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Le marché? Un tigre de papier

Bernard Maris - Chroniqueur | Mercredi 17 Juin 2009 à 07:01 | Lu 4747 fois

Avec France Inter. Le forum des logiciels libres, qui se tient aujourd'hui, est l'occasion de faire le point sur cette économie bis que représente le travail ou le service non marchand. Un PIB occulte, fondé sur la coopération.



(kafka4prez-flickr-cc)
(kafka4prez-flickr-cc)
Aujourd’hui se tient, au musée de l’informatique à la Défense, le forum des logiciels libres... Les logiciels libres, j’en parle souvent dans cette chronique. Je les aime parce qu’ils s’opposent aux logiciels propriétaires, type Windows de Microsoft, qui sont des logiciels fermés, secrets, cachés. On ne peut pas y entrer. En revanche, on peut entrer dans les logiciels libres, qui sont des « open source » comme leur nom l’indique. On peut les modifier, les améliorer, à condition d’en informer la communauté des développeurs. C’est donc le principe de la coopération qui définit les logiciels libres, extrêmement prisés des administrations, car très efficaces, malléables, adaptables. Et ils ont une grande qualité, surtout pour les militaires ou les policiers : ils ne cachent rien. Pas de petit espion chez eux qui pourrait passer inaperçu.

Comment se peut-il que des informaticiens, extrêmement talentueux, passent du temps à améliorer pour la collectivité des logiciels, sans en retirer une rémunération ? Bizarre, hein ? Il faut croire que le plaisir de développer est plus fort que l’appât du gain, comme le plaisir de la recherche est plus fort que le profit tiré du brevet résultant de cette même recherche, même si l’un n’exclut pas l’autre. Mais comment mesurer cette richesse ? Comment calculer, évaluer tout ce savoir dû à la coopération bénévole ? Comment calculer tout le savoir et le travail engrangés dans Wikipedia ? Bien commode d’aller sur Wikipedia ! Et pourtant Wikipedia résulte d’un travail largement non marchand.


Il existe un PIB occulte qui n'est comptabilisé nulle part

Le marché? Un tigre de papier
Un exemple : je raccompagne un ami chez lui en voiture. Ce service ne sera pas comptabilisé dans le PIB – tandis que s’il avait pris un taxi, ç’aurait été comptabilisé. Si pendant le trajet il me lit un livre, ce ne sera pas comptabilisé, mais si j’achète un livre sans le lire, ce sera comptabilisé. La commission Stiglitz, désignée par le président, estime qu’il faudrait ajouter au moins 35% à la richesse nationale pour comptabiliser tous ces services « domestiques ». Si une femme épouse son jardinier, on peut supposer qu’il cessera de lui faire payer l’entretien du jardin, et le PIB diminuera.

Tout ce PIB occulte, caché (celui du logiciel libre) est fondé sur la coopération. Il est la face immergée de l’iceberg ! Alors que le PIB réel, (le logiciel propriétaire) est fondé sur la rivalité, l’exclusion, la compétition.

Et si le marché, n’était qu’un tigre de papier ?

La phrase : « L’homme qui a dit un jour à la plante « Tu n’es qu’une chose » a fabriqué une vie artificielle, une vie sans ressource. » Extrait de l’Intelligence du Jardinier, de Anne-France Dautheville, chez Fayard, absolument merveilleux.

Retrouvez les chroniques de Bernard Maris sur France Inter.



MOT-CLÉS : logiciels libres, pib
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