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Lobbying: comment Acadomia a sauvé sa peauRégis Soubrouillard - Marianne | Mercredi 16 Décembre 2009 à 17:01 | Lu 11417 fois
Grâce à dix jours de lobbying intense, dévoilé par le site Médiapart, le leader hexagonal du soutien scolaire, Acadomia, a sauvé sa peau, obtenant l'abandon d'un amendement déposé par un député UMP qui visait à supprimer la déduction fiscale des dépenses parascolaires. Depuis, le patron d'Acadomia s'est également fait élire à la tête de la Fédération du Service aux Particuliers. Un poste stratégique pour continuer son combat.
L’initiative émanait d’un député UMP : Lionel Tardy. Son objectif : supprimer le crédit d'impôt offert aux familles consommatrices de cours privés à domicile, autorisées jusqu'ici à déduire de leur déclaration d'impôts 50% de leurs dépenses parascolaires. Une niche fiscale évaluée à 300 millions d’euros par le député de Haute-Savoie. Voté à l’Assemblée avec le soutien des socialistes, l’amendement aurait dû passer sans encombres l’étape du Sénat. Première visée, la firme Acadomia pour laquelle l’amendement relevait de l’attaque frontale, tant il est vrai que la viabilité de son modèle économique repose largement sur cette déduction fiscale.
C’était sans compter le lobbying forcené engagé par la firme spécialisée Lysios, mandatée par Acadomia. C’est le site Médiapart qui raconte ce qu’il qualifie de véritable « blitzkrieg » politique menée sur 10 jours. « Au lendemain de son adoption, Acadomia a sonné le branle-bas de combat et missionné un cabinet de lobbying pour rattraper le coup au Sénat. Son nom : Lysios » écrit Médiapart, « Trois salariés ont été illico mobilisés. Le coût de leurs services ? Secret. Ni Lysios, ni Acadomia, sollicités, ne veulent le dévoiler. Les lobbyistes ne livrent d’ailleurs guère de détails : « Travailler en dix jours, c’est pas notre habitude », se contente-t-on de glisser. Compte tenu des délais, ultra-serrés, Lysios s’est concentré sur un tout petit nombre de sénateurs, pour des frappes chirurgicales ciblées ». Et efficaces apparemment. Vice-présidente UMP de la commission des affaires sociales, Catherine Procaccia dépose un amendement d’éradication de la réforme Tardy, invoquant son cas personnel et les cours reçus par ses propres enfants. Désarmant, en effet. Dans les couloirs, mais aussi à Bercy, le cabinet Lysios poursuit son travail de sape. Soutien scolaire et services à la personne: même combat ?
Le 7 décembre, le Sénat fait sauter l’amendement Tardy : « Cela ne me surprend pas vraiment. Il y avait de gros enjeux pour certains et un cabinet de lobbying avait été mandaté par Acadomia pour faire sauter cet amendement. Le gouvernement était contre moi, car il considérait que mon amendement était un mauvais signal pour le développement des services à la personne. C'est un point de vue que je comprends, même si, avec un peu de pédagogie, on pouvait faire passer le bon message. Il a toujours été question de soutien scolaire, je me suis bien gardé d'utiliser des mots comme « emploi à domicile », « service à la personne » justement pour ne pas créer d'amalgame » écrit-il sur son blog. « Mes collègues sénateurs de l'UMP et de l'Union centriste ont surtout vu l'aspect « création d'emploi ». Ce que leur a vendu Acadomia et consorts. Mais ils n'ont pas vraiment creusé le coût que représentent ces emplois ainsi créés pour le Trésor Public ... Ils ne se sont pas non plus penchés sur l'efficacité de la dépense publique ».
Un amalgame entre « soutien scolaire » et « services à la personne » qui a trouvé son explication quelques jours plus tard. Pas plus tard qu’hier, Maxime Aiach, le président fondateur d’Acadomia, s’est fait élire à la tête de la Fédération du Service aux Particuliers (FESP), une association Loi 1901 qui rassemble l’ensemble des acteurs privés du secteur des …services à la personne. Créée en avril 2006, elle vise à défendre et promouvoir les activités du secteur. Le jour même de son élection, le patron d’Acadomia a imprimé sa marque sur l’association définissant parmi ses priorités le maintien « pour les familles clientes des entreprises de soutien scolaire le même cadre juridique que celui réservé aux autres activités de Service à la Personne ». Une mission déjà en partie accomplie.
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