Le Mediator était bien prescrit comme coupe-faim
Jeudi 1 Septembre 2011 à 12:01 | Lu 3940 fois I 0 commentaire(s)
Clotilde Cadu - Marianne
C'ezst aujourd'hui, 1er septembre qu'est lancé le Fonds d'indemnisation des victimes du Mediator. Une étude récente montre que seuls 23% des patients ont reçu du Mediator à bon escient, dans le cadre des indications médicales. Les autres s’en sont vus prescrire notamment pour traiter le surpoids. Marianne s'est procuré un document qui prouve que ce n'est certainement pas un hasard...
Les laboratoires Servier pourront-ils poursuivre les prescripteurs de Mediator ? La firme pharmaceutique s’en défend, affirmant n’avoir « jamais appelé en justice un médecin ». « Le Mediator n’a jamais eu d’indication comme coupe-faim, et n’a jamais été promu en tant que tel auprès des médecins », assure le laboratoire dans un communiqué du 25 août.
Une étude publiée par l’Afssaps montre pourtant que le médicament, officiellement un adjuvant du traitement du diabète, était majoritairement prescrit à des personnes souhaitant perdre du poids. « L’indication "surpoids isolé" est retrouvée chez plus de la moitié des patients (52,6%), cette valeur étant majorée chez les femmes (61,4%) », écrit David Koenig, auteur de l’étude. « Une indication approuvée, c’est-à-dire qui rentre dans le cadre de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du benfluorex (la substance active du Mediator, nldr), est retrouvée dans 23% des cas seulement ».
Difficile d’imaginer, face à ces chiffres, que personne n’a informé les médecins du pouvoir anorexigène du Mediator… Dans une vieille publicité à destination du corps médical, le laboratoire Servier vante les mérites de son remède qui peut traiter les « polysurcharges métaboliques ». Jamais les mots « surpoids » ou « obésité » ne sont utilisés, et le labo prend soin de préciser en en-tête du document que le médicament s’adresse aux diabétiques. Le titre de la réclame, « Une surcharge métabolique peut en cacher une autre », laisse tout de même peu de doute...
Dans d’autres pays où était commercialisé le Mediator, les autorités sanitaires étaient visiblement informées de ce qu’était le médicament. En avril 2010, une page du journal du Health Sciences Authory de Singapour, l’Afssaps locale, revient sur la cessation de la commercialisation de la pilule de Servier. Et d’expliquer que le benfluorex « est un dérivé de fenfluramine avec une action coupe-faim, ce qui explique son usage préférentiel chez les patients avec un diabète de type 2 en surpoids »…
En France, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) et les tribunaux auront la difficile tâche, de déterminer les responsabilités des uns et des autres. Un travail qui s’annonce d’ores et déjà bien long. Surtout pour les victimes.
En France, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) et les tribunaux auront la difficile tâche, de déterminer les responsabilités des uns et des autres. Un travail qui s’annonce d’ores et déjà bien long. Surtout pour les victimes.
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