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Loiselet : «pourquoi je quitte le PS pour Europe écologie»

Sylvain Lapoix - Marianne | Mardi 20 Octobre 2009 à 11:18 | Lu 7315 fois

Tête du pôle écologiste, Eric Loiselet officialise aujourd'hui son départ du Parti socialiste pour Europe écologie. Lassé des inerties de la direction à appréhender les enjeux écologiques, il a décidé de se tourner vers Europe écologie qui est pour lui la vraie force de recomposition de la gauche aujourd'hui.



De droite à gauche : Eric Loiselet, Emmanuelle Cosse et Daniel Cohn-Bendit à la plénière du jeudi 20 août. (photo : SL)
De droite à gauche : Eric Loiselet, Emmanuelle Cosse et Daniel Cohn-Bendit à la plénière du jeudi 20 août. (photo : SL)
Marianne2.fr : Lors d'une interview à l'occasion des journées d'été des Verts, vous exigiez de Martine Aubry une clarification sur les enjeux écologiques. Jugez-vous que vous avez été entendu ?
Eric Loiselet :
Elle a clarifié quelques éléments sur lesquels nous avions plus que des doutes, notamment au sujet de ses opinions sur l'écologie politique et les écologistes. A La Rochelle, elle a pris une position très claire sur la taxe dite carbone : avec les membres du pôle écologiste, nous nous sommes félicités d'une position unanime du bureau politique début juillet.

Mais j'ai une légère différence de vue de mes amis : si le PS a fini par agir positivement, il continue de le faire en réaction et, ainsi, de déserter le terrain de l'avenir et des nouvelles problématiques. Avant les résultats des élections européennes, il nous avait été impossible de rencontrer Martine Aubry. Je préfère poursuivre ma bataille du côté de la force politique émergente, Europe écologie, car il me semble que la seule façon de convertir la gauche aux nouveaux enjeux écologiques et sociaux est de maintenir une pression extérieure au PS.

Existe-t-il pour vous des barrières idéologiques au PS qui expliqueraient cette inertie face aux problématiques écologiques ?
Je crois que le PS reste indéfectiblement anthropocentrique dans sa manière d'appréhender le monde : quand ils doivent hiérarchiser les problèmes, in fine, mes amis socialistes restent convaincus que l'homme est supérieur à la nature. Sur le plan philosophique, je suis convaincu aujourd'hui que l'homme est un élément de la nature, qu'il est inclus dans un écosystème où il puise ses ressources. Or, pour survivre, il lui fait maintenir un équilibre au sein de cet écosystème qui est aujourd'hui gravement remis en cause.

D'autre part, la pensée socialiste est aujourd'hui complètement silencieuse sur un enjeu essentiel : nous vivons à crédit des générations futures. Nous sommes sur une pente où, si nous ne travaillons pas à infléchir notre trajectoire, les crises n'iront qu'en s'accentuant. Je regrette que les socialistes qui sont héritiers d'une tradition d'émancipation de l'homme n'aient pas encore fait leur aggiornamento sur cette question là. Ce qui est en cause, c'est l'équilibre qui permet la satisfaction des besoins des sociétés. La seule force en mesure d'appréhender globalement problématiques sociales et écologiques, c'est Europe écologie.

«L'électorat qui a fait le succès du PS dans les années 1970 va aujourd'hui chercher un nouveau modèle de gauche chez Europe écologie.»


Certaines personnalités du Mouvement démocrate, de la gauche ou de la société civile pourraient également rejoindre l'alliance des écologistes. Les bons résultats aux européennes de ce rassemblement suffisent-ils à expliquer ces ralliements ?
Leur score fait partie des déclencheurs : le déplacement de l'électorat en recherche d'un nouveau modèle pour la gauche a été une découverte durant les élections européennes. Dans les analyses détaillées des résultats, j'ai remarqué que les gens qui ont voté pour Europe écologie constituent le même socle qui a fait le succès du PS dans les années 1970, à l'époque où il était porteur d'une promesse d'avenir. Aujourd'hui, l'électorat cherche à contourner la cartellisation de l'offre politique dans une démarche qu'a bien résumé Daniel Cohn-Bendit : «il faut changer la gauche pour défier la droite».

