicapés allemands en 1940-41. Comme tous les criminels, les nazis veulent faire disparaître les traces de leurs crimes. Il y a bien sûr la peur d'être découvert mais aussi le souci de pouvoir nier un jour jusqu'à l'existence des victimes. Une logique dans laquelle entrent les négationnistes d'aujourd'hui, héritiers de «l'opération 1005».    
 
A l'occasion du colloque, Georges Molinié, président de Paris-Sorbonne, a annoncé qu'il créait un Centre d'études pour la recherche et l'enseignement sur la Shoah à l'Est. Il s'agit d'une reconnaissance académique de premier plan pour le travail entrepris par le Père Patrick Desbois et Yahad-In Unum, travail dont le colloque a montré, s'il en était encore besoin, qu'il rencontrait une résonance positive énorme dans la communauté internationale des chercheurs et qu'il mettait la France, pour la première fois, parmi les pays où l'on est en pointe de la recherche sur le génocide des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.  
 

Ma semaine allemande: après l'eurobéatitude, un fatalisme suicidaire…
18-19 juin 2009 - Les services secrets allemands prévoient des bouleversements géopolitiques majeurs
La revue Internationale Politik   consacre son numéro de juin aux conséquences géopolitiques de la crise économique et financière. Andreas Rinke, correspondant à Berlin du Handelsblatt, y présente en particulier le contenu d'une étude des services secrets allemands, le BND (Bundesnachrichtendienst) qui élabore trois scénarios possibles, centrés sur la Chine. Première hypothèse: les investissements conjoncturels des Etats ont servi à quelque chose; les Etats-Unis réussissent à maintenir une partie de leur influence; mais cela n'empêche pas la montée en puissance de la Chine; deuxième possibilité: le déclin américain se révèle plus rapide que prévu; la Chine en profite pour s'imposer comme première puissance internationale; le BND redoute de voir la Russie se rapprocher alors de la Chine; troisième scénario: c'est le deuxième mais encore plus catastrophique. Le chômage est tel, jusqu'en Chine, que les Etats cherchent des dérivatifs dans le nationalisme. Les tensions montent d'autant plus que les mouvements migratoires internationaux prennent des dimensions gigantesques. Un ou plusieurs conflits majeurs sont envisageables.
 
Derrière les trois scénarios, on discerne l'angoisse de devoir procéder à une révolution géopolitique majeure du point de vue de l'Allemagne. Non seulement le spectre de la puissance chinoise repose, à mon avis, sur une méconnaissance de l'histoire de la Chine, pays toujours plus fragile qu'il n'y paraît et qui a tendance à préférer la confrontation indirecte au conflit ouvert; mais il masque surtout l'angoisse que suscite le fait que la boussole américaine soit cassée. L'Europe et la Chine n'ont pas d'autre choix, dans les années qui viennent, que de réorienter leurs économies l'une vers l'autre, puisque l'économie américaine est au bord de l'effondrement - voir les analyses du Laboratoire Européen d'Anticipation Politique. Et dans ce cas, la Russie n'aura pas à choisir. Elle sera au centre du dispositif. Ceci veut dire, par exemple, que l'Europe négocie de nouvelles relations monétaires entre la Chine, la Russie et elle-même. La tâche nous est simplifiée par la réunion d'Ekaterinbourg, qui a eu lieu cette semaine, et le fait que les pays membres de l'Organisation de Shangaï se sont mis d'accord pour étudier un projet de monnaie commune. L'Europe doit rejoindre ce processus. Jusqu'à quand aurons-nous peur de notre ombre?
 
Nous assistons à une révolution géopolitique majeure, on sera bien d'accord pour le dire avec le BND. Mais il faut en prendre la mesure. Pour reprendre la distinction des géopoliticiens de la fin du XIXè siècle, la domination du monde se jouait, croyait-on depuis plus d'un siècle, entre une puissance qui avait le contrôle du heartland continental eurasiatique et une grande puissance maritime. L'Allemagne puis la Russie se sont épuisées à vouloir dominer le continent. Les Etats-Unis à vouloir contrôler les mers après en avoir évincé la Grande-Bretagne. Cette vision des choses, issue du social-darwinisme du dernier tiers du XIXè siècle, a conduit à la multiplication des guerres et des violences de masse totalitaires. Il est à présent possible d'en sortir. Ni l'Europe ni la Russie ni la Chine ne sont en mesure de contrôler seules le heartland. Et les Etats-Unis ne pourront plus, bientôt, financer leurs 900 bases militaires dispersées sur l'ensemble de la planète. L'avenir est Ã  la coopération pacifique entre nations sur une base économique équilibrée, c'est-à-dire à condition que soit refondé un système monétaire international. Commençons par le faire pour l'Eurasie. C'est-à-dire joignons l'Europe au processus de Shangaï. Les autres pays rejoindront. Ils ont déjà commencé à le faire puisqu'à Ekaterinbourg, parallèlement à la réunion de Shangaï s'est tenue une réunion du BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine).
 
Samedi 20 juin 2009 - La cyclothymie des Européens
Les sombres considérations politiques qui sont actuellement sur le bureau du chancelier allemand nous rappellent d'autres épisodes où l'humeur des élites a changé, pour le pire. Stefan Zweig le fait merveilleusement sentir dans ce qui est Ã  mon avis le seul grand livre qu'il ait écrit - loin de la boursouflure de ses biographies et des pastiches néo-romantiques qui encombrent sa fiction - Le Monde d'hier: «Nous poussâmes des cris d'allégresse, à Vienne, quand Blériot franchit la Manche, comme s'il était un héros de notre patrie. Grâce à la fierté qu'inspiraient à chaque heure les triomphes sans cesse renouvelés de notre technique, de notre science, pour la première fois un sentiment de solidarité européenne, une conscience nationale européenne était en devenir. Combien absurdes, nous disions-nous, sont ces frontières, alors qu'un avion les survole avec autant de facilité que si c'était un jeu; combien artificielles ces barrières douanières et ces garde-frontières, combien contradictoires à l'esprit de notre temps qui manifestement désire l'union et la fraternité universelle! Cet essor du sentiment n'était pas moins merveilleux que celui des aéroplanes. Je plains tous ceux qui n'ont pas vécu ces dernières années de l'enfance de l'Europe». C'est le grand défi pour l'Europe d'aujourd'hui: éviter de passer de l'eurobéatitude des années 1990-2007 à un fatalisme foncier qui, cette fois, ne plongera plus l'Europe dans la guerre mais la rendra insignifiante dans la construction d'un nouvel équilibre des puissances à l'aide d'une nouvelle monnaie internationale, au service de la prospérité, de la paix, et de la liberté des peuples. 




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