Le jour où l’échine s’éveillera… derrière les murs de monseigneur !Géricault | Jeudi 29 Novembre 2007 à 00:03 | Lu 6051 fois
Par Géricault, conseiller d’éducation populaire et de jeunesse. Ce fonctionnaire du ministère de la jeunesse et des sports constate le degré zéro des actions pour la jeunesse dans les zones dites prioritaires.
De la répartie prophétique entre Jamel Debbouze et Roshdy Zem à la sous-France périphérique d’une Zone Urbaine Sensible de Villiers le Bel, il y a le concentré de réalité, pas la télé-réalité, pas non plus celle de la France qui travaille plus pour gagner moins, non. Celle de 66% de logements en HLM, de 50% de familles non imposables, de plus de 40% de moins de 25 ans, de 30 % de chômeurs, de 20% de familles monoparentales, et pourtant, seulement 25 % d’étrangers…
Des chiffres clairs et cruels sur la France qui courbe l’échine, résignée à cet état de fait, à l’exception d’une certaine jeunesse capable de se révolter. Révolte incontrôlée, comme les rébellions d’adolescents, et illisible comme le mouvement étudiant. Elle est nourrie de multiples ingrédients, depuis le sentiment d’injustice de jeunes très lucides jusqu’à l’expression enflammée d’autres jeunes confrontés au « vide », en passant par les phénomènes d’entraînement ou de manipulation invérifiable… Un curieux vide statistique autour des occupations des jeunes des quartiers Laissez-vous conduire sur google « derrière les murs de monseigneur » et tout s’éclairera : vous pourrez tout connaître sur cette banlieue de relégation entre Sarcelles et Goussainville, qui en est au moins à son troisième plan pluriannuel de politique de la ville. Tout sauf l’essentiel, c’est-à-dire la place des jeunes. Le site du Pôle ressources de la politique de la ville du Val d’Oise nous permet de découvrir la volonté de participation des habitants d’encourager les associations, d’accompagner le dynamisme des femmes, mais rien sur les jeunes. Ni dans les thèmes de rencontres, ni dans l’index de mots-clés, ni dans les conventions pluriannuelles, sauf sans doute à la rubrique « prévention de la délinquance » ou dans les versions actuelles à « Programme de réussite éducative ». Impossible de connaître, dans une France pourtant saturée d’étudiants en sociologie, les occupations des jeunes de la plaine de France. Impossible aussi de savoir combien pratiquent des activités collectives ou individuelles, sportives ou culturelles, combien travaillent au noir ou de petits trafics, combien vivent dans des appartements surpeuplés, combien ressentent de la discrimination, combien dénotent un manque de confiance ou combien encore souffrent de pathologies sévères… De toutes ces questions vous ne saurez rien, ni dans les ZUS de Villiers le bel, ni dans quasi aucune ZUS, ZEP ou CUCS ( Contrats urbains de cohésion sociale) de notre douce France. Pourtant à cette curiosité statistique on ne peut pas objecter d’obstacle constitutionnel comme pour le comptage dit ethnique. Alors pourquoi un tel vide d’analyse locale sur la jeunesse, un quart de siècle après les rapports Schwartz, Dubedout et Bonnemaison qui avaient posé les fondations de nouvelles façons d’agir des pouvoirs publics mettant tous les acteurs en réseaux pour une approche intégrée de tous les facteurs impliqués dans les crises d’emploi des jeunes et de mal vivre dans les quartiers ? Mais que fait le ministère de la jeunesse ? Une des explications - déterminantes - peut se trouver du côté de l’Etat. Pas seulement celui qui joue les gros bras à chaque émeute, attisant sans doute autant le feu qu’il ne le combat. Il ne s’agit pas non plus de celui du glaive et de la balance, qui ne sait plus de quel côté pencher, pas même de l’Education qui n’a plus grand-chose de nationale et qui maintient sa marche forcée autour de son seul credo : que le meilleur - entendre le plus favorisé - gagne ! Toutes ces grosses machines d’Etat ont de bonnes excuses de ne pas savoir susciter l’intérêt pour les caractéristiques des jeunes des banlieues : c’est pas leur job, ni leur culture et en plus ils sont empêtrés et dépassés. Mais il se terre quelque part au fond