Marianne2 2012

Les squatteurs tunisiens instrumentalisés par des «collectifs militants»?

Jeudi 5 Mai 2011 à 18:01 | Lu 10494 fois I 30 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

Un squat de migrants tunisiens à Paris a été évacué à la demande de la Mairie. La Ville affirme avoir proposé plusieurs solutions de relogement, refusées par des associations, accusées de faire de la « surenchère » sur le dos des Tunisiens.


La police est intervenue hier, à la demande de la Mairie de Paris, pour évacuer un squat , situé avenue Simon Bolivar dans le 19e arrondissement, occupé par des immigrés tunisiens venus de Lampedusa et des militants les soutenant. Au total, 138 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre. Le bâtiment, propriété de la Ville, était occupé depuis lundi. Actuellement, des centaines de Tunisiens, souvent pourvus d’un titre de séjour accordé par l’Italie, errent dans Paris notamment dans un square de la Porte de la Villette. C’est dans ces circonstances que des migrants, guidés par plusieurs militants notamment de la Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France, sont venus dans l’immeuble de l’avenue Simon Bolivar.

Mais la Mairie de Paris a refusé cette occupation illégale arguant que le site était dangereux et contraire aux normes anti-incendies. Fin avril, le collectif Jeudi Noir avait déjà renoncé à en faire un squat, selon Arrêt sur images. Mais Julien Bayou, porte-parole du collectif  et conseiller régional Europe Ecologie, a démenti avoir filé le tuyau à la CIP.

Des « groupes très agressifs »

Souhaitant négocier, la Mairie a d’abord proposé plusieurs solutions de relogement. Mais jointe par Marianne2, l’adjointe au Maire chargé de l’Intégration, Pascale Boistard, a accusé les militants accompagnant les Tunisiens d’avoir bloqué les négociations. « Chaque fois qu’on avançait, ils bloquaient tout (…) Dans les délégations, il y avait deux ou trois Tunisiens et aussi des collectifs et associations, les noms changeaient tout le temps », explique-t-elle. Elle décrit des « groupes très agressifs »  et « qui ne facilitaient pas le dialogue ». Un communiqué de la Mairie parle même de « collectifs militants anarchistes ou radicaux ».

Et les propositions avancées par la Ville de Paris ont été à chaque fois refusées par les migrants et les militants. Tout d’abord, Pascale Boistard dit que la Mairie n’a « jamais su » combien il y avait exactement de migrants à reloger. « On a d’abord proposé 95 places sur trois sites, mais ils ont refusé parce qu’ils voulaient rester ensemble. Puis on a proposé 100 places sur un même site. Ils étaient plutôt enclins, on s’est même engagé à fournir 50 places supplémentaires », explique l’élue.  Mardi soir, la Ville commence à presser les squatteurs : « On leur a donné jusqu’à 20h pour fournir une liste des personnes à héberger ».  Mais là encore, l’adjointe raconte que les militants ont fait barrage : « Certains empêchaient les gens d’accepter cette solutions et même de sortir du bâtiment ».  Elle y voit « une prise d’otages des Tunisiens » dans le cadre d’un « rapport de forces avec la police ».

Divisons à gauche

Mais les élus écolos parisiens et franciliens ne voient pas les choses de cette manière. Plusieurs d’entre eux étaient d’ailleurs venus soutenir les squatteurs lors de leur arrestation. Sylvain Garel, président de groupe au Conseil de Paris, joint par Marianne2, rappelle que Bertrand Delanoë avait condamné les arrestations de migrants dans la capitale. Et s’il dénonce lui aussi des « groupes radicaux qui ne cherchaient pas le compromis », il juge aussi que les « structures d’accueil ne sont pas suffisantes sur place ». Il appelle en cela à la responsabilité de l'Etat.

Quand aux solutions de la Mairie, « elle aurait pu les proposer avant l’occupation, c’est ça qui a fait que des groupes radicaux ont pu entraîner des Tunisiens dans un lieu qui n’est pas aux normes », dénonce l’élu écolo. Pour lui, il y avait 200 Tunisiens présents au squat, un chiffre supérieur aux places offertes par la Mairie mais inférieur aux arrestations effectuées : « Avant l’évacuation, certains se sont échappés ou ont accepté une solution d’hébergement ».

Et le combat politique continue, Sylvain Garel compte demander des compte au Maire de Paris : « Il faut que la Ville ouvre un ou des lieux pour accueillir les réfugiés ». De son côté, Pascale Boistard répond que la Mairie a demandé l’évacuation « mais pas les arrestations » et qu’elle avait « signalé dès le départ que le bâtiment était dangereux et on leur a dit qu’ils prenaient le risque d’être évacués ».

De son coté, la CIP a rejeté, dans un communiqué la responsabilité du blocage sur la Mairie. Si, mardi soir, les migrants ont accepté, malgré de fortes réticences et divisions dues notamment à un manque de places offertes, la dernière solution de la Ville, la décision de rester s'est prise à la vue de policiers à la sortie de l'immeuble.

« Le premier de ces groupes à sortir dans ce but, constatant la présence de policiers sur le trajet, s’arrêta à 30 mètres de l’immeuble occupé pour exiger que la Ville s’engager à reloger le reste des occupants et à ce qu’il n’y ait pas d’intervention policière à leur encontre. Le représentant de la Ville refusant de fournir une telle assurance, l’ensemble des occupants refusa de quitter les lieux, et seule une poignée de sans-papiers accepta de monter dans le bus finalement affrété par la mairie  », dit le communiqué de la CIP. Désormais, après les envolées sarkozienne, ce sont les élus de gauche qui devront faire face aux effets de la crise migratoire de Lampedusa.

Article actualisé à 01:53









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez