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Leclerc, Dati, état pas droit

Philippe Bilger - Blogueur associé | Vendredi 15 Mai 2009 à 11:46 | Lu 5125 fois

Si la nomination de Stéphane Richard à la tête de France Telecom a été exemplaire, celle de Géard Leclerc annonce une nouvelle régression de l'état de droit.



(Caricature de Rhodo - http://blorg.canalblog.com/)
(Caricature de Rhodo - http://blorg.canalblog.com/)
Un bonheur tout de même. L'Etat de droit s'est avancé sur la scène démocratique, modestement certes, mais on ne peut plus jouer les difficiles ni faire les délicats. Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde, ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi, a spontanément saisi la commission de déontologie pour savoir si sa prochaine nomination à France Télécom ne contreviendrait pas à la réglementation. L'instance de régulation, échaudée par la triste affaire Pérol, a accompli son travail avec un sérieux et une rigueur exemplaires. Si elle a validé le changement, elle l'a assorti de contraintes et de restrictions qui, loin de porter atteinte à l'honneur de Stéphane Richard, donnent tout son prix à l'avenir professionnel qui l'attend. Stéphane Richard ou l'anti-Pérol en quelque sorte. Une bouffée bienfaisante de normalité.

Une inquiétude cependant. Richard Michel, qui était depuis 2003 le remarquable président de la LCP-Assemblée nationale, a été remplacé par Gérard Leclerc, frère de Julien Clerc et ami du président de la République, si on se souvient d'une vidéo qui ne nous avait rien caché à ce sujet. Ce changement est d'autant plus choquant qu'il a été opéré par le président Bernard Accoyer en dépit du vote du comité de sélection - par 8  voix contre trois - en faveur du maintien de Richard Michel alors, qu'outre Gérard Leclerc, il y avait deux autres candidats (Le Parisien). Ce comité n'est pas un quelconque comité Théodule mais il est composé de députés représentant toutes les tendances de l'Assemblée. C'est à désespérer. Si le mérite, la compétence, le travail et la réussite tant vantés par le candidat Sarkozy ne sont plus des critères valables pour le président de la République qui, semble-t-il, n'a pas été pour rien dans cette surprenante nomination, je me demande bien comment les êtres qui n'auront que leur talent à faire valoir franchiront les épreuves où le Pouvoir aura à statuer. Chacun n'a pas un chanteur dans sa famille et le président de la République ne donne pas son amitié à tout le monde. Quand on est le meilleur, qu'on est reconnu pour tel mais qu'on est « viré », on fait quoi, on sourit ?


Etat tordu, état pas droit

Leclerc, Dati, état pas droit
Pour Gérard Leclerc, je me souviens juste de sa démagogique et  grossière interview, sur France 2, de Jean-Marie Le Pen qui avait eu le tort d'être présent au second tour des présidentielles. Quant à Richard Michel, je le connais et, à plusieurs reprises, j'ai apprécié la qualité et la rigueur du professionnel. Encore récemment, lors d'un débat sur la suppression du juge d'instruction qui a marqué les esprits. 

Enfin, une exaspération. Je trouve que Rachida Dati ne nous amuse plus lorsque, de la Chancellerie, elle s'en prend sans nuance, et à deux reprises, à Elisabeth Guigou. L'Union syndicale des magistrats (USM) nous fatigue quand elle comprend de travers une réplique du garde des Sceaux à Roland Dumas dans le magazine Entreprendre. Evoquant la réforme de la carte judiciaire, Roland Dumas qualifiait le corps judiciaire de « réactif » tandis que son interlocutrice épinglait comme « très sournois » magistrats et avocats  parce qu'elle avait eu le sentiment « d'être poignardée dans le dos ». Tout cela atteint le comble du ridicule. La ministre dément avoir tenu ce propos très plausible dans sa bouche et l'USM, feignant l'indignation et surestimant la blessure, veut l'assigner en justice. On n'a donc rien de mieux à proposer que ce combat honteux et dérisoire de chiens et de chats, que cette querelle de bas étage qui montre une Chancellerie hors sujet et  ce grand syndicat qu'est l'USM  plus du tout en phase avec ce qu'attend l'opinion publique de la justice ? L'Etat pas droit.

On applaudit. On s'étonne. On s'indigne. Toute la gamme.
Pendant ce temps, la France vit tant bien que mal.



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