Le rêve de Valls: le maire d'Evry succéde à celui de NeuillyGérald Andrieu | Mardi 30 Juin 2009 à 13:00 | Lu 8194 fois
Le député-maire d’Evry a réuni, hier soir, 400 de ses sympathisants et leur a servi, rien de moins, que son programme pour 2012! Un programme-fleuve riche en contradictions...
(photo : Pierre Morel pour Marianne)
À l’entrée du théâtre Michel, dans le 8e arrondissement de Paris, une affiche est placardée. Celle du « Grand bain », la pièce du moment. Mais le lundi, c’est relâche pour les comédiens. Enfin, pas tout à fait : dans ce minuscule théâtre à l’italienne, un petit « Espagnol naturalisé en 1982 » se tient seul sur scène, devant 400 de ses sympathisants très « classe moyenne », et se rêve en grand. En très grand même : en Président de la République en 2012 ! Et ce rêve mérite bien un discours fleuve (voire quasi-océanique) de près d’une heure et demie. Et une conclusion qui en fera sourire plus d’un : « Quelle belle revanche que le maire d’Evry succède au maire de Neuilly ! »
« La gauche est victime du syndrome Fort Alamo »
Ça y est, c’est fait. Hier soir, Manuel Valls s’est jeté, à son tour, dans le « grand bain » : celui des « primaires ouvertes et populaires » qu’il appelle de ses vœux car explique-t-il, « face à une droite unie, omniprésente, il y a urgence à transformer la gauche ». Cette gauche qui, lors des dernières élections, a subi « un désaveu cinglant ». Cette gauche incapable de « convaincre qu’elle pouvait refonder un système ». Cette gauche qu’il estime «victime du syndrome du Fort Alamo», enfermée dans « un pessimisme mortifère » et se contentant de vouloir «reconstruire ce qui a été détruit ». À cette gauche-là, entourée de quelques rares personnalités — la députée (ségoléniste ?) Aurélie Filippetti, l’Ultramarin Victorin Lurel, le président de Terra Nova Olivier Ferrand, le violoniste Didier Lockwood et son ami de toujours, Stéphane Fouks, patron d’Euro RSCG — notre homme propose son aide et son « optimisme ». « À gauche, besoin d’optimisme ! », c’est d’ailleurs le nom qu’il a donné à son « club ».
Il « convoque » Lamy, DSK, Rocard et Delors !
Mais « l’optimisme » à la sauce Valls, à quoi cela ressemble-t-il ? Apparemment, à poser les bonnes questions mais hélas, très souvent, à y apporter de douteuses réponses. À donner l’illusion de faire du neuf avec, finalement, de vieilles idées qui n’ont pas plus fait leurs preuves. Il explique, par exemple, droit comme un « i », que le « compromis social-démocrate ne suffit plus à identifier la gauche » et, dans le même temps, salue « les compétences » d’hommes comme Pascal Lamy, Dominique Strauss-Kahn, Jacques Delors et encense « la méthode » d’un Michel Rocard! Il conseille à raison à la gauche de se réapproprier les valeurs qui étaient les siennes comme « le travail » et appelle… à inventer « une flexisécurité à la française » ! Il fustige tout aussi justement « le mythe du libre accès à l’université » et nie immédiatement après le mouvement qu’a connu le pays cette année en appelant à favoriser les « partenariats avec les universités » de sociétés privées.
« L’antisarkozysme “agrandit” le personnage » !
Le maire d’Evry n’est pas seulement le roi des contradictions, il a aussi de très solides lubies. L’antisarkozysme ? « La gauche n’a nul besoin d’en rajouter. Elle se fourvoie ! » D’autant que, selon lui, il «agrandit le personnage » ! Manuel Valls va même jusqu’à demander à ce que l’opposition reconnaisse « les réformes qui vont dans le bon sens ». Après tout, pourquoi pas. Il explique d’ailleurs que ses camarades auraient « tort de refuser l’idée d’un grand emprunt » puisque cela a toujours fait partie de leurs propositions. Mais au nom du principe de réalité qui lui est cher (mais qui, peut parfois confiner au cynisme), il affirme haut et fort que la prochaine réforme des retraites voulue par la droite, c’est à la gauche de l’initier ! « Le rôle de la gauche n’est pas de nier l’évolution démographique. La gauche devra, je dis bien “devra”, demander un allongement des années de cotisations » car « si nous restons bloqués sur les acquis de la retraite à 60 ans, nous serons balayés par la droite en 2012 ». Autrement dit, puisque la bête veut et va de toute façon nous arracher le bras autant déjà lui donner à dévorer notre main…
« Osons en finir avec le vieux socialisme »
En plus de son refus de l’antisarkozysme, le député-maire d’Evry a une autre marotte : le changement de nom du PS. Voilà encore une idée qui relève du maquillage. Et pourtant, il est convaincu de son bien fondé : « [Ce] serait un signe d’éclaircissement, dit-t-il, Osons en finir avec le vieux socialisme pour être vraiment de gauche » ! Mais lui, justement, est-il « vraiment de gauche » ? Il connaît les procès qui lui sont faits et prend les devants en répondant d’ores et déjà à ses adversaires : « La gauche est l’engagement de ma vie. C’est parce que je l’aime que je me suis porté candidat ». Et d’expliquer un peu plus tôt dans la soirée : « Certains me collent une étiquette de droitier. Ceux qui font ça sont ceux qui refusent de faire la distinction entre la gauche et la droite. » Mais lui-même, Manuel Valls, où la situe-t-il ? On n'a pas bien compris...
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