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Les grèves pour les salaires essaiment un peu partout

Pauline Delassus | Lundi 7 Avril 2008 à 00:20 | Lu 10578 fois

Augmentation des salaires! Dans des dizaines d'entreprises, c'est le mot d'ordre ces dernières semaines. Coca Cola, la Fnac, Capgemini, le Crédit du Nord, la LCL et des grandes surfaces comme Tati, Carrefour ou Monoprix ont connu plusieurs journées de grèves.



De plus en plus nombreuses, de plus en plus dures, les grèves pour des augmentation des salaires prennent de l'ampleur. «L'augmentation excessive des prix, la crise boursière, le problème des
retraites réveillent les consciences des salariés, à tous les échelons de la
hiérarchie des entreprises», précise un responsable de Force Ouvrière, Cyril
Herbin. La CGT, note que la grève a démarré chez Coca Cola dans le cadre de
négociations annuelles obligatoires.»


Chez Coca-Cola

Cette semaine, la production et le réseau commercial ont été touchés durant quatre jours consécutifs pour l'usine Coca du Sud-Est à Pennes-Mirabeau dans les Bouches-du-Rhône. «Tout est bloqué d'Avignon à Cagnes-sur-Mer», a déclaré Dominique Ciavaldini, secrétaire CGT du comité central d'entreprise, venu aux Pennes-Mirabeau à l'occasion du conflit. Dans cette usine, "«c'est la première grève de cette ampleur», a-t-il ajouté : 457 salariés au total sont concernés par le mouvement, dont 212 à l'usine des Pennes-Mirabeau, le reste dans des zones commerciales. «La grève est suivie à 99 %», selon Christian Locastro, délégué syndical CGT. La CGT, seul syndicat à avoir appelé à la grève, réclame une augmentation salariale de 3% et l'ouverture de négociations locales pour réduire le différentiel des salaires entre la province et Paris, soit 17% au détriment des salariés de province selon Dominique Ciavaldini. Des négociations avec la direction sont en cours.
Le directeur des relations extérieures de Coca-Cola Entreprise, Olivier Blain a avoué être «un peu surpris de ce mouvement. Ces dernières années les augmentations globales de rémunération chez CCE ont toujours été supérieures à l'inflation». Il a rappelé que le différentiel de salaires entre Paris et la province «existe dans nombre d'entreprises ainsi que dans l'administration». La CGT avait été déboutée en 2002 d'une action en justice contre ce différentiel. La production reste peu affectée par le mouvement, a affirmé Olivier Blain, car l'usine des Pennes-Mirabeau, qui comptait 50% de grévistes mardi selon lui, représente 20% de la production du groupe en France où Coca-Cola dispose de cinq usines au total. Par ailleurs, un débrayage de deux heures a affecté lundi l'usine de Dunkerque (Nord). L’alignement des salaires «sudistes» permettrait un gain de plusieurs centaines d’euros par mois. Une mesure que peut se permettre la multinationale, rappelle le responsable syndical : «On est dans une entreprise qui fait de l’argent : 144 millions de bénéfices. Dans le bilan social, nous avons aussi découvert que les dix plus importants dirigeants de Coca France ont engrangé une augmentation moyenne de 16 900 euros».

Chez Cap Gemini
Le 28 mars, la société d'informatique Cap Gemini a connu une journée de grève pour les mêmes revendications. La rançon du succès pour un secteur qui se porte bien et affirme ne pas ressentir la morosité ambiante de l’économie française. La première des sociétés informatiques hexagonales – avec plus de 20 000 salariés dans le pays - est confrontée depuis six semaines à la grogne de ses salariés qui réclament une augmentation générale. Selon Victor Szczerbina, représentant de la CGT au sein du comité central d’entreprise, « les 2% d’augmentation sur les plus bas salaires, soit 500 salariés concernés sur 22 000, proposés par la direction lors de la négociation annuelle 2008 sont insuffisants ». Les syndicats ont refusé de signer. Depuis, ça discute ferme et l’intersyndicale affirme avoir réuni quelques 1 200 salariés dans les assemblées générales organisées sur les différents sites du groupe Cap Gemini-Sogeti. Du coup l’intersyndicale a lancé un appel à stopper le travail les 28 mars (notamment à Grenoble et dans la région Est) et le 1er avril à Toulouse, dans la région ouest et dans l’Ile-de-France. Le secteur des services informatiques étant connu pour ses faibles capacités de mobilisation collective, le succès d’un mouvement de revendication sur les salaires, notamment dans une entreprise emblématique de la profession, n’en serait que plus révélateur du climat actuel.

