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Le conseil d'administration du CNRS s'exile loin des trouble-fêtesGérald Andrieu - Marianne | Vendredi 29 Mai 2009 à 07:01 | Lu 5068 fois
Le prochain conseil d’administration du CNRS doit se tenir dans les locaux du CERN… sur la frontière franco-suisse ! Pour certains, il s’agit d’instaurer de fait un huis clos autour d’une réunion qui s’annonce très délicate.
(photo : gruntzooki - Flickr - cc - http://www.flickr.com/photos/doctorow/)
La direction du CNRS aurait-elle peur de ses propres chercheurs ? On peut se poser la question quand on sait que le 25 juin prochain, le Conseil d’administration de la vénérable institution va se tenir… sur le site du CERN (qui abrite le fameux accélérateur de particules) sur la frontière franco-suisse ! Bertrand Monthubert, secrétaire national à la Recherche et à l’Enseignement supérieur du Parti socialiste et ancien président de Sauvons la recherche, a sa réponse. Dans un communiqué, il explique que c’est « de peur, sans doute, que des chercheurs en colère ne viennent perturber la tenue de ce Conseil d'administration… » Et pour cause : c’est au cours de cette réunion que doit être voté un document ô combien polémique : le « contrat d’objectifs 2009 – 2013 du CNRS avec l’Etat » (voir encadré ci-dessous). Pour Isabelle This Saint-Jean, l'actuelle présidente de Sauvons la recherche (SLR), le constat est le même. Cette « fuite à Genève » a un petit goût de « fuite à Varennes ». Elle est révélatrice, selon elle, de « l’état de défiance et d’incommunicabilité de la direction du CNRS ». Paranoïaques, Monthubert et This Saint-Jean ? Pour la patronne de SLR, c’est plutôt la direction du CNRS qui l'est. Ainsi, explique Isabelle This Saint-Jean, les documents de travail sur lesquels planchent actuellement les membres du conseil d’administration et qui, à terme, donneront naissance au fameux contrat d’objectifs sont tous numérotés, histoire d’éviter les fuites… Et pour elle de rappeler aussi l’épisode pour le moins rocambolesque du conseil d’administration de novembre 2008 : « Les administrateurs élus ont eu connaissance du lieu de la réunion seulement dix minutes avant qu’elle ne commence, par SMS ! Elle s’est déroulée dans le 16e arrondissement, à quelques mètres du siège du CNRS, mais derrière des rangs de CRS ! » Cette fois, les membres du Conseil d’administration devraient voir un peu plus de pays. Ce ne sont plus quelques mètres mais plusieurs centaines de kilomètres qu’il va leur falloir parcourir pour se réunir. Mais du côté de la direction du CNRS, on affirme qu’il n’y a pas de manœuvres derrière ce déménagement. Il s’agirait simplement de répondre à « une invitation du CERN ». D’ailleurs, explique-t-on, « comme dans beaucoup d’entreprises (sic), c’est assez habituel de faire du dernier conseil d’administration [d’une mandature] une réunion un peu plus exceptionnelle. » Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et à en croire la direction du CNRS, même ses relations avec les chercheurs seraient au beau fixe : « Il y a un dialogue, il y a des choses qui avancent… » Et un conseil d’administration qui, en pleine période de tensions avec les chercheurs, prend autant de « recul », est-ce bien judicieux ? Des objectifs sans moyens ! La dernière « version de travail » du « contrat d’objectifs » disponible a vraiment de quoi inquiéter. Sur les 127 pages du document, une seule (la page 38) aborde la question des « moyens » mis en œuvre pour atteindre ces fameux « objectifs ». Et cette page est quasiment vierge de texte, si ce n’est cette très laconique phrase : « La partie “Moyen” fera l’objet d’un avenant au présent contrat après la discussion budgétaire, à l’automne prochain. » De quoi rassurer encore un peu plus la communauté des chercheurs ! Pour ce qui est des moyens humains, Eric Woerth et Valérie Pécresse viennent d’annoncer qu’il n’y aura finalement pas de suppressions de postes dans la recherche en 2010 et 2011. En revanche, en matière de moyens financiers, c’est donc le vide absolu jusqu’à l’automne prochain. Mais là n’est pas la seule critique formulée à l’égard de ce texte. Isabelle This Saint-Jean y voit aussi l’instauration d’« un mode de fonction complètement pyramidal » et « une conception totalement managériale de l’institution » qu’est le CNRS. Du côté de la direction du CNRS, on essaie de faire taire les angoisses en expliquant qu’un « conseil d’administration informel » (?) s’est déjà tenu le 25 mai dernier, que « le débat se poursuit » et que tout sera mis en oeuvre pour « que le consensus soit fait » avant la réunion au CERN fin juin. Mais comment parvenir au « consensus » et faire voter un texte qui liste des objectifs sans jamais dire quels sont les moyens mobilisés pour les atteindre ?
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