«
L'identité nationale c'est l'antidote au tribalisme et au communautarisme», écrit encore Nicolas Sarkozy avant de se positionner, clairement, en faveur de l'assimilation, contre le communautarisme. Là encore, bravo!
Mais n'est-ce pas Nicolas Sarkozy qui s'est félicité de nommer des préfets «musulmans», qui a affirmé et réaffirmé son désir d'une
affirmative action à la française?
Ne sont-ce pas ses ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur, Bernard Kouchner et Brice Hortefeux, qui ont récemment
confié une mission de lutte contre le racisme et le communautarisme… à Patrick Lozès, président du Cran, une association communautariste par essence?
Parfois, le président pousse l'art du paradoxe très loin. Quasiment jusqu'au foutage de gueule.
Ainsi lorsqu'il évoque le « non » au Traité Constitutionnel Européen: «
Ne pouvant changer les peuples, il fallait changer d'Europe. La France du non a commencé à se réconcilier avec celle du oui à partir du moment où, au lieu de la juger, on a cherché à la comprendre. C'est alors que, dépassant ce qui la divisait, la France a pu prendre la tête du combat pour changer l'Europe».
Admirons la reprise - sans le citer - de la belle formule de Brecht sur les élites qui veulent changer de peuple. Le fait que le Traité de Lisbonne, qui reprend l'essentiel du TCE, n'ait pas été voté par les Français — dont on a jugé qu'ils avaient suffisament mal voté comme ça la première fois — mais directement ratifié par voie parlementaire n'a pas l'air d'ébranler la belle assurance de Sarkozy! Comment espérer se réconcilier avec les électeurs ayant voté « Non » au référendum en faisant adopter un texte jumeau par l'Assemblée ? En quoi, comme il le prétend, «
la France a pu prendre la tête du combat pour changer l'Europe »? Qu'aurait donc changé Nicolas Sarkozy de l'Union européenne ? Celle-ci n'a toujours pas de gouvernement économique, et elle continue d'être infoutue de protéger ses salariés d'une mondialisation qui paupérise les classes moyennes et précarise sa classe ouvrière…
De même, il se félicite d'avoir créé le Conseil français du culte musulman, qui a selon lui permis que «
la religion musulmane soit mise sur un pied d'égalité avec toutes les autres grandes religions». Il occulte totalement le fait que la représentativité du CFCM est régulièrement contestée. Et que sa création a surtout signifié la reconnaissance, en France, d'un islam politique, tant son rôle semble dépasser les simples considérations religieuses — notamment en raison de la présence de l'UOIF dans les instances dirigeantes du CFCM.
En fin de compte, si notre Président paraît si à l'aise dans l'époque, c'est peut-être que celle-ci se caractérise de plus en plus comme inapte à une quelconque mémoire et peu soucieuse de cohérence. Voilà pourquoi notre Président est si bavard : ce qu'il dit n'est plus entendu que de façon distraite, comme un vieux refrain républicain chuchoté par un conseiller ventriloque. Peuple féru de politique, les Français croyaient plus ou moins que « dire c'est faire », selon la formule du linguiste Austin. Avec Nicolas Sarkozy, le dire ronronne et le faire disjoncte. Après lui, la politique sera, plus que jamais, à reconstruire.