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Le Parisien prend la défense des politiques contre le Grand Méchant Web !Sylvain Lapoix - Marianne | Jeudi 3 Décembre 2009 à 15:37 | Lu 8442 fois
Plaignant pour la énième fois le pauvre Brice Hortefeux, Le Parisien dénonce les «pièges» du web obligeant les politiques à la transparence... Une belle excuse pour éviter aux politiques d'avoir à s'expliquer sur leurs propos et leurs incohérences !
Une du Parisien du 3 décembre 2009.
Dans leur lutte contre un web qui menace leur tranquillité, les politiques ont trouvé un allié de choix : la presse traditionnelle ! «Les politiques face aux pièges d'Internet», hurlait jeudi 3 décembre la une du Parisien, plaignant «l'amère expérience» des politiques dont les vidéos diffusées sur le web «se répandent comme une traînée de poudre.» Un grand média qui plaint les pauvres politiques pris en flagrant délit d'incohérence par Internet, on n'avait pas vu ça depuis... Brice Hortefeux sur RTL en septembre dernier !
Sur 6 exemples, 3 vidéos issues de la télé et 2 diffusées sur Le Parisien.fr
Sauf que là , pas d'actualité particulière, juste un de ces «marronniers» que ressortent les journalistes quand la morne saison de l'actu apparaît... Sans compter que la double page s'appuie sur des exemples particulièrement mal choisis : sur les vidéos dont les politiques sont censés être les «victimes» à cause du web, trois sont en fait des séquences de télé reprises par le web : Manuel Valls qui demande plus de «blancos» sur son marché (Direct 8), Brice Hortefeux et son fameux «quand y'en a un, ça va» (LCP) et le doigt d'honneur d'Eric Besson à l'équipe de Canal Plus.
Ce qu'a fait le Net dans chacun de ces cas ? Rendre accessibles à tous des contenus qui, auparavant, auraient été réservés aux téléspectateurs vissés devant leur poste. Quant aux trois autres vidéos, deux ont été diffusées par le site même du Parisien : Nadine Morano faisant la fête avec les Jeunes pop et le «Casse-toi pauvre con» de Nicolas Sarkozy au Salon de l'agriculture, vidéo vieille de près de deux ans... Ne serait-ce pas la rédaction du Parisien qui a choisi de les diffuser ? Si, mais motus et bouche cousue : on va quand même pas assumer en plus de railler ! Les médias traditionnels offrent une porte de sortie facile aux politiques dans la critique du web...
Au lieu de relever ce que le web impose de cohérence aux hommes politiques (point de vue qui n'est évoqué que par une interview de Benoît Thieulin, patron de l'agence web la Netscouade), les journalistes du Parisien s'apitoient sur ces pauvres politiques qui, désormais, «ne maîtrisent plus tout» leur communication. Heureusement pour eux, Le Parisien et RTL sont là !
Car, en projetant la lumière sur le simple rôle de diffuseur qu'a eu le web dans les «petites phrases» des politiques prises en exemple, les médias traditionnels offrent à ces derniers une porte de sortie facile. Exit le débat sur le sens de la remarque douteuse de Brice Hortefeux : il faut plaindre le pauvre ministre piégé par une minuscule... caméra professionnelle de LCP de plus de 10 kg ! Plutôt que de poser la question de l'avenir de l'info à l'ère de la numérisation et des réseaux, mieux vaut condamner le web par avance, par sécurité, et parler des «internautes» comme d'êtres malveillants qui causent la ruine d'un métier... Sans oublier de cirer les pompes à Nathalie Kosciusko-Morizet, «ministre d'Internet», qui manipule internautes et médias pour se construire une réputation de moderniste, donnant des cours de Twitter à tout le gouvernement... Une belle morale pour un journalisme en crise : mieux vaut être du côté des politiques que de se remettre en cause !
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