Le PS: plus il va mal et plus il grimpe dans les sondages!Gérald Andrieu - Marianne | Mardi 24 Novembre 2009 à 11:01 | Lu 10893 fois
Les plaies du PS sont toujours béantes, certains s’acharnant à y verser du sel. Pourtant, des signes laissent entendre que son score aux régionales pourrait être très élevé. Pour essayer de comprendre ce paradoxe solférinien, il faut étudier toutes les hypothèses. Même les plus absurdes…
(photo: Sylvain Lapoix pour Marianne)
Plus ça va mal et… plus ça va bien. Plus les pontes du PS s’étripent et… plus les résultats qui sont promis au Parti socialiste pour les régionales sont en hausse. C’est à n’y rien comprendre. Mi-septembre, à en croire Profession politique, « les stratèges » de l’UMP n’imaginaient déjà pas faire un score mirobolant au scrutin de mars 2010. Tout juste espèraient-ils parvenir à faire tomber dans leur escarcelle deux à trois régions : Champagne-Ardenne, Haute-Normandie et Basse-Normandie. Début novembre, toujours d’après Profession politique, l’Elysée imaginait un film des régionales au scénario encore plus catastrophique : « Selon les études d’opinion qui circulent discrètement au palais présidentiel, à l’heure actuelle, la droite ne remporterait aucune région. Pire, elle perdrait même l’Alsace et la Corse, les deux seuls exécutifs qu’elle dirige à l’heure actuelle. » Dernier sondage en date — public celui-là — le baromètre OpinionWay – Fiducial, paru après le combat des mi-lourds Vincent Peillon et Ségolène Royal. Même s’il faut relativiser l’importance à accorder à une enquête d’opinion nationale portant sur un scrutin local, que nous dit-elle ? Que la gauche attirerait à elle 44% des intentions de vote (+2% par rapport à fin octobre) avec un PS à 22% (+1%) et Europe écologie à 16% (+1%). La droite, quant à elle, pointerait à 31% (-2%) et l’UMP à 29% (-1%). On pourrait y voir, comme le fait d’ailleurs Rue89, « un signe que les divisions et les querelles de personnes à gauche comptent moins, dans la période actuelle, que le rejet croissant de la politique de Nicolas Sarkozy. » C’est juste, mais peut être pas suffisant. Pour comprendre un paradoxe, il ne faut écarter aucune hypothèse. Même les plus absurdes… - Hypothèse n°1 : la satisfaction Il n’y a guère plus que les médias — ces salauds — pour voir en Solférino un énorme champ de bataille. Les Français, eux, sont satisfaits d’observer, enfin, un parti en ordre de marche, incarnant chaque jour un peu plus une alternative sérieuse à la droite. Il faut être honnête : hormis Martine Aubry — et encore — personne ne peut dignement croire à cette hypothèse. Plus sérieusement, les Français apprécient peut-être tout simplement le travail accompli depuis 2004 par des exécutifs constitués façon « gauche plurielle » (socialistes, communistes et écologistes) et veulent leur offrir un nouveau mandat. - Hypothèse n°2 : la diversion En fait, tout ça est pensé depuis le début, depuis avril 2002. Dans la bibliothèque de Solférino, les écrits de Jaurès ont cédé leur place à ceux de Sun Tzu, l’auteur de L’Art de la guerre. Les coups bas, les petites phrases des dirigeants nationaux servent en fait un seul et même objectif : donner de la hauteur aux élus socialistes de terrain qui, eux, bossent vraiment pour le bien-être de leurs administrés. Là aussi, il s’agit d’être sérieux. Rien de tout ça n’a été pensé, mais le résultat est pourtant le même : les élus locaux n’ont pas besoin d’en faire énormément pour se démarquer de leurs très médiatiques représentants. De là à dire que les chamailleries des éléphants les servent finalement plus qu’elles ne les desservent... - Hypothèse n°3 : la manipulation Celle-ci devrait plaire aux adeptes de la théorie du complot. Mais pas seulement. Il faut dire qu’elle a de quoi séduire. Et si les fuites sur le futur score peu glorieux de l’UMP et les sondages qui les accompagnent avaient surtout pour objectif de mobiliser les troupes et les états-majors de la majorité et d’endormir l’opposition ? Idiote, cette thèse ? Seuls ceux qui ignorent la proximité troublante entre l’Elysée et les sondeurs, la jugeront de la sorte… - Hypothèse n°4 : la mutation Le Parti socialiste revêt peu à peu les oripeaux de son ancêtre, la triste SFIO. Comme elle, le PS n’a plus aucune homogénéité de son corpus idéologique. Il laisse cohabiter en son sein deux principales courants de pensée : les partisans d’une gauche interventionniste et les adeptes d’une gauche accompagnatrice alias les sociaux-libéraux. Une division à mettre sur le compte de la mondialisation et de la globalisation que le PS n’a pas su appréhender, comme en son temps, la SFIO n’a pas su clairement faire face à un autre sujet : la décolonisation. Un parti qui perd irrémédiablement des militants (lire le dossier de Libération d’hier) et dont la seule force ne réside finalement plus que dans ses baronnies locales, celles-là même que l’on annonce victorieuses en mars prochain. Ça peut sembler absurde — encore une fois — mais si l'on fait sienne cette hypothèse, la victoire annoncée du PS aux régionales pourrait être le signe de sa défaite à plus long terme !
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