Europe écologie n'est pas encore une force complète : je la rejoins aussi pour participer à sa construction. Les cadres du PS regarderont mon départ comme un non-événément car je ne n'amène pas derrière moi de cohortes de militants et que, dans leur vision des choses, les élections régionales vont marquer le grand retour du Parti socialiste. Or, je pense que la baisse de crédibilité du PS affecte ce qu'il prétend vouloir proposer : ce parti n'est plus crédible dans la lutte contre l'accroissement des inégalités sociales. Les électeurs se souviennent qu'à l'époque où ils étaient au pouvoir ils ont été les premiers à prôner l'élargissement des stock options, la baisse des impôts...

«Le PS reste persuadé que les élections régionales marqueront leur grand retour et ne réalisent pas qu'ils n'ont plus de crédibilité !»


Les partis de gauche s'inquiètent de ce que, en s'imposant comme une troisième force, Europe écologie n'affaiblisse la gauche et fasse le jeu de la droite. Pensez-vous que ce risque électoral existe pour les élections régionales et par la suite ?
Je ne pense pas qu'Europe écologie soit une troisième force : quand le PCF dominait à gauche, la troisième force était le PS, qui était qualifié de parti social traître. En une petite dizaine d'années, le PS a renversé le rapport de force. Aujourd'hui, l'enjeu est la modification des équilibres au sein de la gauche afin de construire une offre alternative à la droite. Pas un montage qui amène à 46-47% :  une offre qui atteigne 51%, ce qui est la seule alternative dans un système qui est construit pour un choix binaire. Si Europe écologie se présente de manière autonome au premier tour, c'est pour faire des alliances fortes au second et construire des majorités régionales selon l'arbitrage du vote.

Mon évolution personnelle s'inscrit dans un mouvement plus global : d'autres ont rejoint ce mouvement plus discrètement. Chez Europe écologie, l'idée est que les composantes s'expriment. Nous allons dans les prochains jours lancer un réseau nommé Convergence et qui a pour vocation d'être un point de repère pour les socialistes, qu'ils aient rejoint ou non Europe écologie. Puisqu'on parle de la construction d'un rassemblement social, écologiste et républicain pour 2012, nous appelons à y réfléchir dès maintenant.

Au delà des aspects idéologiques, le succès populaire d'Europe écologie attire aussi ceux qui ne se voient pas confier de responsabilité dans leur famille politique. Libération évoque la possibilité que vous intégriez la liste Champagne-Ardenne d'Europe écologie. La possibilité d'être candidat aux régionales vous a-t-elle motivé ?
C'est une hypothèse qui me parle. Les gens d'Europe écologie sont ouverts à cette idée : ils sont très désireux de poursuivre l'ouverture commencée aux européennes, de rassembler les sensibilités diverses et de dépasser les appareils. Certains en parlent, eux passent à l'action. Je me vois bien intégrer les listes régionales pour que la composante écologiste de la gauche soit présente. En 2004, les Verts avaient fait 7,5% au premier tour. Ma conviction personnelle, c'est que la dynamique que nous allons pouvoir porter est la meilleure chance pour la gauche de garder cette région.

Certains de mes amis me disent que j'ai raison de quitter un PS qui n'avait pas l'intention de se servir de moi ou de me confier de responsabilités. Avec Europe écologie, nous allons commencer à travailler dès le mois qui vient : nous aurons une réunion le 14 novembre sur les éléments de projet, le lendemain d'un débat avec Sandrine Bélier, l'eurodéputé de la région, sur Copenhague qui aura fait le lien entre le global et le régional. Nous reparlerons de la composition des listes début décembre.



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