Le Grand emprunt : de la com mais pas que...
Mercredi 29 Juin 2011 à 12:01 | Lu 5803 fois I 0 commentaire(s)
Laurence Dequay - Marianne
Le Président est revenu lundi sur le grand emprunt. Au-delà de l'opération politicienne pour gêner l'entrée en campagne de Martine Aubry, Laurence Dequay considère cette offensive comme la plus intelligente du quinquennat Sarkozy.
A neuf mois de la présidentielle, c'est l'initiative phare qui permet à Nicolas Sarkozy de jouer les père Noël en plein été. Grâce au grand emprunt, 20 milliards d'euros vont bientôt irriguer les universités, les laboratoires de recherche et les entreprises tricolores innovantes pour permettre aux chercheurs, aux médecins et aux ingénieurs de redessiner l'avenir du pays en réalisant leurs rêves. Précisons qu'une grande partie de ces sommes est consacrée à des fonds propres : ce ne sont donc que les intérêts de qui seront dépensés chaque années par les universités auxquelles elles sont allouées.
Le travail, qui semble rigoureux et indépendant, du Commissariat général à l'investissement piloté par René Ricol, l'ancien médiateur du crédit, permettra de garder dans les caisses publiques, après l'échéance électorale de 2012, suffisamment d'argent pour accompagner l'industrialisation des découvertes réalisées dans les labos. Un exploit politique que l'on doit principalement à ce stratège barriste, expert comptable de son état qui justement... ne s'en laisse guère conter.
René Ricol a en effet confié la sélection des 1500 projets reçus à des jurys internationaux indépendants afin d'échapper à toutes les pressions. Quitte à froisser certains pontes qui pensaient encaisser un chèque sur leur seul nom. Ou quelques ministres qui s'étaient exprimés trop rapidement en faveur de tel ou tel postulant...
A l'origine, le président de la République n'était pourtant guère favorable au grand emprunt. Il qualifiait même « d'absurde » ce dessin gaulliste, défendu mordicus par son conseiller Henri Guaino. Mais Nicolas Sarkozy, c'est à porter à son crédit, a su se laisser convaincre au moment où la crise laminait l'industrie française. Il a lancé cette offensive en grande pompe devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles le 22 juin - une première depuis 1875! Une solennité qui a cloué le bec aux agences de notations et aux marchés financiers. Même si, au passage, l'ambition du grand emprunt a été ramenée de 100 milliards d'euros à 35 milliards afin de satisfaire les partisans de l'orthodoxie budgétaire dont le Premier ministre François Fillon.
Ainsi en l'espace de dix-huit mois, 13 milliards d'euros ont d'ores et déjà été distribués;1,7 milliard (sur 18,9 budgétisés) a été dirigé vers l'enseignement supérieur et la recherche afin de favoriser l'émergence d'un dizaine de pôles de rang mondial et un renouveau de la pédagogie; 2,85 milliards d'euros (sur 6,5 prévus) ont été fléchés vers l'industrie et les PME, en particulier pour soutenir les nanotechnologies. Si le nucléaire se taille encore la part du lion avec un milliard de fonds promis - un pari sarkozyste très appuyé - 1,64 milliard a tout de même été alloué au développement durable, avec le projet de développement d'hydroliennes produisant silencieusement de l'énergie aux fonds des mers en captant les courants marins. A juste titre, on se réjouira que les 610 millions alloués au numérique ambitionnent de mieux comprendre la folle instabilité des marchés financiers dominés par des ordinateurs dont le comportement jusqu'ici était modélisé par extrapolation... de données américaines. Et que l'école d'économie de Paris se propose de reprogrammer à l'européenne.
Enfin, en choyant tout particulièrement le secteur de la santé (3,4 milliards d'euros réquisitionnés), la France affiche son ambition de devenir un pays phare tant en matière de soins que de connaissance du vivant. Reste à concrétiser. Les ingénieurs, comme rappelle un vieux dicton de républicain, sont avant le jeu et les femmes, le plus sûr moyen de se ruiner...
Pour éviter ces dérives, René Ricol en bon cartésien a donc pris les devants. Primo, les postulants à la manne publique ont été priés de mobiliser conjointement des fonds privés de façon à donner au grand emprunt un effet de levier de 60 milliards d'euros. Des prétentions budgétaires indues ont été revues à la baisse. Et des rivalités couteuses mises en sourdine. Ainsi on a même vu concourir de concert les mandarins de la Pitié salpêtrière, de l'institut Pasteur et de l'institut Curie pour percer le mystère des cellules humaines. C'est dire ! Nicolas Sarkozy a désormais neuf mois pour exploiter politiquement cette mobilisation exceptionnelle de la Nation. D'ores et déjà, il a promis une conférence de presse par mois sur le sujet...
