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Le Goff: Sarkozy est dans la fuite en avant

Jeudi 11 Novembre 2010 à 17:01 | Lu 16955 fois I 25 commentaire(s)

Propos recueillis par Emmanuel Lemieux

Deux ans après la publication de son essai La France morcelée, le sociologue et philosophe Jean-Pierre Le Goff estime que les traits du sarkozysme qu’il décrivait alors, se sont approfondis : pas de vision politique, la fuite en avant et une fragmentation de la société française. Une impopularité croissante, un sentiment fort d’humiliation en attendant le ressentiment...


Le Goff: Sarkozy est dans la fuite en avant
Trois ans après son avènement, le sarkozysme plébiscité dans les urnes semble être une gouvernance par la guerre civile. On attendait la rupture, c’est la France morcelée (Gallimard) telle que décrite en 2008 par le sociologue Jean-Pierre le Goff. Mais à qui la faute ? Le sarkozysme est aussi le reflet de la mentalité d’un pays, rappelle le chercheur.


LES INFLUENCES : Dans votre essai, La France morcelée (Lire REPERES), vous insistiez sur les sentiments de désorientation et de fragmentation de la société française et des politiques. L’élection de Nicolas Sarkozy et de sa « rupture » annoncée n’ont donc rien changé ?
Jean-Pierre Le Goff : Toutes ces années, nous avons vu les politiques publiques s’articuler autour d’une façon de gouverner très spécifique. Les derniers présidents, François Mitterrand et Jacques Chirac nous ont habitués à ces trois traits spécifiques. La fuite en avant : Ils adaptaient dans l’urgence et la précipitation à un monde devenu chaotique, une gestion au mieux des contraintes, sans capacité à être porteur d’avenir d’une nouvelle idée de progrès pour le pays. Le pouvoir informel : Ils s’appuyaient sur les incohérences d’un Etat bousculé, aux responsabilités et aux rôles de plus en plus mal définis, entretenant des situations clientélistes ou démagogiques. Enfin, la langue caoutchouc : grâce à des discours réversibles, ils pouvaient dire tout et son contraire.
La société française qui voyait l’impuissance de ces présidents et de l’Etat à endiguer significativement le chômage de masse n’a pu que faire le constat d’un fossé s’agrandissant entre gouvernants et gouvernés. Pour moi, la nouvelle présidence que voulait incarner Nicolas Sarkozy a peut être gommé les aspérités les plus visibles de cette façon de gouverner, mais elle ne les a pas fait disparaître, loin de là. Le sarkozysme a théorisé sur la nécessité et sa volonté de rupture, mais il en a fait également ses limites. La fuite en avant existe toujours, et s’est même accélérée de façon spectaculaire avec Nicolas Sarkozy.


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