Le PS amorce un virage vers un protectionnisme européen soft
Dimanche 10 Octobre 2010 à 07:01 | Lu 10063 fois I 84 commentaire(s)
Gérald Andrieu - Marianne
Le PS est-il prêt à rompre avec le libre-échange ? Samedi 9 octobre, il a en tout cas fait du « juste échange » une idée forte de sa nouvelle politique internationale et a réussi à séduire avec elle, de façon inattendue, le « patron » des socialistes européens, Poul Nyrup Rasmussen.
Une Martine Aubry absente, en raison d’une très handicapante lésion à la cornée, et une Ségolène Royal rayonnante, voilà tout ce que les médias devraient retenir de la Convention du Parti socialiste sur la nouvelle donne internationale qui s’est tenue, hier, à La Défense. Et sans doute aussi, les critiques nombreuses (et souvent justes) formulées à l’égard de la politique étrangère « gesticulatoire » de Nicolas Sarkozy. Pourtant, c’est un sujet autrement plus essentiel qui aurait sans doute mérité leur attention. Plus important, mais moins glamour : le rapport du Parti socialiste au libre-échange.
Il y a près de trois semaines, lors des journées parlementaires du PS à Pau, l'anthropologue Emmanuel Todd réussissait à ébrécher le beau vernis de l’unité socialiste en appelant ses responsables, très divisés sur le sujet, à rompre avec le « concept de libre-échange » et à se convertir derechef au « protectionnisme européen ». Impossible n’est pas socialiste : hier, ce même PS se posait en VRP éclairé d’une certaine forme de protectionnisme (le « juste échange ») auprès de ses homologues socialistes européens !
Le texte de la Convention approuvée par militants socialistes définit le « juste échange » comme une sorte de voie intermédiaire entre le « libre-échange intégral » et le « protectionnisme autarcique ». Concrètement, il s’agit d’intégrer dans « les traités commerciaux internationaux des normes non-marchandes, sanitaires, environnementales, sociales et culturelles ». Principale vertu espérée de ce « protectionnisme soft » : permettre d’« enrayer, dans nos pays, le processus de désindustrialisation ». Un enjeu majeur comme l’a rappelé à la tribune Laurent Fabius qui présidait la Convention puisque « la France, depuis 2002, a perdu 750 000 emplois industriels ».
L’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine (dont les analyses sont, au PS, aussi prisées que redoutées car souvent trop franches au goût de ses responsables), s’est réjoui que son parti « ouvre cette formidable controverse ». Beaucoup plus étonnant : Poul Nyrup Rasmusen, président du Parti socialiste européen (PSE), a salué à la tribune un texte « excellent », « moderne » et « progressiste » et s’est engagé à lancer « une grande discussion au sein du PSE » sur le « juste échange » pour convaincre les autres formations socialistes de l’Union européenne de son bien-fondé.
Le responsable politique danois s’est même fendu d’une sorte de mea culpa en expliquant que les socialistes européens devaient préparer leur « retour au pouvoir », mais « pas comme dans les années 1990 pour ne rien faire » ! À commencer, donc, contre ce libre-échange destructeur d’emplois. Il reste à espérer que Nyrup Rasmusen le fera avant que l'industrie ne devienne en Europe un souvenir des siècles passés...
De son côté, Laurent Fabius sait pertinemment que la tâche ne sera pas aisée. Lui qui en appelle à « promouvoir l’Europe industrielle » et à organiser une conférence du « juste échange » dès 2013 si le PS venait à remporter la présidentielle, reconnaît volontiers qu’il sera « compliqué » d’imposer le « juste échange » étant donné « le poids idéologique important du libre-échange ». Mais apparemment, impossible n’est plus socialiste… Et puis la guerre des monnaies qui joue en ce moment au détriment de l'Europe et de ses exportations devrait porter encore de rudes coups au libre-échange dans sa version des années 1990.
Il y a près de trois semaines, lors des journées parlementaires du PS à Pau, l'anthropologue Emmanuel Todd réussissait à ébrécher le beau vernis de l’unité socialiste en appelant ses responsables, très divisés sur le sujet, à rompre avec le « concept de libre-échange » et à se convertir derechef au « protectionnisme européen ». Impossible n’est pas socialiste : hier, ce même PS se posait en VRP éclairé d’une certaine forme de protectionnisme (le « juste échange ») auprès de ses homologues socialistes européens !
Le texte de la Convention approuvée par militants socialistes définit le « juste échange » comme une sorte de voie intermédiaire entre le « libre-échange intégral » et le « protectionnisme autarcique ». Concrètement, il s’agit d’intégrer dans « les traités commerciaux internationaux des normes non-marchandes, sanitaires, environnementales, sociales et culturelles ». Principale vertu espérée de ce « protectionnisme soft » : permettre d’« enrayer, dans nos pays, le processus de désindustrialisation ». Un enjeu majeur comme l’a rappelé à la tribune Laurent Fabius qui présidait la Convention puisque « la France, depuis 2002, a perdu 750 000 emplois industriels ».
L’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine (dont les analyses sont, au PS, aussi prisées que redoutées car souvent trop franches au goût de ses responsables), s’est réjoui que son parti « ouvre cette formidable controverse ». Beaucoup plus étonnant : Poul Nyrup Rasmusen, président du Parti socialiste européen (PSE), a salué à la tribune un texte « excellent », « moderne » et « progressiste » et s’est engagé à lancer « une grande discussion au sein du PSE » sur le « juste échange » pour convaincre les autres formations socialistes de l’Union européenne de son bien-fondé.
Le responsable politique danois s’est même fendu d’une sorte de mea culpa en expliquant que les socialistes européens devaient préparer leur « retour au pouvoir », mais « pas comme dans les années 1990 pour ne rien faire » ! À commencer, donc, contre ce libre-échange destructeur d’emplois. Il reste à espérer que Nyrup Rasmusen le fera avant que l'industrie ne devienne en Europe un souvenir des siècles passés...
De son côté, Laurent Fabius sait pertinemment que la tâche ne sera pas aisée. Lui qui en appelle à « promouvoir l’Europe industrielle » et à organiser une conférence du « juste échange » dès 2013 si le PS venait à remporter la présidentielle, reconnaît volontiers qu’il sera « compliqué » d’imposer le « juste échange » étant donné « le poids idéologique important du libre-échange ». Mais apparemment, impossible n’est plus socialiste… Et puis la guerre des monnaies qui joue en ce moment au détriment de l'Europe et de ses exportations devrait porter encore de rudes coups au libre-échange dans sa version des années 1990.
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