Les stocks-options ? Pratique pour ne pas payer de salaire !
Mercredi 22 Avril 2009 à 07:00 | Lu 7979 fois I 21 commentaire(s)
Bernard Maris
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Martin Folz se fiche un peu du monde en prétendant que les stock-options ne coûtent rien à l'entreprise. Démonstration.
Le président de l’Association française des entreprises privées assume les stock-options et les jetons de présence... Il s'appelle Jean-Martin Folz, il est l'ancien patron de Peugeot, la joyeuse marque qui répand des particules microscopiques émises par les voitures diesel, et accessoirement, c’est vrai, qui fabrique des voitures. D’après ce que j’ai lu, le président touche 300 000 euros de jetons de présence par an pour participer à 5 conseil d’administrations et signer entre cigare et liqueurs quelques feuillets que l’on n’a pas lu. Il aurait aussi une retraite de 1.700 000 ou 1.900 000 euros, ou entre les deux. Bref. Donc il défend les rémunérations des patrons au nom d’un grand argument...
Les patrons seraient donc soumis à un marché terriblement concurrentiel... Et oui ! Si vous voulez embaucher un balayeur, vous n’aurez par trop de soucis du point de vue de l’offre, mais un patron, en revanche... C’est rare, donc c’est cher. Et plus c’est talentueux, plus c’est rare, et plus c’est cher. Certes, un patron peut couler votre entreprise (par exemple le patron de Lehman Brothers), mais ça, vous ne pouviez pas le prévoir. En revanche, vous pouvez assez bien prévoir le travail d’une caissière. Monsieur Folz a tout de même une grande honnêteté : il ne compare pas un patron à un artiste, comme le fait Jean-Marie Messier, équilibriste et funambule s’il en fut ! Le talent d’un patron est de faire travailler les autres, tandis qu’un artiste travaille tout seul (Picasso) ou avec les autres (Zidane)
Les stocks options ne coûtent rien à l'entreprise ? Mon oeil !
Et pourquoi donc un patron devrait-il percevoir des stock-options ? Alors là, l’argumentation de Monsieur Folz est étonnante : parce que, dit-il, l’émission de stock options ne coûte rien à l’entreprise... Ce qui voudrait dire que lorsqu’une entreprise émet des options, c’est comme si elle battait monnaie... Si elle faisait marcher la planche à billets. Elle tire des lignes de crédit pour payer ses hauts salariés. En fait, elle anticipe sur la valeur du capital de l’entreprise, laquelle dépend des profits, lesquels profits dépendent du marché, donc de la demande... Vous me suivez. A la limite une entreprise qui verse des options, peut ne pas donner de salaire. Elle dit : vendons des voitures, attendons que la valeur du capital augmente, et ensuite vendons nos actions.
En fait, on donne des options pour ne pas verser de salaires... Et si on ne verse pas de salaire, on n’aura pas de demande. Car ce sont les salariés qui achètent les voitures qui permettront aux patrons d’avoir des stock-options. On n’en sort pas ; les salariés sont des gens vraiment ennuyeux.
La phrase : « Le courage du mensonge n’est pas donné à tout le monde. Il n’y a pas que les honnêtes gens qui disent toujours la vérité. Il y a aussi les faibles et les timorés. » (Auguste Detoeuf)
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