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Le mantra de Copenhague

Mardi 8 Décembre 2009 à 14:01 | Lu 4664 fois I 14 commentaire(s)

François-Bernard Huyghe

Docteur d'Etat en sciences politiques, chercheur en info-stratégie et médiologue, sur son blog, François-Bernard Huyghe revient sur le déversement des discours apocalyptiques à l'occasion du sommet de Conpenhague. L'occasion pour lui de revenir également sur les funestes prédictions écologistes mais aussi le fourvoiement des experts dans des combats idéologiques.


Le mantra de Copenhague
Nous allons sauver la planète à Copenhague, n'est-ce pas ? Jamais mantra n'a été répété par autant de croyants. Qui oserait douter du réchauffement climatique, de son urgence et de ses conséquences apocalyptiques ? Même après la révélation du climatgate (un pirate a publié de milliers de mails d'un institut de recherche sur le climat qui laissent pour le moins planer un doute sur le sérieux des anticipations), personne n'en doute qu'il soit chef d'État ou people, présentateur de télévision ou pubeur.
Et pourtant vous souvenez vous des prédictions du club de Rome, de la croissance zéro, des pluies acides, ou de la conférence de Stockholm de 1973
Relisons quelques pages que nous écrivions en 1995 :

Extrait de "Les experts ou l'art de se tromper", (Plon 1996)

Grandes étape de ce singulier processus d’anticipation, amnésie et recyclage des idées qui caractérisa l’évolution de la thématique écologique : le débat sur l’énergie. C’est à propos de l’énergie que se révèle le mieux combien la prédiction écologique se basait sur le principe du “mauvais embranchement”. Les chantres de la société de l’information raisonnaient à partir de l’opposition énergie - information, l’une et l’autre étant censées définir un type différent de société et de valeurs opposées. La conclusion était qu’il fallait s’adapter au plus vite (le fameux “retard culturel” sur le technologique) pour que cette heureuse révolution produise tous ses effets. Les écologistes précédent différemment. Face à un principe radicalement pervers, celui de la croissance, (avec toutes ses connotations : le “productivisme”, l’agressivité de l’homme envers la Nature, notre “oubli” de la loi naturelle, notre orgueil de créature qui ose lever la main contre sa mère, etc..) ils entendaient faire appel à un principe salvateur non moins radicalement inverse.

Le débat sur l’énergie servira donc de catalyseur à toutes ces aspirations, et ce pour de multiples raisons. La première est théorique : l’énergie, concept vague s’il en est, concentre toutes les peurs ; elle est le principe fondamental, à la fois le symbole de la technique, la force qui meut les machines polluantes et dévoreuses de ressources rares, la force qui est elle-même rare et destructrice ; avec l’énergie,  mesure et condition de la consommation suicidaire, on atteint au coeur du système, au principe du productivisme.
A énergies nouvelles, technologies nouvelles et donc société nouvelle, déduisent certains. Inventer “d’autres énergies” apparaît comme la première étape de la construction d’un contre-modèle, et l’on sait combien le courant utopique rêva sur les “énergies alternatives” et combien il en expérimenta toutes les variétés.

Qui dit énergie dit aussi atome et les thèmes antinucléaires servent de déclencheur. Sans les luttes contre les centrales et les surgénérateurs, contre le complexe militaro-industriel, les multinationales et l’État autoritaire, centralisateur et bureaucratique représenté par la technocratie EDF, figures emblématiques de l’imaginaire de l’époque, le mouvement écologiste français ne serait pas ce qu’il est. “Société nucléaire, société policière” disaient les slogans.

Quand l'Amérique devait entièrement se chauffer au solaire...

Le mantra de Copenhague
Enfin, dernier élément circonstanciel : ces luttes coïncident avec le développement du programme électro-nucléaire français qui, pour des raisons évidentes, est contemporain de la crise pétrolière. Le “vive la crise” qui retentit alors encourage les projets alternatifs : à nous de saisir la chance qu’offre l’initiative de l’OPEP et profiter de la pénurie de pétrole et du dysfonctionnement du système pour imposer la fameuse alternative. “Voilà que grâce à nos amis arabes nos courbes exponentielles piquent du nez. Voilà que nous avons de bonnes excuses pour arrêter des programmes technologique aberrants, voilà que la course à la bouffe et à la bagnole est remise en question. Voilà que la porte s’ouvre et qu’on aperçoit un coin de ciel bleu.” s’extasie le Sauvage. C’est enfin un grand moment d’espérance et d’expérimentation : le paradis vert apparaît tout proche à certains. Ils sont, il est vrai, encouragés par une ribambelle d’experts.

La “C.E.Z.” (la croissance énergétique zéro) vient s’ajouter au zéroïsme et zégisme (respectivement la croissance zéro tout court ou la population à croissance zéro.) Pour ne citer qu’un exemple, en 1974, la très sérieuse Fondation Nationale des Sciences, institution américaine considérée comme l’équivalent de notre C.N.R.S. annonce : “Dans cinq ans, l’Amérique se chauffera entièrement au soleil, dans dix ans elle lui devra tout son air conditionné, dans quinze ans la totalité de sa production électrique” et ajoute “Il n’existe plus aujourd’hui d’obstacle d’ordre technique, seulement un problème de prix : or même sur ce plan, le soleil pourra dans une dizaine d’années concurrencer les autres formes d’énergie.” Et personne n’a oublié la place énorme que tenait l’alternative énergétique et les “autres énergies” dans le discours officiel socialiste jusqu’en 1981, ni d’évoquer certaines expériences concrètes comme la centrale solaire de Thémis qui fonctionna de 83 à 86 et se révéla un gouffre financier.

A l’évidence, nous avons oublié ou censuré les prévisions que l’on faisait sur le nucléaire ; nous ne nous souvenons plus de l’époque où, sur la base des rapports d’experts selon “l’hypothèse la plus optimiste”, l’énergie nucléaire de fission fournissant le tiers du besoin des pays les plus développés vers l’an 2000, il faudrait entre temps pour maintenir constant le parc de centrales nucléaires construire “pendant cent ans deux réacteurs par jour dans le monde.” Le transport des 15000 tonnes de plutonium qui s’ensuivrait aurait du engendrer entre autres maux une multitude de cancers. Il était même “réaliste d’envisager un cancer pour 10000 particules de plutonium”.
 
Il est vrai qu’à peu près à la même époque, 1974, on estimait que les besoins énergétiques de la planète tripleraient d’ici la fin du siècle. Parmi les remèdes que proposait Roger Garaudy, la possibilité “excluant toute régression utopique vers les paradis chimériques de la “pure nature” et de la “convivialité”, d’une “culture” sans conditionnement historique, ou d’un ascétisme imposé” ce qui  “non seulement n’exclut pas, mais implique : une réduction de la durée du travail, une baisse des prix, une diminution des impôts ; car de considérables économies (de l’ordre de la moitié du “produit national brut” de la nation, comme l’a démontré la jeune école d’économie américaine) peuvent être réalisées par la suppression des activités parasitaires nuisibles” .

Lire la suite sur le blog de François-Bernard Huyghe








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