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Le Général Gallois a été un patriote atypique et ondoyant

Mercredi 1 Septembre 2010 à 16:01 | Lu 6395 fois I 10 commentaire(s)

Roland Hureaux
Enarque, essayiste français, et maire d’une commune rurale, Roland Hureaux a derrière lui une... En savoir plus sur cet auteur

Atypique, le parcours politique du Général Pierre-Marie Gallois le fut! Ce gaulliste, militaire de carrière, a quelque peu joué la girouette en soutenant tour-à-tour les anti-URSS puis les anti-américains. Mais pour Roland Hureaux, le Général Gallois n'a suivi qu'une seule ligne politique, celle de l'intérêt de la France.


Le concert d’éloges qui a accompagné légitimement la mort du presque centenaire général Pierre-Marie Gallois a complètement occulté ce qu’a eu d’atypique son parcours politique.

Bien que militaire de carrière, le général, en deuxième section depuis longtemps, n’avait pas en effet manqué d’occasions de s’exprimer sur la politique de la France et les grands problèmes internationaux au cours du dernier demi-siècle. Cet ancien pilote des FFL, artisan de la bombe atomique française, était devenu un  spécialiste reconnu de la géopolitique.

Qu’il ait été le théoricien de la stratégie gaullienne de dissuasion tout azimut est bien connu. Mieux que personne, il sut exposer la théorie de la dissuasion du faible au fort, fondement de la politique d’indépendance nationale du général de Gaulle.

Un faucon des années soixante-dix…

Les esprits convenus seront d’autant plus surpris de voir ce gaulliste en première ligne de la campagne contre le surarmement soviétique, au cours des années soixante-dix : il dénonce magistralement en 1975 dans La grande berne, la manière dont les accords de désarmement SALT I sont contournés par l’Union soviétique pour préparer la mise en tutelle de l’Europe occidentale en pointant sur elle des centaines de fusées de moyenne portée, les SS20, dessein avoué dans les livres des stratèges soviétiques. Serait-il passé dans le camp des pro-américains, s’alignant même sur les  faucons ? Dans cette ultime phase de la Guerre Froide, le général Gallois a pensé que le contexte des années soixante-dix n’était plus celui des années soixante et que la priorité était alors de défendre la liberté.

Il ne pouvait qu’accueillir avec faveur la chute du rideau de fer en 1990, où il vit l’aboutissement du combat de tous ceux qui, des deux côtés de l’Atlantique, ne se laissèrent pas, comme lui, séduire par les mirages de la détente.

…devenu hostile à l’hyperpuissance américaine

Mais alors, nouvelle surprise, à plus de 80 ans, le général semble à nouveau changer de camp : hostile à la première guerre du Golfe et bien entendu à la seconde, il s’engage avec résolution contre la guerre faite par l’OTAN à la Yougoslavie en 1999, avec la participation de la France. De plus en plus inquiet des dérives de l’hyper-puissance américaine et d’une politique européenne supranationale inféodée, méfiant aussi des nouvelles ambitions hégémoniques de l’Allemagne sur le continent, évidemment hostile à la réintégration de l’OTAN, il prône le rapprochement avec la Russie.
 
Gaulliste, le général Gallois s’est ainsi retrouvé dans les années soixante-dix, avec les libéraux atlantistes, qui, pour la plupart, le sont restés depuis, passant, sous l’effet de la vitesse acquise et en conformité avec la ligne du département d’Etat de l’hostilité au communisme à l’hostilité à la Russie. Vingt ans après, il côtoie au contraire des anti-américains de toujours qui avaient, à la gauche du gaullisme ou au MRC, été beaucoup plus compréhensifs que lui pour le régime  soviétique.
 
Et encore nous n’évoquons pas ceux qui avaient des sympathies marxistes au temps de la guerre froide et ont aujourd’hui viré à l’ultra-libéralisme pro-américain. On devine où, ceux-là, auraient été en 1940 ! Du côté du manche en tous cas.

Une seule ligne

Là où les esprits superficiels ne verront que palinodies et inconséquence, le général Gallois n’a en vérité suivi qu’une seule ligne : ce qu’il a considéré à chaque moment être l’intérêt de la France. Un intérêt qui varie, comme nous l’apprend l’histoire, qu’il connaissait si bien, selon les temps et les circonstances et qui commande de savoir repérer à chaque moment où se trouve le danger principal.

Nulle étroitesse « maurassienne » dans ce parti, mais au contraire, chez quelqu’un qui avait travaillé plusieurs années au SHAPE, une conscience aigüe que, dans un environnement international impitoyable, personne ne défendra nos intérêts à notre place. 

Ce qui, à vrai dire, est étonnant, ce n’est pas l’évolution du général Gallois, c’est que si peu en France, aient fait leur cette ligne, qui aurait du être normalement celle de la plus grande partie des élites françaises si elle avait encore quelque conscience de sa mission : défendre les intérêts nationaux. Seule à notre connaissance, Marie-France Garaud, avec qui il collabora à la revue Géopolitique, a suivi un itinéraire analogue.
  
Pourquoi  un tel isolement ? D’abord parce les grands esprits comme lui sont rares : la plupart, qui semblent à un moment donné fonder leur engagement en raison, sont en réalité soumis à la routine intellectuelle, au parti pris, à l’idéologie (qui est, avec la corruption, le pire ennemi de l’intérêt national). Ensuite parce qu’il était un homme libre. Dans notre pays, il y avait le parti espagnol et le parti anglais ; il y a eu, plus récemment, celui de Londres et celui de Berlin, puis celui de Washington et celui de Moscou. Entre les deux, il y a, il devrait y avoir en tous cas, celui de la seule France.  Au moment où le général Gallois rend l’âme à Dieu, on peut se demander ce qui reste de ce parti. 

Lire aussi «Pierre-Marie Gallois, la mort d'un général»








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