A la Fnac
L'intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-FO-UNSA-CNT-SUD a appelé, lundi 17 mars, les salariés de la Fnac à une nouvelle grève. Les employés des magasins de la région parisienne se sont mobilisés le jeudi 20, et ceux de province, samedi 22. Dans un communiqué, les syndicats dénoncent la volonté de la direction de la Fnac de monétiser les RTT des salariés au lieu de revaloriser les salaires. «Nos RTT ne sont pas des marchandises, elles ne sont pas à vendre !», déplorent les fédérations.
«Les négociations salariales doivent porter sur les salaires, sur leur augmentation pour augmenter notre pouvoir d'achat. Elles ne doivent pas servir à entériner une mesure de régression sociale sans précédent», indique le communiqué avant de brocarder «les brillantissimes résultats dont nous parle le président Denis Olivennes», depuis parti au Nouvel Observateur et remplacé par Christophe Cuvillier, ancien PDG de Conforama. Ce dernier devrait avoir l'habitude de ce type de conflit salarial, ayant subi les mêmes chez Conforama. Les syndicalistes soulignent qu'en 2007, la Fnac a vu son chiffre d'affaires grimper de 7,4%, à 4,58 milliards d'euros.
Le 22 mars, des enseignes de la grande distribution comme Carrefour et Tati, ont également été touchées par des débrayages ou des grèves pour des revendications salariales. Le mouvement dans la grande distribution, à l'appel de la CFDT et la CGT, a été cependant nettement moins suivi que le 1er février, quand, pour la première fois, 4,5% des salariés de la branche s'étaient mis en grève, avec la participation de FO. Selon ces syndicats, la mobilisation, qui portait également sur la fin des temps partiels subis, a été forte dans des magasins Champion, Carrefour ou encore Intermarché, du Rhône aux Côtes-d'Armor en passant par la Creuse. Des salariés d'un Monoprix du XIe arrondissement de Paris ont aussi débrayé, après quatre magasins parisiens jeudi 20 mars. De même chez Bricorama, un nouvel appel à la grève a été lancé depuis le Magasin de Rambouillet par l'intersyndicale FO et CGT.

Au Crédit du Nord et chez LCL
Les banques aussi subissent la fièvre revendicatrice. Le 3 avril, les employés du Crédit du Nord, filiale de la Société Générale, se sont mis en grève pour 24 heures, revendiquant une augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail. Les syndicats précisent dans un communiqué que le Crédit du Nord, «est l’une des banques les plus rentables en France, avec un résultat net de 370 millions d’euros en 2007, en progression de 36 millions sur 2006». Pour eux, «elle se ridiculise en proposant une mesure générale d’augmentation de salaire de 400 € / an pour tous les salariés, cadres ou techniciens de la banque, soit 30.76 € brut par mois ramené sur 13 mois… seulement à partir du 1er avril 2008.» Six agences bancaires du Crédit du Nord - hors filiales qui n'étaient pas appelées à la grève - ont dû fermer, soit moins de 1%, d'après la direction. A Arras notamment, selon la CFDT, l'agence principale a été cadenassée par des salariés.» La participation au mouvement a été forte en particulier dans les agences de la région parisienne et en Picardie, moins dans les services administratifs, ont indiqué des sources syndicales.
Le 2 avril, c'est la LCL, filiale du Crédit Agricole, qui était en grève mobilisant dans la matinée 7,5% des salariés, avec 75 agences fermées sur les 1.925 du groupe, a estimé la direction, une faible participation pour cette dernière. La CGT et FO, qui représentent 45% des salariés, ont appelé à un débrayage de deux à 24 heures le lendemain, pour dénoncer la «rigueur budgétaire» à l'encontre des salariés.
Après les banques, les compagnies d'assurance. Vendredi 4 avril, un cinquième jour de grève a été reconduit chez Mondial Assistance, sur l'ensemble des sites. Les salariés exigent une augmentation forfaitaire de 150 euros et aucun salaire en dessous de 1500 euros net.
Reste que ces mouvements restent pour le moment cantonnés dans les quelques grandes entreprises dans lesquelles les syndicats parviennent à survivre tant bien que mal. Ailleurs, les salariés doivent, pour le moment, subir l'inflation sans pouvoir réagir. A moins que les confédérations ne décident d'organiser des grèves de plus grande ampleur : les atteintes au pouvoir d'achat touchent tous les salariés quelle que soit la taille de leur entreprise. Et la revendication est très légitime dans l'opinion.


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