Le Parti pirate français, allié de la Hadopi et des majorsSamuel Authueil - blogueur | Mercredi 24 Juin 2009 à 15:59 | Lu 4196 fois
Pour Authueil, blogueur parlementaire de droite, la création d'un Parti pirate français est non seulement stupide politiquement mais inefficace dans la lutte contre la Hadopi... voire contre productive !
Manif anti-Hadopi (photo : LALLA - ALI - flickr - cc / http://www.flickr.com/photos/lalla_ali )
Quelques guignols en mal de notoriété ont décidé de créer un «parti des pirates» français, à l'image du parti des pirates suédois. Cette initiative est stupide et contre-productive, du moins si le but de ces «pirates» est de régler les problèmes existants entre les utilisateurs d'internet et les industries culturelles. Cette initiative m'agace prodigieusement, sous plusieurs angles.
D'abord, on ne crée par un parti politique pour la simple défense d'intérêts particuliers. Un parti politique, c'est un regroupement de personnes ayant une vision globale de la société, capable d'intervenir sur tous les sujets, si possible avec des propositions qui lui sont propres et avec une cohérence d'ensemble. Parfois, des partis politiques se créent sur la base d'intérêt particuliers, c'est par exemple Chasse-pêche-nature-tradition, d'abord émanation politique du lobby des chasseurs. Il a très rapidement abandonné la mono-activité et s'est transformé en parti politique classique, avec des positions qui dépassent désormais la défense de la chasse, même s'il reste adossé sur un électorat rural et plutôt conservateur. Reste qu'une telle manière d'instrumentaliser la vie politique m'agace toujours autant.
Deuxième point d'agacement, le choix du vocable «pirate». Ce groupuscule joue clairement le jeu de l'industrie culturelle, en acceptant de jouer selon ses règles. En politique, il est pourtant essentiel de maitriser la manière dont les questions sont posées, car toujours, les réponses découlent de la manière dont les questions sont posées. La quadrature du Net a compris cela et s'est toujours battue pour que le débat ne s'engage pas dans les termes posés par l'industrie culturelle. Elle n'y est pas toujours arrivée, notamment sur l'usage des termes «piratage» et «téléchargement illégal», qui enfermaient des pratiques d'échange dans un cadre d'illégalité. Dans la bataille de la communication, ce parti des pirates est un allié objectif des industries culturelles. Ils tirent clairement contre leur camp.
Enfin, cela m'agace, car une fois de plus, ce sont des gens qui n'y connaissent pas grand chose au sujet qui se lancent sur le devant de la scène. La problématique Hadopi, c'est déjà fini ! Le conseil constitutionnel a clairement fermé les portes à un maintien du modèle actuel d'exploitation des droits d'auteur. Les industries culturelles opèrent une retraite en bon ordre avec un nouveau texte avant tout destiné à sauver la face. Déjà, d'autres projets sont en cours d'élaboration, notamment au ministère de la Culture, explorant une voie jusqu'ici refusée par les industriels de la culture : la licence globale. Ce n'est pas leur premier choix, mais à défaut d'autre chose, ça fait toujours des rentrées d'argent. Sur ce sujet, les combats de demain porteront sur le montant du prélèvement (sans doute une taxe sur les abonnements internet), sur la manière dont il est distribué (par qui et à qui) et enfin sur l'impact de cette évolution sur le droit d'auteur (les industries ne manqueront pas de demander des compensations). Lire le billet original sur le site d'Authueil : Contre productif.
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