Lycée Jean Lurçat: téléphonique ta mère!Bénédicte Charles - Marianne | Mercredi 25 Novembre 2009 à 19:24 | Lu 15219 fois
Les élèves d'une classe de terminale d'un lycée parisien ont demandé à changer de prof… pour pouvoir continuer à téléphoner tranquillement en cours.
Des élèves de terminale technologique du lycée parisien Jean Lurçat (treizième arrondissement) ont écrit, le 20 octobre dernier, au proviseur de l’établissement pour demander à changer de professeur d’anglais. « Exiger » serait d’ailleurs plus juste, vu le ton comminatoire de la lettre — signée par la quasi totalité de la classe — qui « conseille vivement [au proviseur] d'opérer un changement de prof ». Les raisons de ce « vif conseil » laissent encore plus pantois : la prof en question, Claudine Lespagnol, 58 ans dont huit au lycée Jean Lurçat, est accusée (entre autres) d’intimer à ses élèves l'ordre de ranger leur téléphone portable dans leur sac pendant les cours. Parce qu’elle en a ras-le-bol, Claudine Lespagnol, des sonneries débiles et intempestives qui perturbent sa classe, des gamins qui passent leur temps à pianoter des SMS sur leur clavier, des filles qui se servent de leur iphone comme d’un miroir pour se maquiller et même « s’épiler les sourcils », dixit une collègue de la prof d’anglais. Tout ça pendant qu’elle, Claudine, essaie de faire en sorte qu’ils arrivent au bac en sachant que le prétérit n’est pas une maladie de peau. Peine perdue.
Les petits cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît
Le proviseur a bien évidemment refusé d’accéder à la demande des élèves. Une partie d’entre eux n’ont pas compris ce refus, tant ils étaient persuadés de la légitimité de leur revendication. Après tout, un téléphone portable, on peut le changer quand on en n’est plus satisfait. Alors pourquoi pas un prof ?
Du coup, le 21 octobre, une poignée d’entre eux rédigent une nouvelle lettre (anonyme, ou du moins simplement signée « terminale STG2 »), à l’attention de Claudine Lespagnol cette fois-ci. La missive vaut son pesant de cacahuètes et montre qu’il n’y a apparemment pas qu’en cours d’anglais que les élèves passent leur temps à s’amuser avec leurs portables, et que cela ne date vraisemblablement pas de cette année. Leurs anciens profs de français aussi ont dû en passer, des cours à réclamer qu’au moins ils mettent leurs téléphones sur position vibreur. Trop occupés sans doute à taper 1 pour virer Loana Bimbo de la saison 4 de Secret Story, nos adorables élèves n’ont pas non plus intégré toutes les subtilités de la vie en société — « on ne fait pas toujours ce qu’on veut », « on évite de menacer ses profs » — que n’ont pourtant certainement pas manqué de leur inculquer leur parents. Preuve qu’il y a des claques qui se perdent. Jugez-en : « Suite à la lettre du mécontentement collectif de notre part envers votre égard, nous n’avons malheureusement pas pu obtenir une réponse favorable de la part du proviseur » (…) « Vous perdez énormément de temps à faire des remarques désobligeante afin d’essayer de nous remettre désespérément à l’écoute du cours. Il est vrai que beaucoup d’entre nous se laisse distraire pendant les cours, par des accessoires électroniques, par nos camarades ou autres ». Le meilleur étant à venir : « Mais ce genre de situation se produit partout dans la vie quotidienne » ! Effarant, non ? Le reste de la lettre — dont des passages entiers semblent avoir été recopiés sur les bulletins trimestriels des élèves de la classe — n’est qu’une longue menace : « Si vous persévérez (…) chaque lundi vous allez subir votre peine ». « Nous espérons passer un lundi correct avec vous le jour de la rentrée ; si ce n’est pas le cas, et qu’il n’y a aucun effort de changement de votre part, nous n’avons plus que quelques mots à vous dire : ALLEZ VOUS FAIRE ENCULER ! ». Pire, le post-scriptum : « Le vole de la clé usb est bien fait pour vous car vous pensez nous faire peur en disant que vous allez porter plainte. Mais sachez que nous ne céderons JAMAIS à vos menaces. Si vous ripostez CE SERA LA GUEURRE GUERRE GUEURRE CHAQUE LUNDI !!! (Miaous oui la guerre ! comme le dis la Team Rocket dans Pokémon) ». un mois plus tard, Zorro arrive enfin et dit «c'est pas bien, les enfants»
Après cela, il a fallu un mois, et une grève des profs du lycée, pour que quelque chose se passe. Le 19 novembre dernier, donc, les collègues de Claudine Lespagnol ont débrayé… et les médias ont embrayé. Résultat : lundi dernier — soit plus de quatre semaines après les faits — l’inspecteur d’académie s’est rendu au lycée Jean Lurçat pour s’adresser à la classe et lui dire « combien ces faits sont inacceptables ». Tout en reconnaissant que « la sanction collective n'existe pas ». «Je leur ai dit combien la communauté éducative était solidaire de la professeure, combien leur action était inacceptable, inqualifiable, puérile, lâche et que nous continuons à rechercher les auteurs de ces actions, pour autant que ce soit possible», a-t-il expliqué. Maman j’ai peur !
Hier mardi, Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, promettait sur RTL d’envoyer sur place des «équipes mobiles de sécurité (…) pour procéder à une enquête et pour faire en sorte que les responsables de cette lettre injurieuse soient sanctionnés». C’est ainsi qu’on a appris que les auteurs de la lettre n’avaient toujours pas été sanctionnés. Ça ne doit pourtant pas être compliqué à repérer, sur toute une classe de terminale, des élèves nuls en orthographe, qui téléphonent pendant les cours, jouent encore aux Pokémon et considèrent que le boulot d’un prof, c’est de faire garderie, pas cours. Comment ça, ils sont presque tous comme ça ? PS : un conseil à Claudine. Il y a des profs qui n'essaient même pas de demander aux élèves de ranger leurs téléphones. Ils les pulvérisent directement, c'est plus simple et plus efficace :
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