Marianne2 2012

Le premier opéra de Chostakovitch : un nez plein de surprises !

Lundi 17 Octobre 2011 à 15:01 | Lu 2447 fois I 0 commentaire(s)

Anne Dastakian - Marianne2

Le Nez, premier opéra du compositeur Chostakovitch, met en scène des notables et fonctionnaires russes avec humour. L'oeuvre, qui avait été interdite jusqu'en 1974, est actuellement à l'affiche à l'Opéra de Lyon jusqu'au 20 octobre. Une scénographie magnifique et de superbes costumes font de ce spectacle une totale réussite.


Le compositeur soviétique Dimitri Chostakovitch (1906-1975) aurait certainement adoré voir le triomphe, que chaque soir, le public de l’Opéra de Lyon réserve à son premier opéra, le Nez, écrit d’après la célèbre nouvelle de Nicolas Gogol, en 1930, à l’âge de 24 ans. Une œuvre hyper tonique, merveille d’humour et de fantaisie, qui prend pour cible notables et fonctionnaires de l’empire russe, et avec laquelle il signa quasiment son arrêt de mort. Car, quelques années avant sa Lady Macbeth de Mzensk, qui déplût tant à Staline que le compositeur renonça définitivement à l’opéra, le Nez, déjà, dérangea en haut lieu et fut interdit jusqu’en 1974, un an avant sa mort… Au pays du réalisme socialiste, il était mal vu de vouloir dérider la classe ouvrière avec les mésaventures de l’obscur major Kovaliev perdant son nez un beau matin, tandis que le barbier Ivan Iakovlievitch le découvrait enfoui dans sa brioche ! D’autant que le dit nez prenait la poudre d’escampette pour vivre sa vie !
 
Ajoutons que l’opéra, qui compte 70 personnages, interprétés par 26 interprètes, n’est pas facile à monter. Comment, en effet, faire chanter un nez, ou encore le personnage qui a perdu son précieux appendice ? Le public parisien, en 2005, avait pu en juger, avec une production plutôt balourde du Mariinski de St Pétersbourg.
 
La co-production de l’Opéra de Lyon, du Met de New York, et du Festival d’Aix, se rie de ces difficultés, en faisant appel au génial plasticien sud-africain William Kendrigde, grand amateur de Jarry et de Gogol, mais aussi de l’avant-garde russe. S’inspirant du style des affiches et slogans futuristes et suprématistes de Malevitch et Maïakovski, et s’appuyant sur ses propres dessins au fusain animés –dont le fameux nez en goguette est le héros omniprésent- Kendrigde illustre parfaitement cette partition. Une magnifique scénographie et de superbes costumes prouvent combien l’opéra peut –s’il est accompagné par le talent adéquat- enfin ressembler à ce à quoi il a vocation : un spectacle total et une totale réussite ! Sous la baguette fine et précise du chef japonais Kazushi Ono, l’orchestre et les chœurs de l’opéra de Lyon rendent à merveille cette superbe partition, légère et bondissante, tandis que les chanteurs, presque tous russophones, interprètent leurs multiples rôles avec autant de justesse que d’évident bonheur. L’Opéra de Lyon, qui avait excellé l’an dernier avec la féérique production du « Rossignol » de Stravinsky, mis en scène par Robert Lepage, et avant cela avec « Moscou quartier des cerises », superbe comédie musicale du même Chostakovitch, peut vraiment faire concurrence à son grand frère parisien !!!

Le Nez, opéra de Dimitri Chostakovitch
Mise en scène, vidéo et scénographie de William Kentridge
Dirigé par Kazushi Ono
Jusqu’au 20 octobre
 
Renseignements au 04 72 00 45 00







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