Marianne2 2012

M. Descoings, répondez aux critiques de Mediapart!

Lundi 19 Octobre 2009 à 11:01 | Lu 16050 fois I 21 commentaire(s)

Marianne Marianne
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Mediapart a publié la semaine dernière une enquête édifiante en quatre volets sur le système Sciences-Po et son gourou, Richard Descoings. Ce dernier, qui aime pourtant la transparence, n'a pas souhaité répondre aux questions que nous voulions lui poser après la parution de cet article.


«Sciences-Po aime les journalistes mais sous condition ». Jade Lindgaard a raison : la petite entreprise dirigée par Richard Descoings et à laquelle cette journaliste de Mediapart a consacré une enquête magistrale, choisit avec soin ses interlocuteurs. Et apparemment Marianne2 n’en fait pas partie. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. On aurait pourtant aimé recueillir les réactions de son directeur. Car cette enquête au long cours qui a nécessité l’interview d’une cinquantaine de personnes est édifiante. Et l’entretien vidéo que le maître à penser des lieux a accordé à Jade Lindgaard ne lève pas le voile sur tout, loin s’en faut…
Mais puisque du côté de la rue Saint-Guillaume, décision a été prise de faire le mort en espérant sans doute que ces écrits restent le privilège des heureux abonnés de Mediapart, Marianne2 a décidé d’en faire une recension. Une recension qui ne se veut surtout pas exhaustive. L’idéal étant, bien entendu, de se plonger dans l’enquête originale...

Ce court préambule ne le montre peut-être pas, mais l’IEP à la sauce Descoings, c’est avant tout une formidable machine à communiquer . Et pour cela, le directeur de Sciences-Po peut compter sur ce que Jade Lindgaard appelle très justement « une géographie des obligés » : il y a là ceux qui — politiques, dirigeants d’entreprises et journalistes — y ont étudié et ceux, aussi, qui y enseignent ou y ont enseigné. On comprend mieux dès lors pourquoi personne ou presque ne s’amuse à écorner l’image de la « noble institution ». Pourtant les critiques ne manquent pas. À commencer par l’ouverture de ses cours à quelques élèves issus des ZEP grâce à une procédure parallèle au traditionnel concours.

Plus de deux tiers des élèves sont issus des familles les plus riches de France

Cette décision est la clef de voûte du système Descoings. Elle fait de Sciences-Po ce modèle moderne (donc forcément performant) dont les médias n’ont de cesse de nous rebattre les oreilles. Comme Libération par exemple. Le journal se fend, dans son édition de ce lundi, d'un nouveau plaidoyer en faveur de la discrimination positive. Qu’importe que sous prétexte d’une démocratisation (certes nécessaire), on s’assoit sur le principe d’égalité républicaine. Qu’importe aussi que la discrimination positive ne fasse finalement que très peu ses preuves : actuellement, les étudiants entrés grâce aux conventions ZEP ne représenteraient, d’après la journaliste de Mediapart, que « 5,5% des effectifs au total ». Rappelons que dans les années 1960, les fils d'ouvriers représentaient 10% des effectifs des grandes écoles. C'est donc une goutte d’eau. Mais de cette goutte d’eau, Richard Descoings en a fait un océan qu’il offre à tous les regards. Cela permet de ne pas voir que « 68% des étudiants de Sciences-Po ont leurs parents dans le premier décile de revenus en France, c’est-à-dire les 10% les plus riches ». Ces derniers chiffres, Jade Lindgaard les a dénichés dans « une étude interne réalisée par une commission présidée par Jean-Paul Fitoussi, en 2007 », mais ils « ne sont jamais communiqués par la direction de l’IEP qui préfère, explique-t-elle, faire savoir que la proportion de boursiers augmente à Sciences-Po. »


Et pour cause : la réforme ZEP, c’est un formidable « produit d’appel pour l’IEP ». Tout le monde semble prêt, d’une façon ou d’une autre, à mettre la main à la poche pour participer à cette belle aventure de casse de l'égalité républicaine : les collectivités locales (parce que « l’ouverture dans leurs lycées de conventions ZEP (…) améliore l’image de leurs établissements ») comme les plus importantes entreprises du pays (Lagardère, Areva, Total, Société générale…). C’est que la créature créée par Richard Descoings est gourmande. Très gourmande même. La journaliste de Mediapart consacre toute une part de son enquête à la « vertigineuse course aux financements »  de Sciences-Po. On apprend notamment que certaines dépenses ont explosé, comme celles liées aux « prestations de service » (+360%) et aux « missions de représentation » (+182%) en six ans. 


Mais son créateur semble lui aussi difficile à repaître : « Conseiller d’Etat, écrit-elle, il recevait en 1996, quand il a pris la direction de Sciences-Po, un traitement de 11 000 euros par mois, augmenté de 15%. En 2002, sa rémunération (en tant que directeur de l’IEP et administrateur de la FNSP) atteint 11 433 euros. En 2005, elle s’élève à 17 408,17 euros brut. » « À titre de comparaison, précise Jade Lindgaard, un président d’université touche entre 4 500 et 6 000 euros. ». Réponse de l’intéressé : « Compte tenu de ce que je fais à Sciences-Po, de ce que je fais pour Sciences-Po, de ce que je fais pour mes salariés — ça me paraît extrêmement important — je gagne bien ma vie, oui. »


Le roi Richard et le petit peuple des vacataires

Il est certain que Richard Descoings fait beaucoup « pour ses salariés ». Enfin, par pour tous. «Ritchie D» est décrit par plusieurs des interlocuteurs de Jade Lingaard comme un « monarque ». Un « monarque » isolé mais qui dispose malgré tout d’une « cour ». Il y a ceux qui en sont, et les autres. Il y a ceux qui ont droit à des primes, et les autres. Et il y a aussi tout le petit peuple des enseignants vacataires et prestataires de services. Les universités en regorgent. Apparemment, Sciences-Po en dégueule. Jade Lindgaard en a dénombré « environ 3 000 » alors que l’organigramme de Sciences compterait près de 800 salariés !  

   

Mais il y aussi et surtout ce management nouvelle génération, ce management moderne (donc forcément performant, une nouvelle fois) des troupes. La journaliste de Mediapart s’est intéressée au cas des documentalistes de Sciences-Po : « Une partie de leur rémunération, explique-t-elle, devra prendre en compte la satisfaction des usagers ». Et de préciser : « A terme, tous les salariés de Sciences-Po en contact avec le public bénéficieront du même type d’accord. » Ou comment transformer les étudiants en de simples consommateurs… Mais ça, non plus, ça n’a pas l’air d’émouvoir Richard Descoings : « En quoi serait-il contraire au service public de s’intéresser au taux de satisfaction de l’usager. C’est en revanche très français de s’en désintéresser. »  


C’est surtout très peu français de lier ce taux de satisfaction à la rémunération. C’est même une conception typiquement anglo-saxonne. Tout comme la discrimination positive. Le risque ? C’est qu’avec le silence complice (et admiratif ?) des médias, l’œuvre de Richard Descoings serve de modèle à l’école française de demain. Elle doit être améliorée, c’est un fait, mais pas au point de tout envoyer au bûcher. Pas au point de jeter aux oubliettes le principe d’égalité républicaine. Pas au point de s’ouvrir aux quatre vents aux intérêts financiers privés. Pas au point, enfin, de transformer les élèves en clients d’un savoir qui, par essence, n’a pas de prix…









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