Marianne2 2012

Le grand flop des heures sup

Mercredi 2 Juin 2010 à 14:01 | Lu 12310 fois I 48 commentaire(s)

Bernard Maris - France Inter

Avec France-inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Qui décortique une étude de la DARES et montre que le mot d'ordre travailler plus pour gagner n'aura été qu'un slogan de campagne.


Le 21 mai dernier le gouvernement a diffusé une étude réalisée par la Dares, le service statistique du ministère. Elle dresse un bilan mauvais, très mauvais même du dispositif des heures supplémentaires défiscalisées issues de la fameuse loi Tepa (travail emploi et pouvoir d’achat), loi qui créait entre autres le fameux bouclier fiscal. D’abord, 80% des salariées du secteur concurrentiel déclarent être dans des entreprises qui ne font pas faire des heures sup. Vous direz donc 20% font des heures sup'. Même pas. D’après la Dares, c’est moins de la moitié qui auraient bénéficié d’heures sup.

Pourtant les salariés réclament des heures sup !

Ça, c’était le rêve du gouvernement, les salariés allaient réclamer de travailler plus pour gagner plus. Et bien pas du tout. En général ils ne demandent pas grand chose. Ce sont les entreprises qui ont des croissances temporaires d’activité qui les proposent, les salariés eux, sont beaucoup plus passifs. En revanche, les heures sup, comme on s’en doutait, ont un effet néfaste sur l’emploi : lorsqu’il y a heures supplémentaires, il n’y a pas embauche de CDD , d’intérimaires et moins encore évidemment de CDI. C’est un anti-effet 35 heures, en quelque sorte, un anti-effet partage du travail. Les chômeurs laissent ceux qui ont déjà un emploi travailler plus. Les trente cinq heures prétendaient réaliser l’inverse, et elles y parvenaient.

Et les salariés restent attachés aux 35 heures

Ils sont incorrigibles ! le dispositif de rachat des RTT, destiné à augmenter le pouvoir d’achat des cadres tout en laminant les 35 heures n’a pas fonctionné. Seulement 16 à 17 % des cadres ont demandé à racheter leurs RTT, les autres, ces jouisseurs, ont pris leur RTT. Reste que ce dispositif coûte cher, près de 3 milliards au budget de l’Etat, et se pose la question des exonérations destinées à favoriser l’emploi. Les exonérations d’impôt liées à l’emploi de salariés à domicile, coûtent aussi très cher et on un effet très pervers sur l’emploi. Imaginez que vous perdiez un emploi dans l’industrie, et que vous gagniez un travailleur à domicile.
 

Ca fait un pour un non ?

Pas du tout ! le salarié de l’industrie était payé en moyenne 36000 euros, et le travailleur à domicile, le service à la personne, 25000 euros. L’assiette de cotisation sociale de ce dernier est plus faible, et en plus, son employeur bénéficie d’une forte réduction fiscale ! l’Etat a tout à y perdre. En plus l’industriel, entre guillemets, fait des exportations, donc de la richesse, tandis que le travailleur à domicile consomme une partie du revenu de son employeur, donc participe de sa consommation. Et c’est pas tout ! Si vous regardez l’Allemagne, vous constatez que le salarié de l’industrie gagne en moyenne 47000 euros par an, pour la simple raison qu’il est très qualifié. Et en plus, l’emploi industriel s’est beaucoup moins dégradé qu’en France. Etonnez-vous après que les comptes sociaux soient plus équilibrés en Allemagne qu’en France !

Moralité ?

La politique de l’emploi en France a tout faux. Ce n’est pas d’un ministre des finances dont la France a besoin, mais d’un ministre du travail, de la formation, et de la suppression des subventions.


Le grand flop des heures sup








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