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Le modèle islandais fait école près des jeunes Espagnols

Jeudi 26 Mai 2011 à 05:01 | Lu 9620 fois I -1 commentaire(s)

Flore Vasseur - Blogueuse associée

Les Espagnols, descendus dans la rue, campent Puerta del Sol à Madrid. Les organisations citoyennes, Democracia Real Ya en tête, veulent préserver les principes démocratiques de leur pays, estimant qu'ils ont ét mis à mal. Flore Vasseur fait un petit tour d'horizon des revendications.


(capture d'écran Dailymotion - BFMTV - cc)
(capture d'écran Dailymotion - BFMTV - cc)
La semaine dernière, à quelques exceptions près, c’est comme si pour les media, à part l’affaire DSK, tout s’était arrêté. Pourtant des morts en Syrie à l’explosion du plafond de la dette par les Américains, il y avait matière à news, comme on dit dans les rédactions.

Ce décrochage entre ce qui est à lire et ce qui est à vivre, entre une classe médiatico-politique pris la main dans le sac de ses petits arrangements et le reste du monde, ce décrochage donc me semble au cœur de ce mouvement de contestation dans le sud de l’Europe, cette spanish revolution comme on dit, sur les réseaux cette fois.

Depuis le 15 mai en effet, des milliers de manifestants campent Puerta del Sol à Madrid. Ils sont jeunes, mais pas que, diplômés, pour la plupart, déterminés et non violents. Leur constat est simple : coincés entre des politiques corrompus et un projet de société dicté par les marchés financiers, l’Espagne disent-ils n’est plus une démocratie : « le fonctionnement actuel de notre système politique et gouvernemental devient un obstacle au progrès de l’humanité ». A constat simple – ce qui ne veut pas dire simpliste - revendication sans appel : ils veulent un changement de régime.

Parmi les 500 organisations citoyennes qui nourrissent ce mouvement dit du 15 Mai, il y a Nolesvotes, « ne vote pas pour eux », un mouvement contre les partis majoritaires car tous corrompus. Il y a Juventud sin Futuro, - le mouvement des jeunes sans avenir. Il y a Democracia Real Ya, principale plateforme politique qui avance quarante propositions pour une démocratie réelle comme le contrôle de l’absentéisme parlementaire, la réduction des dépenses militaires et l’abolition de la loi Sinde, sorte de loi hadopi à la sauce espagnole. Avec son G8 de l’Internet, Nicolas Sarkozy ferait bien de se méfier. C’est en touchant à la liberté sur Internet que les politiques espagnols ont cristallisé le mécontentement des jeunes. Et ont fini par les faire descendre dans la rue.

Car, comme pour le printemps arabe, le mouvement du 15 mai part de la jeunesse, une jeunesse éduquée et pourtant parfaitement sur une voie de garage (45% de chômage chez les 18-25 ans en Espagne). Une fois installée dans la rue, cette jeunesse, comme pour le printemps arabe, fédère d’autres classes d’âge et statuts sociaux : salariés précarisés, fonctionnaires, entrepreneurs, retraités gonflent les rangs de cette foule bigarrée et remontée. Il s’agit aussi, comme pour le printemps arabe, d’un mouvement né sur les réseaux sociaux et coordonné par SMS ou sur twitter. Comme le printemps arabe, ces manifestants n’attendent rien des media traditionnels, jugés trop proches du pouvoir. Selon le site Owni qui couvre l’événement depuis plusieurs jours, le mouvement a comme modèle l’Islande et sa révolution silencieuse. L’Islande dont le parlement corrompu a été forcé à la démission par son peuple. L’Islande qui s’est lancée dans une réforme constitutionnelle exigeante. L’Islande toujours et son référendum contre l’emprise des marchés financiers. L’Islande enfin et sa démarche ambitieuse pour la liberté de la presse. « Quand je serai grand je serai Islandais » dit d’ailleurs un militant du collectif espagnol « jeunesse sans avenir ».

Pour l’heure, le gouvernement Zapatero a interdit la manifestation mais n’a pas lancé les forces de l’ordre. Maintenant que les élections sont passées et qu’il a perdu nombre de municipalités, il pourrait en être autrement. A moins qu’il ne compte sur une certaine démobilisation. C’est tout l’inverse qui semble arriver. Ragaillardis par l’afflux de manifestants et la contagion à l’oeuvre dans le pays, en Italie, en France (on parle aussi de rassemblements spontanés à Moscou, à Washington ou à Toulouse), les Espagnols ont décidé de prolonger la manifestation pour une durée indéterminée. Sur le site Rue89, un participant du sit in de la Bastille prévient : « on va chercher à nous discréditer par tous les moyens mais nous sommes prêts ».

De fait, les gouvernements auraient tort de mépriser la jeunesse. Elle est douée et prend conscience de sa force, aujourd’hui décuplée par les outils. Mieux (ou pire, selon là ou vous vous placez), elle sait maintenant qu’elle n’a plus rien à perdre.

Pour aller plus loin : Democracia Real Ya

Retrouvez Flore Vasseur sur son site.







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