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Le G20: une grande agence de com'François Leclerc - Economiste | Mardi 22 Septembre 2009 à 11:01 | Lu 4260 fois
Branlebas de combat: le G20 est dans la place! Plus rien ne sera comme avant, tout sera moral, transparent, blanc comme... les listes de paradis fiscaux de l'OCDE? Si c'est le cas, et c'est ce que pense l'économiste François Leclerc, tout ce tapage n'a qu'une raison d'être: cacher l'absurde reddtion du politique face au monde de la finance.C’est à un véritable festival de confusions auquel nous sommes conviés dans les jours qui viennent. Certaines délibérément entretenues, d’autres même pas (ce sont, à y réfléchir, les pires). Le spectacle qui nous attend pourrait être dénoncé sur le mode de l’indignation : « Ils nous cachent quelque chose ! » ou bien « Ils se foutent de nous ! », résumant ainsi cette réaction outrée que l’on a coutume d’appeler populaire pour l’évoquer non sans condescendance du bout des lèvres. Mais ce spectacle répétitif et lassant a un autre sens. La réglementation des « bonus » des financiers nous est donc présentée, hors de toute vraisemblance, comme une mesure phare de la régulation financière, élément clé du sommet à venir. Rarement en retard d’une déclaration, surtout quand elle sonne faux, la ministre de l’économie et des finances de la France, Christine Lagarde, a ainsi estimé aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche que l’adoption par le G20 d’un « encadrement des bonus (serait) une grande victoire pour l’Union européenne et pour la France ». Cette confusion entre symptôme et cause de la crise, pour le coup délibérément entretenue, est particulièrement affligeante. Mais le choix de ce terrain pour crier victoire renvoie à une vérité de plus en plus nue : ceux qui en sont à l’origine, ou bien s’y sont rendus faute de mieux, cherchent à dissimuler ainsi qu’ils n’ont aucune prise, ou si peu, sur les événements. Car, si une chose est certaine, à leurs yeux comme aux nôtres, c’est que les modalités finales de la future régulation financière seront définies plus tard et on ne sait pas quand, à Washington, plus précisément au sein du Congrès des Etats-Unis, ce haut-lieu du pouvoir des lobbies du monde financier. Devient alors accessoire cette tentative de trouver dans les banques (et dans les Américains pour faire bonne mesure) des boucs émissaires faciles livrés à un mécontentement, lui aussi populaire, que l’on espère ainsi satisfaire à peu de frais. Obtenant des ersatz de mesures à la faveur d’un compromis planétaire, dont la mise sur pied occupera l’essentiel de la réunion du G20, si tout du moins elle est atteinte. On dit d’ailleurs que la Fed pourrait se déclarer prête à surveiller les rémunérations des institutions financières, utile contribution au rapprochement des points de vue. Mais quand on en vient à faire appel aux seuls principes, sans les assortir de mesures pratiques, c’est rarement bon signe en politique. Le filon des bonus prochainement épuisé, après celui des paradis fiscaux, déjà se pointe un nouvel axe de communication pour la suite des évènements : une taxe sur les produits financiers. Le coup est parti dans le désordre, sans avoir été prémédité et selon des intentions pouvant être louables, grâce à Lord Turner (le chef de la régulation britannique du FSA) ou bien aux Allemands, qui réclamaient que la finance contribue à son propre sauvetage, afin de ne pas laisser seules les finances publiques y contribuer. Il a été depuis repris au vol et ne va probablement plus disparaître de l’affiche. « Nous n’étions pas à même de nous mettre d’accord aujourd’hui, nous reviendrons à ce sujet lors d’une autre réunion », a déclaré Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois, le 17 septembre dernier à Bruxelles, à l’issue du dernier sommet européen. Tout le monde ou presque lui a fait écho, l’Allemande Angela Merkel, le Français Nicolas Sarkozy, l’Autrichien Werner Faymann. Le Britannique Gordon Brown et le Portugais José Manuel Barroso aussi, en y apportant la restriction classique qu’elle devait être mondiale ou qu’elle ne serait pas. L’Espagnol Joaquin Almunia, enfin, dans son rôle de commissaire européens aux affaires économiques, faisait le lendemain la synthèse : « C’est une idée qui me paraît excellente (…) Je crois que pour qu’elle devienne viable, c’est le moment d’intensifier la réflexion ». Faisant référence à ce choeur qui montait soudainement, l’association Attac, défenseur de toujours de la « Taxe Tobin », remettait les choses à leur place, rappelant qu’il était question, pour le prix Nobel à l’origine de cette proposition, d’une taxe de 0,5 à 1% sur les transactions financières, alors que l’ineffable ministre des affaires étrangères françaises, Bernard Kouchner, évoquait le taux de 0,005%… Ensuite, depuis Londres, un article se voulant définitif de l’hebdomadaire The Economist, gardien du temple de la City, publié dans la foulée immédiate de cette effervescence, sonnait comme un rappel à l’ordre : pas question, disait-il en substance ! Tout cela pourra peut-être se terminer par une taxe, quand même, mais alors très faible et bien entendu sur une assiette réduite. A suivre… D’autres débats accessoires ressortent dans la presse, autant de fausses pistes destinées à meubler non seulement l’attente mais le vide. Ils ont en commun de porter sur des problèmes de configuration qui visiblement inquiètent les rédactions. La problématique du chiffre qui doit être accolé au G pour aboutir à la meilleure gouvernance mondiale réapparaît ainsi : G20 ou G14 ? En remarquant que si le G7 apparaît dépassé, le G8 a encore ses adeptes (les Japonais). Ou bien, la litanie de la meilleure lettre de l’alphabet permettant de caractériser la reprise économique est reprise, et comme celui-ci n’y suffit plus, on en vient aux symboles mathématiques. Celui de racine carrée tiendrait désormais la corde : on