A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique
Le cabinet off du PrésidentPhilippe Cohen | Mardi 10 Juin 2008 à 07:40 | Lu 15193 fois
Troisième volet de notre série sur les nouvelles géographies du sarkozysme. Où l'on se demande si le visiteur du soir n'est pas davantage en cour que le membre de cabinet laborieux...
La gestion de l’Elysée ressemble au Festival de Cannes. A côté du in, le off prend de plus en plus de place, surtout depuis que la cote du Président s’est effondrée. Le point de basculement se situe le 8 janvier. Ce jour-là , après une conférence de presse tenue devant 600 journalistes, le Président exulte. Comme d’habitude, il se persuade lui-même qu’il a été « super bon ». N’a-t-il pas mis les rieurs de son côté en humiliant le directeur de Libération Laurent Joffrin ? Sur le champ, son entourage n’ose le dessiller. Mais deux jours plus tard, lorsque Philippe Ridet, fidèle journaliste embedded du Monde, ose lui dire qu’il n’a pas été si bon que ça, il commence à déchanter.
En fait, la conférence du 8 janvier amorce un processus qui va devenir irrésistible : lâché par une partie de ses électeurs déçus par son incapacité à préserver leur pouvoir d’achat et agacés par son inconstance et ses frasques amoureuses, il s'est inutilement montré agressif avec les journalistes. Fatale erreur : ces derniers sont toujours prêts à aller dans le sens de la pente. Résultat, depuis le 8 janvier, les covers des magazines deviennent insolentes envers le Président. Il adore jouer à François Mitterrand Pendant une période de plusieurs semaines avant et après le mariage avec Carla, Nicolas Sarkozy semble réellement avoir le moral présidentiel dans les chaussettes. C’est le moment où, à certains de ses visiteurs, il n’hésite pas à «confier» qu’il n’a pas envie de briguer un second mandat. Puisque les Français le boudent, lui-même a terriblement envie de les envoyer se faire foutre. Donne-t-il le change ? Cherche-t-il à être retenu ? Ou bien teste-t-il l'idée, auprès de lui-même, de son épouse et de son entourage ? Il faudra attendre ses mémoires pour le savoir. Et encore, il aura sans doute oublié cet épisode au moment où il les écrira (ou les fera écrire par Laurence Ferrari ou Christophe Barbier). En tout cas, son spleen ne s’éternise pas. Sous l’influence convergente de son épouse, de Claude Guéant et de Catherine Pégard – et peut-être d’autres personnes – le Président trouve une issue à son désarroi : repartir en campagne, remonter sur son petit poney. Voilà comment l’hyperprésident est revenu occuper la une de nos JT. Mais qui dit campagne dit aussi, chez Sarkozy, visiteurs du soir. A côté de l’organigramme officiel, le Président adore jouer au Président, c’est-à -dire, dans son esprit, jouer à François Mitterrand. Comme ce dernier, Nicolas Sarkozy aime à cultiver une relation privilégiée avec quelques hommes supposés libres, hors circuit officiel. Ils peuvent être rémunérés comme consultants ou bien offrir «gracieusement » leurs services. Dans le premier cas, la rémunération paye la discrétion. Dans le deuxième c'est au contraire la possibilité de faire savoir que l'on a «l'oreille du Président» qui fonctionne comme rétribution. Il n'est pas forcément interdit de cumuler les deux rémunérations. Mais il faut être très malin pour celà . Le roi du casting Dans le premier cas de figure, on trouve d'abord Pierre Giacometti, qui a accompagné la conquête de l'Elysée depuis 2002 tout en continuant d'officier à l'Institut IPSOS avant de créer sa société voici quelques mois. Il y a aussi Patrick Buisson, placé à la tête de la chaîne Histoire par le groupe Bouygues après avoir officié chez LCI, que le Président a remercié par la Légion d'Honneur le 24 septembre dernier. C’est ce dernier, par exemple, qui a imaginé la mise en scène du couple présidentiel à Rungis plus tôt encore qu'à l'heure où se lèvent les Français qui se lèvent tôt. Persuadé que le régime présidentiel français perpétue la tradition du couple royal, Buisson a pensé qu’il était bon de montrer au bon peuple que la première dame de France, toute chanteuse qu’elle était, soutenait son mari dans l’adversité. Selon le Canard Enchaîné, c’est le même Patrick Buisson qui a soufflé au président l’idée de créer le fameux G7, qui regroupe les ultra-sarkozystes du gouvernement. Autre récent nominé (comme commandant) à la Légion d'honneur, Alain Minc, qui ne facture pas ses prestations, aime bien en revanche faire savoir l’influence dont il aime être crédité : la liberté de bavarder et de monter son pouvoir dans l'establishment, vaut, dans son cas, rémunération. Ainsi n’a-t-il pas manqué de revendiquer la paternité du projet de service public audiovisuel sans publicité ou encore, plus récemment, le petit déjeuner entre le président et deux représentants de Marianne. L’influence de Pierre Giacometti, lui aussi récemment gratifié par la Légion d'honneur, est moins facile à identifier car l’homme est fort chatouilleux sur la confidentialité de ses clients, et du premier d’entre eux tout particulièrement. On imagine aisément, cependant, sa fonction : lui offrir une lecture de sa relation à l’opinion à un instant T à partir d’une veille médiatique scrupuleuse (sondages, mais aussi médias et internet). Comme jadis dans la Mitterrandie, on attribuera beaucoup à ces visiteurs du soir. En ces temps de gouvernance post blig-bling, la discrétion est plutôt une valeur en hausse. En consultant ses amis, Nicolas Sarkozy a l'impression de cultiver sa propre liberté. En analysant les trois profils - ancien baroudeur de l'extrême droite pour Buisson, conseiller officiel du CAC 40, se disant à gauche pour Minc et analyste froid et hyper-rationnel pour Giacometti - on constate à quel point le Président considère, plus que jamais, la politique comme un casting amusant. Prochain épisode : Vous avez demandé Matignon ? A lire également : Les nouvelles géographies du sarkozysme (1) Les conseillers du Président. Certains parlent, d'autres non.
Voir les 42 commentaires
Dans la même rubrique :
|
|
||

Imprimer
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Accueil
Envoyer
Partager

