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Luc Chatel: enseigner, c'est obéir

Mercredi 26 Août 2009 à 17:01 | Lu 9746 fois I 59 commentaire(s)

Jessica Thomas - Marianne

Désobéissance. Comme beaucoup de ses semblables, ce mot n'a pas qu'un sens. Dans son interview au Monde mercredi 26 août, Luc Chatel, ministre de l'Education, semble l'oublier. Enfin, espérons qu'il l'oublie. Car s'il sait ce qu'il fait, c'est un sacré manipulateur.


« Le concept même de désobéissance me paraît incompatible avec les valeurs de l'éducation ». Dans le Monde du 26 août, Luc Chatel, s'essaye à l'éloquence. S'exprimant sur le mouvement qui a secoué le monde éducatif l'année dernière, le ministre de l'Education évoque les « enseignants désobéisseurs ». Et  se pose en donneur de leçons. « J'ai du mal à comprendre qu'un maître, qui se fait obéir par ses élèves, revendique la désobéissance publique ».

Petit rappel de vocabulaire pour déjouer les sophistes

La désobéissance civile, c'est refuser de se soumettre à une loi qu'on juge inique. En s'exposant, lucidement, aux poursuites judiciaires qui s'ensuivent, et en en prenant la responsabilité. C'est un acte adulte, responsable, citoyen.
Exemple ? Ce texte, extrait du blog resistance pédagogique, qui fédère les « enseignants désobéisseurs ».

« La résistance pédagogique est un choix clair, assumé, responsable.
En conscience, nous ne pouvons accepter d'être les instruments d'une politique gouvernementale qui déconstruit les fondements de l'Education Nationale.
En conscience, nous refusons d'obéir à des injonctions qui remettent en cause l'identité de notre métier d'enseignant »
.

Désobéir à ses parents, ou à ses professeurs, c'est refuser de se soumettre à une demande que l'on juge stupide, trop difficile, ou inappropriée. En refusant rageusement les réprimandes qui s'ensuivent. C'est un acte spontané, qui ne se fonde pas sur des revendications.
Exemple : « Fais tes devoirs. Non ».

Il y a donc plusieurs manières de désobéir. D'ailleurs, n'est-ce pas Sarkozy qui a ordonné aux professeurs de lire la lettre d'un fameux désobéisseur, un certain Guy Moquet ? Qu'aurait-il dit, ce chenapan, au ministre de l'Education qui affirme que « plus généralement, un fonctionnaire met en oeuvre les directives du gouvernement » ? Peut-être lui aurait-il susurré « résistance » à l'oreille, ou lui aurait simplement tiré la langue...

Et puis, un dernier détail.
Un maître, sans doute, « se fait obéir par ses élèves ». Mais ce n'est pas son rôle essentiel. Et puis, les maîtres, ça n'existe plus. On disait instituteur, et on dit aujourd'hui professeur des écoles. Et un professeur des écoles enseigne, d'abord. La discipline, ce sont les pions, pardon, les surveillants, qui s'en chargent. La discipline, un prof la fait en dernier recours : si on ne l'écoute pas. Pas si on ne lui obéit pas. Car, de même qu'un professeur n'est pas un maître, un élève n'est pas un domestique.

Attention aux mots, petits sophistes, ou vous serez déjoués...









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