remonte un peu après la chute, puis l’on stagne à l’horizontale. Double confusion, donc. Dans le premier cas, n’est-il pas tristement établi que les sommets de chefs d’Etat (y compris le fameux G2 américano-chinois) sont avant tout des spectacles modernes de cirque, quel que soit le nombre de sièges entourant la table ? Dans le second, que l’on fait appel pour le calcul de la croissance au produit interne brut (PIB), dont on sait qu’il mélange les torchons et les serviettes et est moins un instrument d’analyse pertinent qu’un agrégat trompeur, derrière lequel on se réfugie par habitude et souci des convenances. Qu’importent le nombre de fauteuils ou le symbole graphique de la reprise ! Toujours la même confusion se poursuit et va s’installer, lorsque l’on évoque le sommet de décembre prochain de Copenhague, consacré à la crise climatique, qui va faire suite à celui de Pittsburgh de cette semaine, lui consacré à la crise économique (il est vrai a priori moins définitive). Les débats portent sur le financement international de la réduction de la production de carbone. Plus discrètement, dans la grande tradition de l’aide au développement telle qu’elle est conçue par les pays occidentaux, ils comporteront un volet de compensations industrielles, que l’on dénomme autrement dans ce noble contexte. Des « plate-formes technologiques » sont définies, associant principalement ces mêmes pays occidentaux, sur lesquelles seront disponibles (pour acquisition) des ressources permettant de remplir les objectifs de réduction de carbone (énergies alternatives, véhicules, réseaux électriques intelligents, technologies de séquestration du CO2, etc… ). Mais une question sociale ne semble pas prise en compte comme elle devrait l’être : celle des conséquences, dans les pays « émergents » ou pauvres, de l’introduction de ces technologies, qui auront pour conséquence une modification des moyens de production, non seulement dans la grande industrie, mais également dans tout le fragile tissu économique d’en-dessous, qui assure non pas la subsistance mais tout simplement souvent la survie de ceux qui y sont impliqués. Sans que la contribution de ce monde-là soit envisagée, comme d’habitude, car il est trop méconnu et négligé. Il faudrait cesser de décrire ces sociétés comme si elle étaient faites sur le modèle des nôtres. Pour revenir à notre G20 de Pittsburgh, et plus généralement aux mois de discussions encore à venir à propos de la régulation financière, au delà de toutes les déclarations d’intention et de l’élaboration poussive de mesures techniques dépourvus de leurs modalités d’application et périphériques à l’essentiel, une seule constatation s’impose. Sans vouloir comparer la crise de 1929 avec l’actuelle, la première a débouché sur des mesures d’ampleur, tel le Glass-Steagall Act qui a institué en 1933 la séparation entre activité de banque de dépôt et de banque d’affaires (depuis abrogée). Quelles mesures d’ampleur vont sortir des conciliabules actuels ? Bien peu de choses, si l’on considère ce qui est en cours. L’idée directrice étant, la refondation du capitalisme annoncée par des déclarations prophètiques n’ayant pas lieu, de remédier à des « dysfonctionnements » du système (pour donc en préserver l’essentiel). L’avenir que cela nous réserve ne s’éclaircit donc pas, à contempler la grande disparité des réactions suscitées par l’une et l’autre des crises. Les mesures prises à l’occasion de la première, sans correspondance aujourd’hui, n’auront finalement pas empêché que nous en soyons là . Que présage ce qui est actuellement éludé ? Qu’il faut se préparer à une crise dans la crise ? On a assez dit que les financiers sont dangereusement « court-termistes », pour signifier qu’ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, et ignorent les rythmes mêmes de l’économie à laquelle ils imposent des contraintes contre nature. Mais que dire, dans ces conditions, des responsables politiques (et pas seulement des chefs d’Etat), sinon qu’ils ont adopté à leur tour cette même approche à court terme, alors qu’ils voudraient nous faire partager leurs amples visions ? Elles se résument en réalité à des stratégies de communication destinées à assurer leur propre survie. Qu’annonce donc ce à quoi nous assistons ? Que le monde de la finance a dorénavant totalement pris le pas sur le monde politique, cette expression de la démocratie élective, telle qu’elle s’est constituée et fonctionne ? Sans doute, l’histoire peut être analysée comme étant celle des rapports entre le pouvoir, sous toutes ses manifestations successives, et l’argent, son apanage. Les tenants du pouvoir politique ont petit à petit partagé celui-ci avec les financiers, ces derniers d’abord à leur service puis s’en désasservissant ensuite progressivement. C’est désormais chose faite. Avant cette crise, qui clôt pratiquement le débat sur ce sujet, la manifestation apparente du changement intervenu a été l’indépendance accordée aux banques centrales, dont le pouvoir monétaire, plus limité qu’on ne croit en réalité, est néanmoins essentiel au sommet de la pyramide de la finance (sauf quand il devient largement inopérant, comme c’est actuellement le cas). Une indépendance qui, si elle n’est pas aussi totale que l’on l’affirme, illustre le déplacement du pouvoir qui est intervenu. Une situation qui est présentée comme un progrès, au nom de l’inconsistance des hommes politiques ! Le capitalisme financier progresse à grands pas dans sa constitution oligarchique, au sein de laquelle le pouvoir politique devient un comparse utile mais secondaire, avec comme mission première d’être une bonne agence de communication. Quel dramaturge aurait pu écrire l’histoire de cette mutation du pouvoir ? Shakespeare, Brecht, Dürrenmatt, Frisch, Ionesco ? A moins que Jarry… Retrouvez d'autres articles de François Leclerc sur le blog de Paul Jorion
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