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Les socialistes pris dans la nasse de GazaGérald Andrieu | Mercredi 14 Janvier 2009 à 07:39 | Lu 10694 fois
Le symptôme: la direction du PS a été incapable de décider si ses militants devaient participer aux cortèges de soutien aux Palestiniens. Du coup, c'est aux fédérations de décider. Le réel: cette façon de «passer son tour» révèle un malaise à la tête du PS. Un malaise qui ne date pas d'hier...Et un de plus. L'actualité a fait remonter à la surface un sujet qui ne réussit pas aux socialistes, un sujet qui crée même la discorde dans leurs rangs : le conflit israélo-palestinien. Bien entendu, Solférino a condamné l’intervention de Tsahal dans la bande de Gaza. Vivement ? Ce serait mentir. Son nouveau secrétaire national aux Relations internationales, Jean-Christophe Cambadélis, s'est montré peu bavard dans les médias, si ce n'est pour reprocher à Nicolas Sarkozy d'avoir fait « cavalier seul » lors de son voyage au Proche-Orient. Malgré ce silence relatif du député de Paris, le PS s'est fendu de plusieurs communiqués sur le sujet. Martine Aubry et Benoît Hamon se sont relayés pour faire part, par écrit, de « l'immense préoccupation du Parti socialiste face au nouvel embrasement au Proche-Orient » . Le parti à la rose n’a pas non plus hésité à condamner « avec la plus grande fermeté les atteintes aux édifices religieux. » Reste l’épineuse question de la participation aux cortèges de soutien aux habitants de la bande de Gaza. Des condamnations ont bien été formulées contre « les banderoles et les slogans qui stigmatisent les citoyens en raison de leurs origines culturelles et religieuses »  mais le parti n’a pas su décider s’il fallait oui ou non descendre dans la rue. Ce sujet a pourtant été abordé au cours d’une très agitée réunion du Bureau national. Mais ce qui a fini par en ressortir pourrait laisser entendre que le PS a purement et simplement réinventé l’eau tiède : la responsabilité de participer à ces manifestations relève non pas de la direction nationale du parti mais de celle de ses fédérations ! A Toulouse par exemple, samedi dernier, on pouvait retrouver dans la foule des militants socialistes aux côtés des autres formations politiques traditionnellement présentes à ce genre d’événement (PCF, NPA, PG, Verts, etc). Nadia Pellefigue, première secrétaire fédérale déléguée de Haute-Garonne, s’en est expliquée à l’AFP :  « C'est un drame humanitaire qui ne laisse personne insensible. (…) La décision a été prise jeudi soir par le bureau fédéral de participer à cette manifestation. » Ce n’est pas que les dirigeants parisiens du PS soient plus « insensibles » que les élus et militants de Haute-Garonne. Non, c’est tout simplement que les caciques socialistes se sentent gênés par la tournure qu’ont pu prendre, un peu partout en France, les cortèges de soutien aux Palestiniens. C’est en tout cas l’explication donnée par Arnaud Montebourg  sur Europe 1. D’après le nouveau secrétaire national à la Rénovation, si son parti n’est pas descendu dans la rue comme un seul homme, c’est pour ne pas « risquer de cautionner des mots d’ordre communautaristes » car, a-t-il ajouté, il y a eu « des slogans antisémites » et des « expressions islamophobes ». Manifester, c'est « cautionner » les dérapages ? Mais abandonner le terrain aux organisations communautaires, n’est-ce pas plus regrettable que de risquer de « cautionner » leurs propos en participant à ces rassemblements ? La question mérite d’être posée d’autant que, comme le rappelle le député de Saône-et-Loire, la position du PS consiste à dire que ce qui se joue au Proche-Orient n’a rien « d'une guerre ethnique ou religieuse » mais relève plutôt de la « guerre politique territoriale ». Un son de cloche qui peine à se faire entendre aujourd’hui dans la rue… Finalement, le malaise qui traverse aujourd’hui la direction du PS n’a rien de nouveau. Il est même profondément ancré dans le parti. L’exemple le plus criant — et sans doute aussi le plus retentissant — de ce malaise et de ce clivage qui existent au Parti socialiste entre sa base et sa tête remonte à 2003. Cette année-là , Pascal Boniface (qui dirige aujourd’hui l’Institut de relations internationales et stratégiques ) claque la porte du PS, accusant l’organisation de « communautarisme » et de privilégier « ceux qui ont une lecture ethnique du conflit israélo-palestinien ». Ce départ fait suite à une très vive polémique née après la publication d’une note de Pascal Boniface (téléchargeable ci-dessous) adressée à François Hollande en 2001 et intitulée : « Le Proche-Orient, les socialistes, l’équité internationale, l’efficacité électorale ». Dans ce document interne, cet expert en questions internationales expliquait que « la situation au Proche-Orient et la timidité des socialistes dans la condamnation de la répression israélienne confortent un repli identitaire des musulmans en France dont personne — juifs, musulmans, chrétiens ou païens — ne peut se réjouir. » Et d’ajouter : « Il vaut certes mieux perdre une élection que son âme. Mais en mettant sur le même plan le gouvernement d’Israël et les Palestiniens, on risque tout simplement de perdre les deux. » A l’époque, ces propos avait fait grand bruit. Boniface avait même été soupçonné d’antisémitisme. Reste qu’il apparaît, en filigrane, dans sa note une question qui vaut encore aujourd’hui d’être posée : la position du PS sur le conflit israélo-palestinien est-elle comprise par les Français ? Difficile à dire. Un début de réponse peut peut-être être trouvé sur le site Expression-publique.com. Ce dernier a organisé une « consultation » (à ne surtout pas confondre avec un sondage) des internautes sur le sujet.
Même si l’intitulé de la question peut être sujet à débat (« En France, les partis suivants vous paraissent-ils en faveur d'Israël, en faveur du Hamas ou avoir une position équilibrée ? »), les résultats laissent entrevoir que le positionnement du PS n’est pas clairement identifié. Alors que l’UMP apparaît comme étant un parti nettement « en faveur d’Israël » (pour 48% des 3165 internautes consultés) et que le PCF et la LCR jouissent d’une image de soutien sans faille au Hamas (pour 60% et 62%), le PS, lui, semblent troubler l’opinion. 36% des internautes estiment que les socialistes occupent « une position équilibrée »« en faveur du Hamas » dans ce conflit, 25% qu’ils sont et 12% « en faveur d’Israël ». Si l’objectif pour le PS était d’apparaître neutre, c’est loupé. Car d’après cette consultation, c’est le MoDem qui remplirait le mieux ce rôle…
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