Le travail, qui semble rigoureux et indépendant, du Commissariat général à l'investissement piloté par René Ricol, l'ancien médiateur du crédit, permettra de garder dans les caisses publiques, après l'échéance électorale de 2012, suffisamment d'argent pour accompagner l'industrialisation des découvertes réalisées dans les labos. Un exploit politique que l'on doit principalement à ce stratège barriste, expert comptable de son état qui justement... ne s'en laisse guère conter.
René Ricol a en effet confié la sélection des 1500 projets reçus à des jurys internationaux indépendants afin d'échapper à toutes les pressions. Quitte à froisser certains pontes qui pensaient encaisser un chèque sur leur seul nom. Ou quelques ministres qui s'étaient exprimés trop rapidement en faveur de tel ou tel postulant...
A l'origine, le président de la République n'était pourtant guère favorable au grand emprunt. Il qualifiait même « d'absurde » ce dessin gaulliste, défendu mordicus par son conseiller Henri Guaino. Mais Nicolas Sarkozy, c'est à porter à son crédit, a su se laisser convaincre au moment où la crise laminait l'industrie française. Il a lancé cette offensive en grande pompe devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles le 22 juin - une première depuis 1875! Une solennité qui a cloué le bec aux agences de notations et aux marchés financiers. Même si, au passage, l'ambition du grand emprunt a été ramenée de 100 milliards d'euros à 35 milliards afin de satisfaire les partisans de l'orthodoxie budgétaire dont le Premier ministre François Fillon.
Ainsi en l'espace de dix-huit mois, 13 milliards d'euros ont d'ores et déjà été distribués;1,7 milliard (sur 18,9 budgétisés) a été dirigé vers l'enseignement supérieur et la recherche afin de favoriser l'émergence d'un dizaine de pôles de rang mondial et un renouveau de la pédagogie; 2,85 milliards d'euros (sur 6,5 prévus) ont été fléchés vers l'industrie et les PME, en particulier pour soutenir les nanotechnologies. Si le nucléaire se taille encore la part du lion avec un milliard de fonds promis - un pari sarkozyste très appuyé - 1,64 milliard a tout de même été alloué au développement durable, avec le projet de développement d'hydroliennes produisant silencieusement de l'énergie aux fonds des mers en captant les courants marins. A juste titre, on se réjouira que les 610 millions alloués au numérique ambitionnent de mieux comprendre la folle instabilité des marchés financiers dominés par des ordinateurs dont le comportement jusqu'ici était modélisé par extrapolation... de données américaines. Et que l'école d'économie de Paris se propose de reprogrammer à l'européenne.
Enfin, en choyant tout particulièrement le secteur de la santé (3,4 milliards d'euros réquisitionnés), la France affiche son ambition de devenir un pays phare tant en matière de soins que de connaissance du vivant. Reste à concrétiser. Les ingénieurs, comme rappelle un vieux dicton de républicain, sont avant le jeu et les femmes, le plus sûr moyen de se ruiner...
Pour éviter ces dérives, René Ricol en bon cartésien a donc pris les devants. Primo, les postulants à la manne publique ont été priés de mobiliser conjointement des fonds privés de façon à donner au grand emprunt un effet de levier de 60 milliards d'euros. Des prétentions budgétaires indues ont été revues à la baisse. Et des rivalités couteuses mises en sourdine. Ainsi on a même vu concourir de concert les mandarins de la Pitié salpêtrière, de l'institut Pasteur et de l'institut Curie pour percer le mystère des cellules humaines. C'est dire ! Nicolas Sarkozy a désormais neuf mois pour exploiter politiquement cette mobilisation exceptionnelle de la Nation. D'ores et déjà, il a promis une conférence de presse par mois sur le sujet...
Le récit de Sarko : un vrai conte de fée
Le Grand Emprunt est sans doute une réforme plutôt réussie. Mais elle n'empêche pas Nicolas Sarkozy de se prendre pour Charles Perrault : « Un festival d’innovations, d’initiatives (…) des petites équipes données perdantes sur le papier qui ont été retenues. Ce qui m’a encore plus touché, c’est que ca s’est passé à l’extérieur des institutions. Si vous suivez les dossiers locaux. Il y a des équipes de laboratoire dans des universités qui ne sont pas passés par les conseils d’administration des universités. », s'est réjoui Nicolas Sarkozy venu présenter son premier bilan du grand emprunt de 35 milliards censés financer « les investissements d’avenir ». Un vrai conte de fées, en somme. Le Président n’oublie rien, tout y est : réactivité, initiative, petites équipes, administrations dépassées. Sauf que, sauf que tout est faux. Interrogé par Marianne, un dirigeant du Commissariat général à l’investissement, chargé de sélectionner les dossiers, semble un peu gêné : «je n’ai pas souvenir d’un tel exemple. En fait, non, il n’y en a pas. De toute façon, la complexité des dossiers rend matériellement impossible pour trois chercheurs d’un labo de se passer de leur administration. »
Emmanuel Lévy
Emmanuel Lévy
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