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Le déficit du Monde provoque un malaise internePhilippe Cohen | Mardi 4 Décembre 2007 à 00:04 | Lu 11881 fois
La coïncidence entre un résultat négatif de 12 millions d'euros et les augmentations de salaire revendiquées par les trois membres du Directoire crée un malaise interne. Et une manif lundi après-midi.
Une centaine de salariés du pôle magazines du groupe Le Monde ont manifesté lundi après-midi au siège rue de Baïf à Paris. Selon des salariés présents, les syndicalistes ont fait du bruit, armés de tambourins et de tambours, et criant des slogans hostiles aux trois membres du Directoire qui ont demandé des augmentations au Comité des mandataires sociaux du groupe, qui fait fonction de comité des rémunérations.
12 millions de perte en 2007 En réalité, cette agitation sociale, qui n’a pas touché la rédaction du quotidien, dont les organisations syndicales n’avaient pas appelé à la mobilisation, a été déclenchée par une réunion d’information, organisée voici une quinzaine de jours par la Société de rédacteurs. Au cours de cette assemblée, son président, Jean-Michel Dumay, a fait le point sur la situation économique du groupe, toujours délicate malgré la vente du groupe des Journaux du Midi effectuée depuis l’élection de la nouvelle équipe qui a succédé au tandem Colombani-Minc. Le groupe accuserait en effet une nouvelle perte de 12 millions d’euros en 2007. Il apparaît en effet que si les ventes du quotidien connaissent une augmentation en 2007 (3-4% avant les grèves de novembre), la publicité, en net recul, aurait engrangé une bonne moitié du déficit avec un écart d’au moins 4 millions d’euros sur un budget prévisionnel déjà bien timoré. Le Monde Diplomatique, le groupe Fleurus (presse enfantine) et les Cahiers du Cinéma constitueraient un deuxième foyer de pertes. Dans ce contexte, un nouveau plan d’économies est à prévoir, a annoncé Jean-Michel Dumay. Qui ne s’est pas privé d’informer ses confrères sur les demandes d’augmentation des trois dirigeants : Pierre Jeantet, revendique une augmentation de son salaire annuel de 390 à 405 000 euros ; Bruno Patino exige de son côté que sa rémunération – 200 000 euros - intègre une prime de 50 000 euros ; enfin, et c’est sans doute ce qui a le plus choqué les journalistes du groupe, Eric Fottorino, que nous n’avons pas pu joindre, demande que son salaire passe de 135 000 à 210 000 euros. Une augmentation motivée par deux éléments : 1°) Eric Fottorino est passé du statut de directeur de la rédaction à celui de directeur du Monde, ce qui implique davantage de responsabilités ; 2°) Le salaire de 210 000 euros serait inférieur de moitié à ce qu’était la rémunération de son prédécesseur Jean-Marie Colombani. Mais, selon les cadres maison, les exigences des trois membres du directoire ne peuvent se comprendre que parce qu’ils comparent leurs rémunérations à celles, plus élevées encore, de certains cadres administratifs. L'immobilier au Monde c'est Versailles Autrement dit, c’est une nouvelle fois, la gestion Colombani qui se trouve au centre des débats. « Nous sommes en train de d’ouvrir les tiroirs de la gestion Colombani, explique un membre de la Société des Rédacteurs, et ce n’est pas triste. » La situation immobilière du groupe serait ainsi ubuesque : le loyer payé pour loger les 700 personnes du quotidien serait de 8 millions d’euros, quand celui acquitté pour le pôle magazine, qui emploie le même nombre de salariés, ne serait que de 4 millions. Une aberration qui risque de durer puisque le contrat signé avec le promoteur empêche tout congé du locataire pour neuf ans encore ! Comment réduire les charges de l’entreprise de 12 millions d’euros ? Faut-il tailler dans les frais généraux si cela est encore possible ? Arrêter certaines activités déficitaires ? Renoncer, comme le plan pour le pouvoir d'achat de Srkozy y incite les entreprises, aux 35 heures, très dispendieuses dans la presse et que certains cadres du Monde mettent en cause ? Ou bien, en effet, tailler à nouveau dans les effectifs ? Croyant circonvenir l’incendie, Eric Fottorino a réuni les chefs de service le lendemain de la réunion d’information de la société des rédacteurs. Il leur a confirmé que la situation n’était pas brillante, parlant « d’économie de guerre » et de la nécessité de se préparer à un nouveau plan d’économies. Mais cette annonce imprécise autant qu’inquiétante n’a fait que relancer la machine à rumeurs sur l’éventualité – non confirmée à ce jour – d’un nouveau plan de départs, et surtout à rendre incompréhensible l’augmentation de salaire envisagée par les dirigeants. Eric Fottorino en serait profondément affecté. « En réalité, explique un journaliste, alors que la direction est en place depuis six mois, elle n’a rien fait ni rien déclaré et nous ne savons rien de son projet. » Les salariés et les journalistes du Monde ne devraient pas tarder à êtres fixés sur les intentions de la direction : un séminaire stratégique réunissant actionnaires et dirigeants est prévu mardi 4 décembre, suivi, le 6 décembre par un Comité de groupe puis, le 19 décembre par un Comité de surveillance qui devrait prendre un certain nombre de décisions. Dans la même rubrique :
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