de la photo de classe du gouvernement un ministère qui ne prend jamais la parole en cas d’émeutes urbaines, de malaises collectifs de jeunes. Il ne se fait connaître que dans les tribunes officielles des stades : il porte pourtant le nom, aujourd’hui, de Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports. Il a pourtant une cellule de réflexion permanente avec son Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, qui anime moult formations, édite de doctes revues (on attend toujours un numéro consacré aux émeutes de 2005 ou au mouvement anti-CPE…). Certes on peut être nourri d’autocitations sur le leitmotiv de considérer les jeunes comme des ressources et non plus comme un danger, mais la recherche ne nous éclaire guère plus sur les freins des politiques publiques pour valoriser ces ressources, que ce soit dans les contrats de cohésion urbaine et sociale ou dans les projets éducatifs locaux (le comble !). Et ce ministère recèle en plus d’un corps de fonctionnaire de choc, catégorie A svp, créé à l’époque de l’émergence des premières cités-dortoirs et de leurs maisons de jeunes : le corps des Conseillers d’éducation populaire et de jeunesse. Ils sont un demi-millier à travers le territoire, et ont connu leur heure de gloire en tant que pionniers de la dynamisation culturelle en milieu populaire et en régions et sont aujourd’hui réduits à pallier l’inconsistance d’un autre corps, celui des inspecteurs et à faire mine de croire aux dispositifs qui n’ont qu’une seule logique de fonctionnement : sauver les apparences. Des initiatives qui n'en sont pas Qu’on en juge par deux à trois exemples parmi de nombreux autres : - Le plan banlieues d’après émeutes de janvier 2006 du Ministère distribuait dans sa grande mobilisation quelques dizaines de milliers d’euros par département concerné destiné à asseoir de nouvelles dynamiques associatives portées par des jeunes. D’associations de jeunes on a bien du mal à les repérer dans les bénéficiaires à l’arrivée. Les conventions pluriannuelles exigées initialement se sont évanouies dans les torpeurs d’une administration plus caricaturale que celle du temps de la « coloniale » ; - Les rencontres actuelles de territoires de la Ministre Fadela Amara : il fallait assister au hasard à celles de l’Hôtel de ville de Bondy, bien loin des quartiers, qui d’ateliers annoncés au départ se sont transformés par l’enchantement de la conduite préfectorale en succédanés de réunion d’habitants de quartier, comme on oserait plus même encore l’imaginer, et d’où il est impossible sans fabuler de tirer le moindre élément de progrès : absence de méthode et…des personnels départementaux de la jeunesse et des sports qui y auraient justement toute leur place ; - Le CNDS (Centre National de Développement du Sport), qui gère des enveloppes financières considérables au profit des clubs sportifs et aurait vocation à inciter au développement des pratiques sportives des jeunes qui n’accèdent pas aux clubs, connaît un échec retentissant eu égard au nombre de projets présentés (de même que pour les projets axés sur l’encouragement de l’accès des handicapés ) : absence d’autorité des services de tutelle Les collectivités territoriales ne sont guères mieux loties avec leurs équipes d’animateurs dont nombre encore sont les « grands frères » hérités d’une politique qui n’avait rien d’éducative mais seulement de paix sociale facilement achetée, sans compter le vice de départ dans la fonction publique territoriale avec la classification de 80% des animateurs en agents de catégorie C : comme des agents d’exécution peuvent se transformer en personnel éducatif ! Il est grand temps que la France qui sait former des ingénieurs pour produire des réacteurs nucléaires sache aussi former ses fonctionnaires (depuis ses énarques jusqu’à ses animateurs) pour ne plus produire la reproduction du système, mais accompagner le développement de ses ressources vives, à commencer celles des quartiers prioritaires, qui pour le moment n’ont de prioritaires que de rénovation du béton. Dans la même rubrique :
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