Connectez-vous S'inscrire
Marianne2

Ma semaine allemande: Die Linke, un parti comme les autres

Edouard Husson | Samedi 18 Avril 2009 à 13:37 | Lu 6222 fois

Par Edouard Husson, historien de l'Allemagne contemporaine. Les Allemands n'ont pas confiance dans leurs hommes politiques et leurs responsables économiques. Les déchirements de la gauche entre SPD et Die Linke ne risquent pas de les faire changer d'avis. Ça ne vous rappelle rien?



Oskar Lafontaine (photo hailippe-flickr-cc)
Oskar Lafontaine (photo hailippe-flickr-cc)

Mardi 14 avril 2009 - Le Parlement Européen veut renforcer le partenariat transatlantique
.
Les hommes politiques font souvent la promesse de «rapprocher l'Europe du citoyen». Ils affirment que le resserrement de l'unité européenne sera synonyme de démocratisation. Ils espèrent, lors des prochaines élections européennes, inverser la tendance selon laquelle la participation électorale est plus faible à chaque nouvelle élection au Parlement européen.

Et bien, qu'on en juge. Le 26 mars 2009, le Parlement Européen a voté par 503 voix contre 51 (et 10 abstentions) sa résolution A6-0114/2009, vouée au renforcement du lien transatlantique. On y lit que l'OTAN et l'Union Européenne ont vocation à se rapprocher toujours plus; que l'UE doit soutenir la guerre contre le terrorisme, en particulier en Afghanistan; qu'il faut une intégration plus forte des marchés transatlantiques. Ce texte a été rédigé par le groupe PPE et voté sans une hésitation par la gauche social-démocrate et écologiste. Les élus allemands ont joué un rôle majeur dans l'élaboration de cette résolution comme dans celle des précédentes du même acabit (1er juin 2006; 25 avril 2007; 5 juin 2008)

Autant dire que le Parlement européen a choisi d'exprimer des objectifs tout à fait contraires à l'émergence d'une union des démocraties européennes. Alors même que les méfaits de la mondialisation centrée sur l'étalon-dollar apparaissent toujours plus évidents, ceux qui sont élus pour être les représentants des peuples européens délibérant ensemble sont entrés dans la logique d'oligarchisation des relations internationales qu'incarne toujours plus le partenariat transatlantique. On ajoutera qu'à quelques semaines, peut-être, d'un effondrement de la monnaie américaine, il y a de quoi frémir à lire que le Parlement européen souhaite un renforcement de la coopération transatlantique en matière monétaire.

Mercredi 15 avril 2009 - Les Allemands n'ont pas confiance dans leurs dirigeants
Dès 2004, un sondage montrait que c'est en Allemagne, de tous les grands pays industrialisés, que les citoyens ont le moins confiance dans leurs hommes politiques et leurs responsables économiques. Les pourcentages y étaient en effet, respectivement, de 7 et de 20%; contre 10 et 32 pour l'Italie; 12 et 35% pour la France; 17 et 35 pour la Grande-Bretagne; 20 et 35 pour les Etats-Unis; 27 et 60% pour le Danemark; 35 et 40 pour les Pays-Bas. La page sur laquelle se trouve ce sondage, www.jjahnke.net/technikratie.html, a été réactualisée en 2006 sans que l'auteur du «portail d'information globalisation» revoie le chiffre allemand à la hausse.

On tirera deux conclusions de tels chiffres; l'une sur la maturité démocratique de l'Allemagne, qui n'a pas connu de poussée d'extrême droite, malgré le rejet profond de ses propres élites qu'elle exprime. L'autre, précisément, sur l'intensité de la défiance ressentie. On ne peut que conseiller aux dirigeants des voisins européens de se préparer à de l'inattendu lors des élections au Bundestag de l'automne 2009 en RFA .


Edouard Husson
Edouard Husson
Jeudi 16 avril 2009 - la situation financière des communes allemandes est dramatique
La Fédération des villes et des communes allemandes annonce un recul de la taxe professionnelle de 18%, soit 8 milliards de moins pour les caisses communales. Il faut y ajouter: la diminution des transferts des Länder aux communes; les rentrées d'argents diminuées des impôts locaux; l'argent perdu dans des placements financiers hasardeux (par lesquelles les communes avaient cru compenser les délocalisations fiscales de bien des entreprises allemandes).

Vendredi 17 avril 2009 - Y a-t-il vraiment une différence entre le SPD et Die Linke?
Le SPD vient d'annoncer qu'il ferait campagne, en vue des élections au Bundestag, pour un salaire minimum unique de 7,50 euros/heure. La RFA ne connaît jusqu'à présent que quelques secteurs professionnels où il existe un salaire minimal. Dans la situation économique présente, il est peu probable que le patronat allemand satisfasse à une telle revendication, qui met en cause le libéralisme économique sur lequel s'est construit l'Allemagne capitaliste d'après-guerre: la libre négociation des salaires entre partenaires sociaux, par branche, sans intervention de l'Etat. Alors, révolutionnaire, le SPD? Il ne s'agit, en fait, que de limiter l'effet de la revendication avancée par Oskar Lafontaine, au nom de Die Linke: un salaire minimum universel de 10 euros/heure.

La rédactrice en chef du site scharf-links.de, Edith Bartelmus-Scholich, juge, du point de vue de la gauche allemande, que Lafontaine et Steinmeier se livreront là une apparence de combat. Il lui semble significatif, en effet, que Die Linke s'apprête à placer en position non éligible, pour les élections législatives du début de l'automne, Elke Reinke, actuellement député de Sachsen-Anhalt, la seule représentante du parti d'Oskar Lafontaine à avoir connu une période de chômage et la réalité humaine qu'implique Hartz IV - sous prétexte qu'elle a mis, depuis 2005, trop d'émotion dans ses interventions. Die Linke, explique Madame Bartelmus-Scholich, est un parti de professionnels de la politique comme les autres, qui livrera un combat en trompe-l'oeil aux prochaines élections.

Effectivement, selon de nombreux témoignages, bien des militants de la gauche s'en vont sur la pointe des pieds après avoir constaté l'absence de démocratie interne dans le choix des candidats et de leurs places respectives sur les listes pour les élections au Bundestag. Et si l'on en croit les sondages, Die Linke n'arrive pas à dépasser durablement 10%. L'objectif du SPD est d'empêcher le parti d'Oskar Lafontaine de franchir la barre des 12-15%. Ce sera peut-être plus facile qu'il n'y paraît.



Accueil Accueil    Envoyer Envoyer    Imprimer Imprimer    Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 31 Juillet 2010 - 14:01 Et si la mondialisation était la nouvelle révolution?

Vendredi 30 Juillet 2010 - 16:01 Pour Sarkozy, tous les chemins mènent aux Roms



  • Publiez vos commentaires
  • Mettez en favori vos articles préférés
  • Suivez l'activité des membres


La newsletter Marianne Le groupe Facebook Marianne Marianne sur Twitter Marianne sur votre Mobile






© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72