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Le Pen vs Mitterrand: le dangereux silence des «grands» médias

Gérald Andrieu - Marianne | Mercredi 7 Octobre 2009 à 14:01 | Lu 23023 fois

L’attaque au bazooka de Marine Le Pen contre le ministre de la Culture n’a pas retenu l’attention des «grands» médias. Sans doute qu’ils sont gênés aux entournures...



«Ils» n’ont rien compris ! « Ils » n’ont rien retenu du passé et « ils » remettent ça. « Ils » ? Les médias mainstream, ceux dont on devrait écouter la voix religieusement et accepter les silences comme des Chartreux. Lundi soir, sur le plateau de Mots croisés, Marine Le Pen attaque à l’arme lourde Frédéric Mitterrand. Sur fond d’affaires Hodeau et Polanski, elle dégaine un passage de La Mauvaise vie, un ouvrage paru en 2005 et dans lequel le ministre de la Culture évoque les grandeurs et les malheurs du tourisme sexuel. C’est suffisant pour la « fille de » pour exiger la démission du « neveu de ».
Le lendemain, sur les radios et sur les télés, rien (ou si peu) n’est dit sur cette sortie de la dirigeante frontiste. Dans les journaux ? Rien non plus. Les « bouclages » (qui se font d’ailleurs de plus en plus tôt…) avaient sans doute déjà eu lieu. Mais sur le Web, la vidéo se répand comme une traînée de poudre. C’est là que circule l’information. C’est là qu’on en débat. Aujourd’hui, nouvelle chance pour la presse de se rattraper. Loupé : rien, si ce n’est deux minuscules brèves dans Le Parisien – Aujourd’hui en France et Le Figaro… Et Libé ? Dans le journal (comme sur son site), les lecteurs n'ont droit à rien...



Un mille-feuille de tabous

C’est qu’il s’agit-là d’un sujet beaucoup trop « touchy » comme on aime à le dire dans les rédactions parisiennes. Car il cumule les tabous :

1°) C’est le FN — ce parti de lépreux — qui sonne la charge.

2°) C’est la pédophilie — ce sujet poisseux — qui est au centre de l’affaire.

3°) Enfin — et l’on aimerait croire qu’il ne s’agit pas là de la première des motivations — cette « affaire » touche un membre du gouvernement et qui plus est, un membre éminent de la caste des mondains parisiens.


Pourtant, il suffisait simplement de raconter ce qui s'était passé sur le plateau de Mots Croisés. Les médias ne l’ont-ils pas fait dans les grandes largeurs lorsque François Bayrou a jeté au visage de Daniel Cohn-Bendit son livre Le Grand bazar, dans la dernière ligne droite de l’élection européenne? Mieux encore. Il était possible de faire une analyse politique de cette sortie soigneusement préparée. Il était également possible de décortiquer la fabrique de ce buzz (comme l'a habilement fait Lexpress.fr ) ou d'exhumer les déclarations de Frédéric Mitterrand au moment de la promotion du livre (comme s'en est chargé Arretsurimages.net ). Mais non, rien de rien dans les « grands médias ».

 

Ne se rendent-« ils » pas compte qu’en offrant leur silence à tout ce qui vient du FN, « ils » servent en fait la cause qu’ils croient combattre ? Le mécanisme est pourtant connu depuis longtemps.




Article réactualisé à 15h20 : Frédéric Mitterrand a fini par sortir de son silence expliquant que « se faire traîner dans la boue par le FN [était] un honneur ». En revanche, le ministre de la Culture s'en est prie au porte-parole du PS, Benoît Hamon, qui juge « choquant» son livre La Mauvaise vie : « C'est bien dommage de pouvoir imaginer que des élus de gauche aillent rejoindre le Front national. Je dois dire que les bras m'en tombent (...) Si le Front national me traîne dans la boue, c'est un honneur. Si un député de gauche me traîne dans la boue, c'est une honte pour lui. » 




Retrouvez les dessins de Louison sur son blog




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