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Le Nouvel Obs veut devenir la Gazette de la Cour

Régis Soubrouillard | Mercredi 1 Juillet 2009 à 12:43 | Lu 10164 fois

Conférence de rédaction tendue ce matin au Nouvel observateur. L'entretien négocié en exclusivité par le directeur du journal, Denis Olivennes, avec Nicolas Sarkozy contre la Une du journal reste en travers de la gorge des journalistes. Malvenu à un moment où certains choix éditoriaux d'Olivennes sont déjà contestés.



Denis Olivennes
Denis Olivennes
Sarkozy propose, Olivennes dispose. Cela s’est passé un dimanche. Franck Louvrier, le responsable communication de l’Elysée contacte le PDG du Nouvel Observateur pour lui proposer sous dix jours un entretien exclusif avec le président de la République en contrepartie de la couverture et d’une bonne mise en scène de l’Evenement. Echanges de bon procédés. Selon rue89, Olivennes envoie alors un mail aux chefs de services du journal « Franck Louvrier souhaitait que l'entretien ait lieu dans une dizaine de jours et avec moi car il voulait que l'entretien prenne la forme d'un dialogue approfondi ». Le même jour, Sarkozy appelle Olivennes. L’entretien est fixé pour l’après-midi, largement de quoi préparer un « entretien approfondi », en présence de Michel Labro, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire. Aucun journaliste politique de l'Obs n'est convié.

La société des rédacteurs n’en revient toujours pas : « Serait-ce pour resserrer des liens avec le président, comme beaucoup le pensent au sein de la rédaction ? » . Ajoutant que cette interview « fait craindre une dérive sarkophile qui a été reprochée par de nombreux lecteurs et ne cadre guère avec l’engagement du Nouvel Observateur »

Ce matin, le problème a été abordé lors d’une conférence de rédaction « Olivennes s’est justifié en disant que cela positionne l’Obs comme journal d’opposition. Ca a fait rire tout le monde. La réalité, encore une fois, c’est que c’est Sarkozy qui décide de l’agenda médiatique, on se sent instrumentalisé. Sarkozy nous utilise pour s’adresser à un électorat potentiel. Il n’accordait l’interview que s’il avait la Une. Résultat la Une sur Michael Jackson a sauté. Les échanges ont été assez violents, mais Olivennes est apparu assez isolé même des historiques du journal commencent à se poser des questions, certains choix éditoriaux sont contestés. Cela fait deux Unes de suite sur Sarko » témoigne un journaliste.

Le sarkozysme fait son chemin dans les têtes bien pensantes de l'Obs

Déjà début mai, Nicolas Sarkozy avait convié à sa table à l’Elysée Denis Olivennes, Jacques Julliard, et Jean Daniel, les trois têtes bien pensantes de l’Obs. Jean Daniel pas insensible aux charmes du  président en était revenu avec un éditorial en forme d’hommage à l’un des hommes d’Etat les plus inspirés de son temps :

« C'est un président très présent mais nullement survolté, aux traits pleins, rassérénés et apaisés, toujours prompt à la riposte mais laissant volontiers parler, économe de ses gestes et à l'aise dans un nouveau rôle présidentiel, qui nous parle en ce jour anniversaire de ses deux années à l'Elysée. Nulle trace de ressentiment dans ses propos. (…) Tandis que notre déjeuner se termine, nous nous disons que nous n'avons pas encore tout à fait percé le secret de ce président jeune et ludiquement impétueux, si peu conforme à ceux qui l'ont précédé dans ce palais et qui, en dépit de ce qu'il dit avec sincérité, joue avec volupté à imprimer sa marque dans l'histoire ».

Et le discours sarkozyste fait son chemin dans les cerveaux disponibles des observateurs. Denis Olivennes qui il y a peu déclarait que dans quelques années « nous serons un site qui disposera d’un hebdo » est beaucoup plus précautionneux –sarkozyste ?- à l’égard des nouvelles technologies. Dans une réunion hier, il déclarait ainsi qu’Internet était « le tout à l’égout de la démocratie ». Rupture radicale, même Sarko n’aurait pas osé.


La lecture du premier échange du Nouvel Observateur avec Sarkozy est tellement savoureux qu'il mérite à lui seul un petit décryptage.

-« Pourquoi l'Obs ? A un moment considéré comme un tournant de votre quinquennat, vous choisissez de vous exprimer dans un journal qui ne vous ménage pas ses critiques »
demandent sérieusement les envoyés de l'Obs. Passons sur l'aspect burlesque de la question: les lecteurs attentifs de l'Obs pourront nous signaler les critiques de Sarkozy à l'intérieur du journal.

La réponse du président est encore plus loufoque:

-«Parce que vous me l'avez proposé ! »

En fait, c'est Franck Louvrier, responsable de la communication de l'Elysée, qui a proposé un entretien exclusif du président au Nouvel Observateur à condition que Sarkozy fasse la Une et occupe huit pages.

-« C'est utile de pouvoir échanger avec des journalistes qui ne partagent pas nécessairement votre point de vue ».
Traduction: La plupart des autres canards sont de toute façon à ma botte. Plus besoin de les courtiser.

-« Et de s'adresser à des électeurs qui ne sont pas spontanément vos électeurs mais qui n'en sont pas moins des français ».
Il me reste deux ans pour passer d'une base électorale stabilisée à 30% aujourd'hui pour atteindre 51% en 2012. Il est temps de partir à la pêche aux voix degôche.



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