Le logement mérite mieux qu'un secrétariatSylvain Lapoix - Marianne | Mercredi 24 Juin 2009 à 12:56 | Lu 3714 fois
Cinq cent millions de rallonge budgétaire, un secrétariat d'Etat au lieu d'un ministère et la nomination de Benoist Apparu... Manifestement, le logement ne sera pas une priorité du gouvernement, alors que c'est le problème numéro un de la jeunesse.
(capture : immobilierarenover.com)
Il préparait son intervention sur la réforme des lycées mais Benoist Apparu s'occupera du logement. Pas dans un ministère, comme Christine Boutin,mais dans un simple secrétariat d'Etat auprès de Jean-Louis Borloo. Le poste semble si peu intéresser l'Elysée que la faute à son prénom reste sur le site du gouvernement et qu'aucune photo n'est encore disponible de ce Monsieur Logement et Urbanisme, pourtant député UMP. Mais plus que le mépris du ministre, c'est surtout le peu de considération pour la question de l'immobilier que révèlent ces oublis. Un spécialiste de l'éducation nationale... chargé d'urbanisme !
(capture : gouvernement.fr à 12 heures, mercredi 24 juin 2009)
Car dans la bousculade du remaniement, Benoist Apparu s'illustre comme l'une des plus belles erreurs de casting : rapporteur de la loi sur la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), il a consacré trois des cinq rapports de sa législature de député de la Marne à cette réforme, se penchant dans les deux autres sur la réforme des institutions et celle des lycées.
Une spécialité qui lui vient de ses premières armes politiques : il débuta en 1994 comme assistant parlementaire de Bruno Bourg-Broc, un des principaux contributeurs de la loi Falloux sur l'Education, et fut quelques années directeur de cabinet de Xavier Darcos à l'Enseignement scolaire. Seule qualification liée à l'immobilier : Benoist Apparu est membre du Comité d'honneur de l'Association pour la reconstruction du Moulin de Valmy, en Pays d'Argonne. Des milliards et des milliards très mal gérés...
Le collectif de lutte contre le mal logement Jeudi noir préfère en rire jaune : «c'est aussi sérieux que si on nommait toute la bande de Jeudi noir au ministère de la Défense». Pourtant, il aurait bien fallu un spécialiste pour faire face à la situation : entre le non respect du minimum de 20% de logements sociaux dans les villes de plus de 3500 habitants et le nombre de morts dans la rue qui a atteint cet hiver des sommets, l'urgence est plutôt de mise en matière de logement.
Et n'allez pas penser que l'administration ne s'en préoccupe pas : le Conseil d'Etat y a consacré un long rapport loin d'être complaisant envers les politiques publiques. Proposant une application de la garantie des risques locatifs et une série de propositions pour faciliter l'accès au logement et encadrer plus strictement les abus, les Sages suggèrent d'injecter environ 2% du PIB dans ce seul chantier du déverrouillage de l'offre immobilière, soit quelque chose comme 31 milliards d'euros. Le budget annuel du ministère approche tout doucement les 30 milliards... Mais avec quelles lacunes ! Entre les scandales de gestion des 3,5 à 4 milliards du 1% logement et les 4 milliards de crédit d'impôts à la propriété, d'une utilité toute relative par temps de crise où c'est la location qui pose problème, une grosse partie de cette somme est très mal gérée voire purement et simplement gaspillée dans des mesures encourageant l'inflation immobilière, comme les 4 milliards d'euros des APL. Reste à savoir si sa formation de pédagogue suffira à Benoist Apparu pour transformer le fiasco en simple échec.
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