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Le pétrole apporte des dollars mais fait baisser la productivité

Bernard Maris | Mercredi 17 Octobre 2007 à 07:07 | Lu 4657 fois

Le baril dépasse les 86 dollars. Quel impact sur l'économie mondiale et sur les pays producteurs ?



Le pétrole apporte des dollars mais fait baisser la productivité
Qui dit augmentation du prix du brut dit augmentation mécanique de la rente pétrolière, la manne que perçoivent les pays qui ont le bonheur ou plutôt le malheur d’être situés sur des nappes de pétroles. Le compte en banque de ces pays (l’Arabie saoudite par exemple) augmente mécaniquement, ce qui revient à une émission monétaire : des lignes de crédit apparraissent dans ces comptes ce sont les « pétrodollars », les contre parties en dollars de la hausse de la rente pétrolière, et ces pétro dollars vont devoir se placer. Ils vont circuler dans l’économie mondiale. A chaque fois qu’il y a hausse massive du prix du pétrole il y a eu création massive de pétrodollars. Cette année sont apparus 693 milliards de dollars supplémentaires, au Quatar, au Vénézuela, en Norvège et ailleurs.

Où vont tous ces pétrodollars ? Un peu partout. Dans l’immobilier des pays riches, les grands hôtels, dans la Bourse tout simplement : le Qatar avoue détenir 20% de la Bourse de Londres, ce qui est considérable. Ils vont à la Bourse de New York en obligations du Trésor, garanties par l’Etat américain. Bref, ils poussent à la liquidité, ils font gonfler les bulles immobilières et boursières. Ne vous étonnez pas si vous ne pouvez plus acheter un immeuble dans le centre de Paris, d’autres s’en chargent pour vous.

Pourtant, ce n'est pas très grave... Bien plus grave serait que ces pétrodollars s’investissent dans le tiers monde par exemple, comme ils le firent après le premier boom pétrolier, consécutif à la Guerre des six jours : ils affluèrent dans les pays d’Amérique latine, au Mexique notamment, et détruisirent l’économie qu’ils prétendaient développer. Les banques prêtèrent à des entreprises qui n’en étaient pas pour des marchés qui n’existaient pas ou des services publics qui devinrent des éléphants blancs : des aéroports sans avions et sans passagers ou des autoroutes sans voitures.

Heureusement, certains pays producteurs de pétrole sont vertueux. Exemple type, la Norvège qui place sagement toute sa rente pétrolière en fonds de pension pour ses retraités et futurs retraités. Le meilleur moyen pour un pays de se ruiner est d’utiliser sa rente en dépenses improductives, armement, militaires, policiers et travailleurs improductifs divers. En général, la rente pétrolière tue la productivité des pays. Et même la sage Norvège semble ne pas échapper à la règle : on a remarqué que la productivité du travail, les efforts de recherche et de développement de la Norvège avaient tendance à se dégrader légèrement par rapport à ceux d’autres pays du Nord : rien de pire que la rente pour tuer un pays.

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Retrouvez « L'autre économie » de Bernard Maris, en direct sur France Inter, du lundi au vendredi à 6h49.


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