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Les maisons de retraite, c'est «pire qu'Auschwitz» ?Bénédicte Charles - Marianne | Mardi 20 Octobre 2009 à 07:01 | Lu 16508 fois
Samedi dernier, dans son émission «Salut les terriens», sur Canal Plus, Thierry Ardisson recevait l'auteur d'un livre-charge contre les maisons de retraite. L'occasion pour l'animateur de se livrer à un beau numéro de putasserie médiatique où tout est permis. Même comparer les maisons de retraite et les camps de concentration nazis.
« Ça fait quarante ans que je fais le tapin », confiait Thierry Ardisson au Figaro Madame en avril dernier. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’en changeant de trottoir — il est passé de France 2 à Canal Plus en 2006 — il n’a pas changé de métier. « Salut les terriens », son émission du samedi soir sur la chaîne cryptée, est moins regardée que la défunte « Tout le monde en parle », mais l’animateur est toujours aussi peu regardant sur sa façon de servir la soupe à des invités qui, parfois, appelleraient davantage la contradiction que la publicité.
Ainsi, samedi 17 octobre dernier, Ardisson recevait-il William Rejault, auteur d’un très polémique document sur les maisons de retraite intitulé « Maman est-ce que ta chambre te plaît ? » et publié aux Editions Privé. On ne reviendra pas sur le récit circonstancié des mauvais traitements infligés aux vieillards : les rubriques faits divers des journaux en sont suffisamment pleines pour qu’on ne cherche pas à remettre en cause le bien-fondé du témoignage de William Rejault. Ce n’est évidemment pas ça qui a attiré l’attention d’Ardisson, mais une phrase malheureuse citée par l’auteur du livre. Ce que l’animateur de Salut les terriens appelle « la cerise sur le gâteau » : « La cerise sur le gâteau, explique Ardisson sur le plateau de son émission, c’est la dame qui dit : « Moi j’étais plus heureuse à Auschwitz » — il faut quand même l’entendre, ça —, «parce qu’à Auschwitz on pensait qu’on allait s’en sortir » . C’est à dire qu’à Auschwitz on pensait qu’on allait battre les Allemands et qu’ils allaient ouvrir les camps et qu’on allait s’en sortir. Là je n’ai pas d’espoir de m’en sortir. C’est inimaginable ça. Et alors vous racontez cette mécanisation du service médical. […] Tout cela est rationalisé » (la séquence est visible ici, à 5 minutes 46). Auschwitz, comparé aux maisons de retraites. Auschwitz, dont « on pensait qu’on allait s’en sortir » ! Primo Levi doit se retourner dans sa tombe. Certes, Ardisson n’a rien inventé : cette anecdote figure bien dans le livre de William Rejault qui, présent sur le plateau, acquiesce abondamment. Mais l’animateur était-il obligé de la reprendre et de la mettre en valeur pour satisfaire son goût du crapoteux, du putassier ? Lui qui déclarait, toujours dans le Figaro Madame, « J’ai réussi à penser contre moi-même. Je me suis assagi et calmé, notamment en interview avec les questions sur le sexe. Il y a quand même un âge où l’on fait papy pervers si l’on demande à une femme si elle est vaginale ou clitoridienne », fait donc toujours mine de croire que ce qui choque et racole, c’est le cul. Alors qu’en réalité il se sert de tout autres armes pour faire de l’audience. Souvenez-vous. 16 mars 2002. Qui tient le crachoir de Thierry Meyssan pour son livre sur le « complot » du 11 septembre, « L’Effroyable imposture » ? Ardisson, dans « Tout le monde en parle ». « Merci d’être venu et de nous donner toutes ces révélations. Et bon courage », conclut même l’animateur après 15 longues minutes d’interview passe-plat où, avec force mines étonnées et scandalisées du genre « on nous cache tout on nous dit rien », il accrédite les thèses délirantes de Meyssan (voir la vidéo ci-dessous).
Souvenez-vous encore. 11 juin 2005. Ardisson reçoit Jean-Claude Dague. Ce réalisateur qui a purgé une peine de huit ans de prison pour un vol à main armée publie un livre (aux Editions Privé aussi, comme William Rejault), « Il ne me reste que l’honneur » où il explique que des braquages de banques ont été commandités par des hommes politiques afin de financer leurs campagnes électorales. Ces braquages auraient eu lieu entre 1975 et 1995, avec la complicité des directeurs de banques eux-mêmes. C’est ce que raconte Jean-Claude Dague sur le plateau de « Tout le monde en parle ». Ardisson, là encore, ne tente pas d’apporter la moindre contradiction à ces accusations pour le moins saugrenues, et qui n'ont eu aucune suite (normal diront les complotistes, on nous cache tout...).
L’important, au fond, ce n’est pas que ce soit vrai, mais que tout le monde en parle…
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