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Les LBO, prochaine bombe de la criseSylvain Lapoix | Vendredi 14 Novembre 2008 à 10:18 | Lu 19749 fois
Entreprises d’investissements massifs fondées sur l’emprunt, les fonds en LBO pourraient bien être le prochain départ de feu de la crise : entre les fonds insolvables qui risquent de pressurer les entreprises et ceux devenus banquiers sans garde fou, les LBO menacent autant la finance que l’économie réelle.
A La City de Londres, on les surnomme désormais « les fonds de la terreur ». Les fonds de LBO (Leverage Buy Out) qui ont prospéré au début des années 2000 sur un crédit surabondant sont aujourd’hui menacés par l’effondrement du système. Le principe est simple : le fonds de LBO emprunte de très grosses sommes (généralement sur 10 ans) pour compléter un apport limité afin d’acheter une société qu’il espère rendre plus rentable et revendre en faisant un bénéfice. « Aujourd’hui, on revient à un rapport de 1€ de fonds propre pour 1€ emprunté, explique Philippe Thomas, professeur de finances à l’ESCP-EAP. Mais il y a deux ou trois ans, on était à 1€ de fonds propres pour 6, 7 voire 9€ empruntés ! »
La première bulle : des entreprises en LBO dont la valeur est incertaine Pour augmenter la valeur de l’entreprise, il y a deux écoles, explique David Thesmar, professeur à HEC : « Les anglo-saxons réduisent en général les coûts de production par des mesures de rigueur, notamment des licenciements. Les Européens investissent plutôt dans des sociétés à gros potentiel de croissance qui n’ont pas les moyens ou l’expertise pour passer à l’étape suivante. Typiquement, des PME prometteuses. » Là, une première bulle se forme : en donnant les moyens aux fonds d’acheter des entreprises qu’ils n’auraient jamais pu se payer, le coût de ces entreprises a été surévalué. « Les sociétés achetées au moment de la bulle sont bien plus difficiles à revendre avec le ralentissement de l’économie », résume un responsable du collectif anti-LBO . Une situation très dangereuse pour les banques prêteuses : si les entreprises ne dégagent pas les fonds nécessaires pour rembourser le prêt qui a servi à les acheter, le manque à gagner peut être sévère. Une situation d’inquiétude que se sont empressés d’exploiter… les fonds en LBO ! La deuxième bulle : des fonds devenus banquiers qui échappent à tout contrôle Car, à force de prêter à tort et à travers, les banques ont donné aux fonds des liquidités considérables dont ils ne savent plus quoi faire ! Pour rester crédible, les fonds ont du investir et ont dans un premier temps misé en bourse… jusqu’à ce que la crise arrive. « Plutôt que d’injecter de l’argent dans des titres pourris, les LBO ont commencé à prêter à d’autres LBO, raconte Philippe Thomas. Quand leurs propres dettes leur ont posé problème, elles ont profité de leurs énormes réserves en liquidités et des besoins cruels des banques pour racheter leur propre créance ! » Le chantage exercé par les fonds est simple : mon entreprise est très mal en point et jamais je ne pourrai vous rembourser avec ce qu’elle me rapporte. Votre seul chance de ne pas tout perdre… c’est de me revendre ma dette ! Au moment où les banques cherchent à se renflouer en urgence et que l’Etat prête au taux mirobolant de 9% (deux fois le taux historique du marché), tout est bon à prendre. Pour un prêt d’une valeur de 100, les fonds proposent des offres ridicules : 70, 60 ou même 40 ! Acculées, les banques acceptent : mieux vaut purger maintenant, enregistrer toutes les pertes d’un coup plutôt que de se retrouver avec une deuxième vague dans quelques années. De leur côté, les fonds gagnent l'occasion de faire un bénéfice supplémentaire, pour peu qu'ils réussissent à « se rembourser » plus que la somme à laquelle ils ont racheté leur prêt. Bref, tout le monde est content ! Une mise en danger sérieuse de certains secteurs de l’économie réelle « L’un des côtés sains des LBO, c’est que, du fait du lien entre la banque et le fonds, il y a partage du risque et donc contrôle de la gestion, explique Philippe Thomas. Quand le fonds devient son propre créancier, il peut faire ce qu’il veut pour générer du profit et rembourser ses dettes. » En plus, le LBO n’étant pas un organisme bancaire, il n’est pas soumis aux normes de sécurité, notamment Bâle II , qui obligent à détenir l’équivalent des sommes prêtées en caisse. Et les entreprises dans tout ça ? Picard, Bonpoint, Eau écarlate… Selon Philippe Thomas, les fonds LBO auraient racheté en France 4000 sociétés, représentant 7% de l’emploi salarié (contre 13% en Grande-Bretagne et 30% aux Etats-Unis). Surendettées, les LBO risquent fort de rogner sur tout : personnel, équipement, foncier… Vendre le maximum pour se renflouer et pressurer ce qui reste pour rembourser. « Beaucoup de LBO ont porté sur de belles PME : un effondrement de la bulle pourrait accélérer la désindustrialisation du pays », s’inquiète un responsable du collectif anti-LBO. Une seule certitude sur l’avenir des fonds: aucune mesure n’a été prise jusqu’ici qui freine la spéculation.
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