Marianne2 2012

Luc Chatel, grandes enseignes et coup de com: une vieille histoire d’amour

Vendredi 21 Août 2009 à 07:01 | Lu 13114 fois I 63 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Depuis l’épisode des fausses clientes d’un Intermarché venues lui servir la soupe devant les caméras, le nouveau ministre de l’Education le répète à l’envi: il ne mange pas de ce pain-là. Ah bon?


Lundi, le fringuant Luc Chatel s’offrait une jolie opération de communication en se rendant dans un Intermarché de Villeneuve-le-Roi dans le Val-de-Marne. Le but : montrer que les entreprises de la grande distribution jouaient le jeu des « Essentiels de la rentrée », une action initiée par le ministère de l’Education nationale visant à proposer aux familles un certain nombre de fournitures scolaires de « base »  à des prix raisonnables.

«L’honnêteté» de Luc Chatel «en cause»

Une heureuse initiative. Seul hic : au cours de ce déplacement, les journalistes sont tombés sur des mères de famille un peu trop informées et un peu trop enthousiastes pour être « honnêtes ». Parmi elles : une certaine Virginie Meyniel, rapidement identifiée comme une sympathisante de droite de par sa fonction de conseillère municipale dans une petite commune de Seine-et-Marne. La polémique enfle. Luc Chatel est obligé de s’exprimer. Et l’ancien secrétaire d’Etat à la Consommation dégaine les grands mots : « Ce que je peux vous dire, déclare-t-il à France 2, c'est que tout s'est fait à mon insu. Nous n'étions au courant de rien. Je trouve ce procédé profondément choquant, parce qu’il met en cause mon honnêteté. » Et pour lui de demander à Intermarché « de dire ce qui s'est réellement passé ».

Hier, les mousquetaires rendent les armes et, dans un communiqué, expliquent que les ferventes adeptes de l’opération « Les Essentiels de la rentrée » étaient en fait des salariées de l’enseigne « invitées » à assister à la visite ministérielle : « Cette initiative est le seul fait d’Intermarché et en aucun cas ni le ministre ni ses collaborateurs n’y ont été associés ni même informés », précise le texte. On apprend par ailleurs que la désormais célèbre Virginie Meyniel travaille comme comptable pour Intermarché et « n’est pas, d’après Luc Chatel, adhérente à l’UMP ».

Un Chatel ne vaut pas une Morano ?

Blanchi, Luc Chatel ? Il ne serait donc pas une Nadine Morano en puissance (il y un an, elle avait, elle aussi, eu droit à un interlocuteur en or massif dans un supermarché pour lancer devant les médias la nouvelle Allocation de rentrée scolaire ) ? C’est en tout cas ce que continue à clamer Philippe Gustin, directeur de cabinet de Luc Chatel. « Nous avions contacté le supermarché préalablement à notre venue et nous nous attendions à ce qu’il y ait peu de monde, explique-t-il à Libération, Luc Chatel a d’ailleurs été surpris de voir autant de véhicules stationnés sur le parking du magasin. Son étonnement n’a fait que croître lorsqu’il s’est aperçu que les clientes connaissaient toutes "Les Essentiels de la rentrée". »

Mais il ne faut pas qu’il soit « surpris », Luc Chatel, d’être aussi populaire auprès des salariés des grandes enseignes. C’est une sorte de « donné pour un rendu ». En janvier, alors qu’il était secrétaire d’Etat à la Consommation, il s’était lui aussi « invité » à une belle opération de communication (vidéo ci-dessous). Il s’agissait d’une manifestation d’employés (notamment de Leroy Merlin et de Go Sport) favorable au travail dominical. Une manifestation organisée par la Confédération générale des salariés du dimanche devant l’Assemblée nationale alors que le débat faisait rage jusque dans les rangs de l’UMP. Spontanément — mais c’est bien sûr, Luc Chatel les avait rejoint. Il avait alors tombé son costume de ministre pour celui d’agitateur public armé d’un mégaphone : « Je suis venu vous dire que le gouvernement défendait le travail du dimanche. (…) Le gouvernement soutient cette proposition de loi parce que nous considérons qu'il faut donner au salarié la liberté de travailler le dimanche comme il le souhaite ».

Il est quand même gonflé Luc Chatel. Hier, il prônait « la liberté des salariés de travailler le dimanche ». Aujourd’hui, il se désolidarise des salariés d’Intermarché qui sont quand même libres de venir, tout aussi spontanément, servir la soupe à un ministre un lundi…









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez