Connectez-vous S'inscrire
Marianne2

Les Inrocks se payent une cure de Vichy

Régis Soubrouillard et Louise Angelergues | Jeudi 29 Avril 2010 à 14:01 | Lu 19475 fois

« Vichy, le retour ? » Sous ce titre, l'hebdo Les Inrocks publie cette semaine un texte d'une rare absurdité dans lequel l'auteur, la journaliste Colombe Schneck, compare l'affaire Liès Hebbadj à celle de son arrière grand-père d'origine roumaine passé en 1943 devant la commission des naturalisations.



Les Inrocks se payent une cure de Vichy
C’est le point Godwin version française. Dans l’affaire Liès Hebbadj, on se demandait qui allait l’atteindre en premier. L’heureux gagnant est donc ? Roulement de tambourins… Les Inrocks. Et haut la main, s’il vous plaît. A l’unanimité même ! Dans le denier numéro, Colombe Schneck, la chroniqueuse radio de France Inter, signe une tribune très sobrement intitulée : « Vichy, le retour ? ».

L’argumentaire est implacable : « l’affaire Liès Hebbadj , polygame présumé, a rappelé à la journaliste Colombe Schneck l’histoire de ses arrières grands-parents, menacés de dénaturalisation parce qu’ils étaient juifs ».
Ladite journaliste nous y gratifie d’une comparaison plus que douteuse entre le régime de Vichy et l’affaire du mari polygame nantais, et en profite, au passage, pour parler un peu d’elle. Ça faisait longtemps.

Colombe consacre, en fait, l'essentiel de l’article à son histoire familiale, et l’exemple de son arrière grand-père passé le 5 mars 1943 devant la « commission des naturalisations ».

Vichy - Liès Hebbadj: même combat

Les Inrocks se payent une cure de Vichy
Elle assure que « quand le ministre de l’Intérieur a demandé au ministre de l’Immigration d’étudier la possibilité de retirer la nationalité française à l’un de nos concitoyens, naturalisé par mariage il y a une dizaine d’années et auteur présumé de différents délits (polygamie, fraude aux assurances sociales), j’ai tout de suite pensé à cette commission du 5 mars 1943 ».
Date à laquelle notre chère Colombe n’était pas née, c’est entendu. Un détail: l’appropriation de l’histoire familiale de leurs glorieux ancêtres est devenu le lieu commun de nos bobos sans histoires pour lesquels la traversée de Paris en Vélib relève déjà du maquis.

Comparer le cas de Liès Hebbadj à celui de ces grands parents roumains naturalisés quelques années avant la mise en place du régime de Vichy n’est pas seulement stupide. C’est aussi terriblement absurde, à la limite de la malhonnêteté et la  rapide lecture de l’article permet de s’en rendre compte : 98% du texte est consacré aux péripéties administratives de l’arrière grand-pépé de Colombe et seules quelques lignes parlent du fanatique nantais. Par la grâce de Colombe, voilà Pépé-Schneck mêlé, sans avoir rien demandé à personne, à une histoire avec laquelle il n’a rien à voir.

Hors-sujet, la comparaison est d’une telle fragilité qu’elle relativise d’autant l’action concrète du projet vichyste. On entend déjà l’écho des amalgames…
Bref, ma chère Colombe, si le but de cet exercice littéraire était de parler de vous et de votre histoire personnelle (ce qui était tout à votre honneur) pourquoi ne pas avoir plutôt écrit un livre sur le sujet ?  
(…ah on me souffle dans l’oreillette que Colombe est déjà passée par cette case…).

Zola, Mitterrand et Bocuse: tous polygames selon Libé

Colombe Schneck
Colombe Schneck
D'ailleurs Colombe Schneck n’est pas la seule à tomber dans le panneau des amalgames historiques douteux.

Quel est le point commun entre un grand écrivain, un ancien président de la République, un célèbre cuisinier français et le mari d’une femme qui conduit en niqab ? A priori aucun. Sauf pour nos confrères de Libération qui y ont vu une belle brochette de polygames.
Dans le numéro daté du 27 avril, aux pages 10 et 11, la mise en page est saisissante d’absurdité : Zola, Mitterrand et Bocuse servent de socle à une photo pleine page de Lies Hebbadj et de sa femme voilée de la tête aux pieds. On nous explique que ces trois illustres personnages avaient, en plus de leur foyer officiel, une, voire plusieurs femmes et les enfants qui vont avec. Dommage, Libé n'a pas poussé le vice jusqu'à mener l'enquête afin de savoir si Dreyfus entretenait des liaisons extra-conjugales. Il eut été parfait dans le tableau.
Problème : à Libération on confond polygamie et adultère ; choix de vie et fraude aux services sociaux ; vie privée et respect des valeurs de la république.
On imagine mal Tonton frauder en douce les allocs pour pouvoir payer la cantine de Mazarine.

A dégainer trop vite toutes ces histoires de France, le risque est grand de rater sa cible.




Dans la même rubrique :
< >

Lundi 13 Février 2012 - 18:15 Sarkozy: toujours pas candidat mais toujours plus en campagne

Lundi 13 Février 2012 - 18:01 Hébergement d'urgence: deux ex-SDF créent le 115 des particuliers



Le Mag

A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique

S'abonner


La newsletter Marianne La page fan Facebook Marianne Marianne sur Twitter Marianne sur votre Mobile