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Le Pen-Besson: France 2 sort un lapin de son Chabot

Philippe Cohen et Gérald Andrieu - Marianne | Vendredi 15 Janvier 2010 à 00:41 | Lu 33754 fois

Hier soir, au programme de France 2, une émission spéciale réhabilitation de Besson. Il y eut un lapin : celui de Vincent Peillon qui a annulé sa venue à 20h50, laissant à l'UMP et au FN le monopole du débat sur la nation et l'immigration. Quel gâchis!



(capture écran: France 2)
(capture écran: France 2)

Eric Besson était la star de la soirée. Voici un homme politique rallié à son camp il y a moins de deux ans, devenu l’un des ministres les plus en vue, numéro 2 d’une droite qu’il a combattue durant toute sa carrière. Bref, un chouchou du Président qui était hier soir, le chouchou de France 2 et de l'émission « A vous de juger ». Le portrait que lui a concocté la chaîne était tout à son avantage, car il pouvait profiter de l’intimisme et de la tendresse d’un regard forcément humain. On a évoqué le pupille de la nation, le pied noir, le jeune candidat à l’ENA, toutes choses qui ne pouvaient que le rendre sympathique. 


Présenté comme un facho par la gauche depuis des mois, Eric Besson ne pouvait que ressortir grandi et gauchi d’un débat avec Marine Le Pen. Le temps du duel, fort court, lui a permis d’éviter de répondre aux questions qui fâchent et notamment celle portant sur l’écart, abyssal, entre la fermeté affichée par le pouvoir pour séduire les électeurs lepénistes et sa gestion de l’immigration, restée stable contrairement à ce que prétendent les associations « sanspapiéristes Â». 


Eric Besson a pu également apparaître comme un homme généreux, antiraciste de longue date. En ce sens, s’il a sans doute convaincu bien des télespectateurs qu’il n’était ni Déat ni un traître congénital, il a aussi, du coup, ouvert un boulevard à Marine Le Pen pour critiquer son indifférence à l’égard des gens du peuple persuadés que la République est plus généreuse envers ceux qu’elle accueille que vis-à-vis des laissés-pour-compte de l’éducation et de l’emploi. Marine Le Pen a donné l’impression de faire mouche à deux reprises. Lorsqu’elle a montré en quoi les chiffres de l’immigration sont restés les mêmes depuis que Nicolas Sarkozy s’occupe de ce dossier. Elle a aussi marqué un point en rapportant la récompense donnée par le gouvernement à L’Oréal pour sa politique de discrimination positive dans le recrutement.


Arlette Chabot, débordée et piégée?

Reste à savoir pourquoi diable la Madame Loyal de ce petit cirque médiatique a-t-elle tenu à offrir ces deux heures de réhabilitation au « très très contesté Â», comme elle le présentait, Eric Besson ? On le sait : Nicolas Sarkozy cherche un remplaçant à Patrick de Carolis. Mais pas seulement. C’est toute une nouvelle équipe qu’il veut installer à la tête de l’audiovisuel public. Quand bien même le chef de l’Etat déciderait finalement de reconduire l’actuel patron de France Télévisions (un scénario encore plausible pour le principal intéressé), il est certain qu’il lui demanderait, en gage de fidélité, les têtes du patron des programmes Patrice Duhamel et d’Arlette Chabot à qui il avait passé un savon, en octobre dernier, pour cause de sous-représentation de l’UMP sur l’antenne du service public.


A-t-elle voulu s’attirer les faveurs du Château en organisant un « A vous de juger Â»  en forme de sauvetage médiatique du chouchou de l'Elysée ? C’est fort possible, même si, avant Noël, Martine Aubry avait bénéficié des mêmes privilèges qu'Eric Besson hier soir. En tout cas, si Arlette souhaitait se remettre en selle, c’est loupé ! Dame Chabot ne sait pas tenir la boutique : une partie de son personnel se montre ostensiblement frondeur, les débats qu’elle anime tourne au gloubi-boulga inintelligible et ses invités lui claquent entre les doigts à la dernière minute...


Vincent Peillon, démissionnaire et cavalier solitaire ?

Car Vincent Peillon devait en être et bouffer du Besson. Il a finalement décliné. Au tout dernier moment, à 20h50. Par un simple communiqué publié sur son blog  : « Parce que tout mon engagement politique et citoyen est fondé d’abord sur les valeurs de la République, de la raison et de l’antifascisme, j’ai décidé de ne pas participer au débat d’indignité nationale organisée ce soir sur France 2 et d’attirer solennellement l’attention de mes compatriotes sur les graves dérives que subit notre démocratie. Â» Et de demander Â« la démission de madame Arlette Chabot et des dirigeants de France 2 qui ont autorisé cette opération. Â» 


Une position aussi maladroite que compréhensible. Comment accepter de n’avoir droit qu’à quelques minutes de prise de parole dans une émission toute entière dédiée au polissage de l’image d’Eric Besson ? Comment l'accepter en période pré-électorale, alors que ce même jour l’on apprenait que le 25 janvier prochain, le chef de l’Etat allait, lui, bénéficier d’une soirée spéciale sur TF1 avec — comble du ridicule — Laurence Ferrari et Jean-Pierre Pernaut en guise de passeurs de plats ? Comment, enfin, participer à une émission contestée par le personnel de France Télévisions ? Ne convenait-il pas d'écouter, ceux de ses camarades du Parti qui l'avaient mis en garde contre un débat qui ne pouvait que profiter à son adversaire ?


Il n’empêche. La méthode interroge. Vincent Peillon aurait pu venir s’expliquer sur le plateau de son refus de participer à ce débat. En s'effaçant au dernier moment, il offre au regard des Français l’image d’un PS démissionnaire et, par la même occasion, une autoroute au FN et à l’UMP qui seraient donc les seules formations capables d’aborder les questions d’immigration. Comme si, en 2009 comme en 1989, la nation et l'immigration demeuraient des tabous pour la gauche, comme si elle n'avait rien à défendre sur ce terrain.


Reste enfin une dernière question : a-t-il décidé seul ? Notre homme, depuis quelques mois, s’inscrit dans une stratégie solitaire et dissonante. Et comme un symbole, le seul socialiste présent hier soir sur l’antenne de France 2 aura finalement été Lionel Jospin dont un portrait filmé était diffusé à l’issue de l’émission « A vous de juger Â». Celui-là même qui a déserté une autre scène â€” la scène politique — et a déclenché par ce départ inattendu la crise des égos au PS. Mais si la décision de Vincent Peillon est effectivement solitaire, la réaction de Martine Aubry sera sans doute solidaire : puisque le vin est tiré, autant le boire et légitimer la prise de position de Peillon par une virile dénonciation de la mainmise sarkozyste sur la télé publique.  


Au final, le débat politique tel qu’il a été présenté aux Français était triplement bancal. Par son recentrage exclusif sur les questions de l’identité nationale et de l’immigration alors que nous ne sommes pas sortis de la plus grave crise économique du capitalisme. Par un duel limité à deux représentants de la droite quand les sondages donnent depuis plusieurs semaines une assez nette majorité à l’opposition. Par un journalisme débordé et réduit au seul statut d'observateur, tant Arlette Chabot a paru décontenancée par la défection de Peillon.





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